Le moteur de la victoire

par Philippe ROUYER, dr

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Le Merlin au combat

Presque tous les appareils britanniques, chasseurs ou bombardiers, ont été, au cours de la guerre, équipés du Merlin. De par sa configuration en V, le Merlin offrait une surface frontale réduite, qui le prédisposait à être monté dans les chasseurs. Il motorise dès l'origine les deux chasseurs mythiques de la Bataille d'Angleterre, le Spitfire et le Hurricane. Les premiers Hurricane et Spitfire reçoivent le Merlin II. L'Anglerre dispose également d'un autre chasseur moderne motorisé par le Merlin, le Boulton & Paul Defiant. Ce chasseur biplace possède la caractéristique inhabituelle d'être doté d'une tourelle arrière. Le pilote peut se concentrer exclusivement au pilotage, et le mitrailleur tirer sur 360° avec ses 4 browning de 0.303. Le Defiant, qui équipe le 141 et le 264 Squadron, participe également à la Bataille. (Très efficace contre les bombardiers, le Defiant ne pouvait lutter seul contre la chasse allemande, et connut de lourdes pertes).

Conçu pour les chasseurs, le Merlin équipe aussi la presque totalité des bombardiers anglais, tout d'abord les bimoteurs (Stirling, Whitley, Mosquito) puis les quadrimoteurs Lancaster et Hallifax. Il remplace le Bristol Hercules sur la version II du Beaufighter, et le Pegasus sur la version II du Wellington, à l'époque où l'on craignait des difficultés d'approvisionnement pour les moteurs Bristol. Le Merlin motorise aussi deux chasseurs américains, le Curtiss P 40 en nombre limité, et le P51 Mustang en presque totalité. En fait, rares sont les avions britanniques qui n'ont pas, à un moment ou à un autre, été animés par le Merlin.

La métamorphose du Manchester

À la fin de l'année 1940, le péril de l'invasion ayant été écarté, du moins provisoirement, l'Angleterre se trouve dans la nécessité de passer à l'offensive, et faute de front terrestre, il faut agir par la voie des airs. Cependant, les raids menés de jour au cours de l'année 1939 se sont soldés par de lourdes pertes, sans pour autant atteindre leurs objectifs : il est évident que les missions ne devront plus avoir lieu que la nuit. Sous la pression de Winston Churchill, qui sent que l'opinion publique est prête à accepter l'idée du bombardement stratégique nocturne, avec tous les dommages collatéraux qu'il implique(6), l'État-Major de l'Air donne dans une instruction du 30 octobre 1940, l'ordre de bombarder les raffineries et dépôts de carburant par temps clair, et les villes dans les autres circonstances. L'objectif est double : toucher l'économie allemande, et plus particulièrement son industrie de l'armement et atteindre le moral du peuple allemand. Il fallait donc être capable de déverser sur l'Allemagne une énorme quantité de bombes, au moyen d'avions gros porteurs.

Le problème était que de bombardiers lourds il n'y avait pas.L'Angleterre devait très rapidement construire une flotte de bombardiers capables d'emporter de lourdes charges sur une distance de plusieurs centaines de kilomètres, et de disposer encore d'une réserve de carburant suffisante pour revenir en Angleterre. Dans la mesure où les chasseur à long rayon d'action étaient encore absents, les bombardiers devaient assurer seuls leur protection contre les chasseurs ennemis. Sans garantir une totale sécurité, le vol de nuit et à haute altitude permettrait de limiter les pertes. Le bombardier de nuit ayant moins à redouter des attaques des chasseurs, son armement défensif pouvait être réduit (les bombardiers de nuit étaient dépourvus de tourelle ventrale) et l'avion allégé, au profit des capacités d'emport. En mai 1936, le Ministère de l'air britannique avait défini les besoins de la RAF : un bimoteur susceptible d'emporter 16 tonnes de bombes ou 2 torpilles.Deux entreprises sont retenues, Handley Page et A.vro(7), et invitée à présenter un prototype. Avro est sélectionné et propose un avion, le type 679, dont la motorisation est assez curieuse. De façon à obtenir la puissance nécessaire, Rolls Royce a assemblé deux V12 opposés Peregrine(8)(une évolution du Kestrel) , qui constituent alors un X de 24 cylindres appelé Vulture(9). Le X 24 fournit théoriquement à peu près 1600 cv, pour une cylindrée de 42 litres. Deux prototypes seront en fait construits. Le prototype L7246 prend l'air le 25 juillet 1939. Le L7247, armé, vole le 26 mai 40. Le premier appareil de production sort le 5 août 1940, mais en raison de la priorité donnée aux chasseurs pendant la Bataille d'Angleterre, le deuxième appareil n'est livré que le 25 octobre 1940. L'appareil, baptisé Manchester, est révélé à la RAF le 9 janvier 1941. Le moteur s'avère décevant : le manque de puissance est évident, des mises au point sont nécessaires, et défaut rédhibitoire pour un avion militaire, le liquide de refroidissement passe par des tubulures particulièrement exposées, sous le moteur. Une seule balle de mitrailleuse suffit à mettre le moteur en panne, lorsqu'elle ne déclenche pas un incendie. Le plafond n'est que de 4000 m, et le rayon d'action de 1900 Km. Il semble alors que la solution ne peut venir que d'un quadrimoteur, et du reste dès le milieu de l'année 1940, le Ministère de l'air avait demandé l'étude d'un avion de ce type, capable d'emporter 5 tonnes , sur 2500 miles à 450 Km/h avec un plafond de 4 500 m.


6.Les Britanniques admettent à cette époque que la précision du bombardement est de l'ordre du kilomètre.[retour au texte]
7.Socéité fondée par le pionner de l'aviation Alliot Vernon Roe en 1910, rachetée en 1928 par Armonstrong Siddeley.[retour au texte]
8.Faucon pélerin.[retour au texte]
9.Vautour.[retour au texte]

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