Les Hurricane canadiens de la Bataille d'Angleterre
par Philippe ROUYER, dr

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Le premier prototype canadien, le P 5170, prend son envol le 10 janvier 1940 : les essais sont poursuivis jusqu'en février. En mars 1940, il est en Angleterre et subit des contrôles au sol chez Hawker . Il survole le territoire britannique le 11 juillet 1940. Pendant ce temps, les exemplaires de production ont commencé à sortir de l'usine de Fort William à partir d'avril 1940 : il sont expédiés dans de grands containers de bois, étanches pour les protéger de l'air salin. Le travail devait initialement être terminé en décembre 40 : Can Car décide de mieux faire. Dès le début de l'année 1940, on travaille en 3 équipes, 7 jours par semaine, alors que les usines Hauwker ne connaissent au même moment que la journée de 8 heures.

Mais la bataille de l'Atlantique fait rage : les envois de pièces détachées ont déjà connu des pertes, et de la même façon, les Hurricanes ne parviennent pas tous à destination. Sur les 40 exemplaires qui constituent la commande expérimentale, 10 seront coulés au cours du transport, c'est à dire plus d'avions qu'il n'en sera perdu au cours de la Bataille d'Angleterre. Car sur les 30 Hurricanes qui vont participer au combat, 7 seront endommagés, mais réparables, un devra faire un atterrissage forcé en République d'Irlande et sera confisqué, en tout huit seront perdus, en entraînant la mort de 3 pilotes.

Le Hurricane avait été conçu pour recevoir un moteur en V, à refroidissement liquide et, en 1940, les Américains n'en produisent par, si l'on excepte l'Allison V 1710. Le moteur Allison est un excellent groupe propulseur, pour lequel, malheureusement, la suralimentation par compresseur mécanique n'a pas été retenue. Pour lui conserver sa puissance en altitude, il est prévu de monter un turbocompresseur. Plus simple qu'un compresseur à entraînement mécanique, le turbocompresseur requiert l'emploi d'alliages spéciaux, à base de tungstène, dont l'approvisionnement est difficile. Priorité sera donc donnée aux bombardiers, de sorte que les chasseurs qui hériteront du V12 Allison manqueront cruellement de puissance en altitude(3) .

Au cours de la Seconde guerre mondiale, l'Amérique aura produit essentiellement des moteurs en étoile à refroidissement par air, le Wright Cyclone et le Pratt & Whitney Wasp, qui équipent tant les bombardiers que les chasseurs (Corsair, Hellcat, Thunderbolt). En fait de moteur en V à refroidissement liquide, il n'existera pas d'autre choix que le Merlin britannique. Pour la fabrication des 40 premiers Hurricane, les moteurs sont envoyés d'Angleterre, montés dans les avions, puis les avions expédiés complets. On trouvera par la suite une solution plus satisfaisante : Les cent avions suivants qui sont expédiés en Angleterre n'ont ni moteur ni armement, ni instruments de vol sans visibilité. Hawker termine le montage sur place. Can car conserve 9 moteurs Rolls Royce Merlin III qui sont montés temporairement sur les avions choisis au hazard pour des essais en vol sous la direction du représentant du British Air Ministry. Cependant, la production ne pourra s'intensifier qu'à partir du moment où les moteurs vont être produits sur place en Amérique du Nord. Au cours de l'été 1940, en pleine bataille d'Angleterre, Hawker négocie avec Packard au cours de l'été 1940 la fabrication sous licence de Merlin, qui vont prendre l'appellation de 28 puis 29 et développent environ 1300 cv. Produit à partir de 1941, le Packard Merlin équipera par la suite le P51 Mustang, en remplacement de l'Allison V 1710, dont nous avons évoqué les inconvénients.

C'est donc vraisemblablement à la construction de Hurricane par Canadian Car and Foundry que l'on doit la mise en fabrication en Amérique du Nord de l'unique moteur en V véritablement efficace dont pourront disposer les Alliés. Et ce moteur de légende ne sera pas réservé aux chasseurs : on le retrouve en particulier sur l'Avro Lancaster, le bombardier le plus puissant et le plus efficace de la seconde guerre mondiale(4) .

Les Hurricane construits par CCF ont-ils joué un rôle important dans la Bataille d'Angleterre ? Il est difficile d'en juger. La contribution canadienne est modeste : 30 avions alors que l'Angleterre en a perdu 832 au cours des mois d'août et septembre, et en a construit beaucoup plus. Certes, ces 30 appareils représentaient peu de choses, même si chaque avion comptait en ces temps difficiles. Ils avaient néanmoins démontré l'efficacité de l'industrie canadienne. Il était désormais établi que le Canada pouvait construire les avions dont l'Angleterre avait besoin, que la production Nord-Américaine pouvait rapidement s'intensifier et s'étendre aux moteurs. Avec ces premiers Hurricane, le Canada faisait entrevoir la capacité industrielle du Nouveau monde : les Canadiens avaient montré qu'ils pouvaient s'adapter (et même plus rapidement que les Britanniques) à la production intensive de matériel de guerre. On allait voir, dans les mois suivants, que leurs ouvriers agricoles étaient capables de devenir en quelques mois des ouvriers de l'armement. L'effectif de Can Car passera de 239 ouvriers en 1939 à plus de 6000 au printemps 1941, la production atteignant alors 25 appareils par semaine. Il apparaissait alors évident que la capacité industrielle du continent Nord-américain était telle que tôt ou tard, l'ennemi serait terrassé par la force mécanique des armées alliées (5).


3.Suralimentation : il faut savoir que la densité de l'air diminue de 25% à 3000 m, de 50% à 6000m et de 67% à 9000 m. Il est donc nécessaire de compresser le mélange air/essence compenser la perte de densité. On utilise soit le compresseur mécanique, entraîné par le moteur soit le turbocompresseur, où une turbine entraînée par les gaz d'échappement actionne le compresseur. [retour au texte] 

4.De par sa puissance, mais aussi en raison du volume utile de la soute, Le Lancaster était le seul bombardier de la seconde guerre mondiale capable de larguer les bombes géantes de 6 t. telles que celles qui ont coulé le Tirpitz. [retour au texte]

5.C'est ce qu'affirmait déjà le Général de Gaulle dans son appel du 18 juin : "Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances, n'empêchent pas qu'il y a, dans l'univers, tous les moyens nécessaires pour écraser un jour nos ennemis. Foudroyés aujourd'hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l'avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là." [retour au texte]


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