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Le
premier prototype canadien, le P 5170, prend son envol le 10
janvier 1940 : les essais sont poursuivis jusqu'en février. En
mars 1940, il est en Angleterre et subit des contrôles au sol
chez Hawker . Il survole le territoire britannique le 11 juillet
1940. Pendant ce temps, les exemplaires de production ont commencé à sortir
de l'usine de Fort William à partir d'avril 1940 : il sont expédiés
dans de grands containers de bois, étanches pour les protéger
de l'air salin. Le travail devait initialement être terminé en
décembre 40 : Can Car décide de mieux faire. Dès le début de
l'année 1940, on travaille en 3 équipes, 7 jours par semaine,
alors que les usines Hauwker ne connaissent au même moment que
la journée de 8 heures.
Mais
la bataille de l'Atlantique fait rage : les envois de pièces
détachées ont déjà connu des pertes, et de la même façon, les
Hurricanes ne parviennent pas tous à destination. Sur les 40
exemplaires qui constituent la commande expérimentale, 10 seront
coulés au cours du transport, c'est à dire plus d'avions qu'il
n'en sera perdu au cours de la Bataille d'Angleterre. Car sur
les 30 Hurricanes qui vont participer au combat, 7 seront endommagés,
mais réparables, un devra faire un atterrissage forcé en République
d'Irlande et sera confisqué, en tout huit seront perdus, en entraînant
la mort de 3 pilotes.
Le
Hurricane avait été conçu pour recevoir un moteur en V, à refroidissement
liquide et, en 1940, les Américains n'en produisent par, si l'on
excepte l'Allison V 1710. Le moteur Allison est un excellent
groupe propulseur, pour lequel, malheureusement, la suralimentation
par compresseur mécanique n'a pas été retenue. Pour lui conserver
sa puissance en altitude, il est prévu de monter un turbocompresseur.
Plus simple qu'un compresseur à entraînement mécanique, le turbocompresseur
requiert l'emploi d'alliages spéciaux, à base de tungstène, dont
l'approvisionnement est difficile. Priorité sera donc donnée
aux bombardiers, de sorte que les chasseurs qui hériteront du
V12 Allison manqueront cruellement de puissance en altitude(3) .
Au
cours de la Seconde guerre mondiale, l'Amérique aura produit
essentiellement des moteurs en étoile à refroidissement par air,
le Wright Cyclone et le Pratt & Whitney Wasp, qui équipent tant
les bombardiers que les chasseurs (Corsair, Hellcat, Thunderbolt).
En fait de moteur en V à refroidissement liquide, il n'existera
pas d'autre choix que le Merlin britannique. Pour la fabrication
des 40 premiers Hurricane, les moteurs sont envoyés d'Angleterre,
montés dans les avions, puis les avions expédiés complets. On
trouvera par la suite une solution plus satisfaisante : Les cent
avions suivants qui sont expédiés en Angleterre n'ont ni moteur
ni armement, ni instruments de vol sans visibilité. Hawker termine
le montage sur place. Can car conserve 9 moteurs Rolls Royce
Merlin III qui sont montés temporairement sur les avions choisis
au hazard pour des essais en vol sous la direction du représentant
du British Air Ministry. Cependant, la production ne pourra s'intensifier
qu'à partir du moment où les moteurs vont être produits sur place
en Amérique du Nord. Au cours de l'été 1940, en pleine bataille
d'Angleterre, Hawker négocie avec Packard au cours de l'été 1940
la fabrication sous licence de Merlin, qui vont prendre l'appellation
de 28 puis 29 et développent environ 1300 cv. Produit à partir
de 1941, le Packard Merlin équipera par la suite le P51 Mustang,
en remplacement de l'Allison V 1710, dont nous avons évoqué les
inconvénients.
C'est
donc vraisemblablement à la construction de Hurricane par Canadian
Car and Foundry que l'on doit la mise en fabrication en Amérique
du Nord de l'unique moteur en V véritablement efficace dont pourront
disposer les Alliés. Et ce moteur de légende ne sera pas réservé aux
chasseurs : on le retrouve en particulier sur l'Avro Lancaster,
le bombardier le plus puissant et le plus efficace de la seconde
guerre mondiale(4) .
Les
Hurricane construits par CCF ont-ils joué un rôle important dans
la Bataille d'Angleterre ? Il est difficile d'en juger. La contribution
canadienne est modeste : 30 avions alors que l'Angleterre en
a perdu 832 au cours des mois d'août et septembre, et en a construit
beaucoup plus. Certes, ces 30 appareils représentaient peu de
choses, même si chaque avion comptait en ces temps difficiles.
Ils avaient néanmoins démontré l'efficacité de l'industrie canadienne.
Il était désormais établi que le Canada pouvait construire les
avions dont l'Angleterre avait besoin, que la production Nord-Américaine
pouvait rapidement s'intensifier et s'étendre aux moteurs. Avec
ces premiers Hurricane, le Canada faisait entrevoir la capacité industrielle
du Nouveau monde : les Canadiens avaient montré qu'ils pouvaient
s'adapter (et même plus rapidement que les Britanniques) à la
production intensive de matériel de guerre. On allait voir, dans
les mois suivants, que leurs ouvriers agricoles étaient capables
de devenir en quelques mois des ouvriers de l'armement. L'effectif
de Can Car passera de 239 ouvriers en 1939 à plus de 6000 au
printemps 1941, la production atteignant alors 25 appareils par
semaine. Il apparaissait alors évident que la capacité industrielle
du continent Nord-américain était telle que tôt ou tard, l'ennemi
serait terrassé par la force mécanique des armées alliées (5).
3.Suralimentation
: il faut savoir que la densité de l'air diminue de 25% à 3000
m, de 50% à 6000m et de 67% à 9000 m. Il est donc nécessaire
de compresser le mélange air/essence compenser la perte de densité.
On utilise soit le compresseur mécanique, entraîné par le moteur
soit le turbocompresseur, où une turbine entraînée par les gaz
d'échappement actionne le compresseur. [retour
au texte] 4.De
par sa puissance, mais aussi en raison du volume utile de la
soute, Le Lancaster était le seul bombardier de la seconde guerre
mondiale capable de larguer les bombes géantes de 6 t. telles
que celles qui ont coulé le Tirpitz. [retour
au texte]
5.C'est
ce qu'affirmait déjà le Général de Gaulle dans son appel du 18
juin : "Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances,
n'empêchent pas qu'il y a, dans l'univers, tous les moyens nécessaires
pour écraser un jour nos ennemis. Foudroyés aujourd'hui par la
force mécanique, nous pourrons vaincre dans l'avenir par une
force mécanique supérieure. Le destin du monde est là." [retour
au texte]
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