Les Hurricane canadiens de la Bataille d'Angleterre
par Philippe ROUYER, dr

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Le prototype prend l'air le 4 novembre 1935. L'appareil ne dispose encore que de l'hélice bipale Watt en bois, à pas fixe. Le moteur est un V12 Rolls Royce de 27 litres de cylindrée, alimenté par carburateur, qui développe 990 cv au décollage. L'avion a une vitesse maximale de 530 Km/h à 6000 mètres. Grâce à un compresseur mécanique, le plafond atteint 11 000 mètres. Il est armé de 8 mitrailleuses Browning de calibre .303. Le Ministère de l'air passe une commande de 600 appareils le 3 juin 1936. Le premier appareil de production vole le 12 octobre 1937. En janvier 1938, un premier escadron de la RAF est opérationnel. A la fin de l'année, environ 200 Hurricane sont en service.

Les qualités du Hurricane apparaissent évidentes. Sa vitesse ascensionnelle et sa vitesse maximale sont inférieures à celles du Spitfire, lequel ne sera livré que 9 mois plus tard, mais le Hawker se révèle très maniable, virant dans un mouchoir de poche. Sa stabilité en fait une plate-forme de tir idéale. L'appareil est selon les témoignages, très facile à piloter et pardonne les erreurs des néophytes. Son train d'atterrissage n'est pas un de ses moindres avantages : les roues, largement écartées, facilitent le contact avec le sol, particulièrement lorsque la visibilité est mauvaise ou par fort vent latéral ; elles se replient vers le centre de l'appareil, et non à l'extérieur (contrairement au Messerchmitt), favorisant ainsi une meilleure répartition des masses en vol.

Le Hurricane est exceptionnellement résistant et se répare facilement. On verra au cours de la guerre des Hurricanes revenir à bon port sévèrement touchés, l'entoilage totalement déchiré, repartir quelques heures plus tard, après avoir été hâtivement rapiécés à la façon d'un vieux vêtement.


Photo prise par l'auteur lors du meeting de Boos en juin 2001

Les premiers Hurricane ont cependant quelques défauts, qu'il faut corriger rapidement. Le Hurricane est beaucoup plus rapide que le Fury : avec la vitesse, l'entoilage des ailes se distend entre les membrures. On les remplace par des ailes métalliques. L'hélice cumule les inconvénients d'une bipale et celle d'un pas fixe. Elle est remplacée par une hélice tripale en métal, à pas variable (2 pas) puis par l'hélice Rotol à vitesse constante(2) . Au grand regret des pilotes, le Hurricane conserve un carburateur : l'alimentation se coupe brusquement lorsque l'avion est soumis à une accélération négative. Bénéficiant d'un moteur à injection qui ne présente pas cet inconvénient, les pilotes de Messerchmitt comprendront vite qu'il suffit de pousser le manche en avant pour échapper à un Hurricane.

Parmi les autres modifications mineures, il faut noter l'installation d'un blindage derrière le siège du pilote, et l'adoption d'un pare-brise à l'épreuve des balles.

De l'autre côté de l'Atlantique, le Hurricane n'est pas inconnu: en automne 1938, le gouvernement canadien l'a choisi pour moderniser ses modestes forces aériennes, et a obtenu que 20 exemplaires de la commande du Ministère de l'air britannique soient détournés vers la RCAF. Ils seront livrées entre février et août 1939. Ce sont des Hurricane du premier type à hélice bipale et ailes entoilées qui équipent le Squadron 1 de la RCAF, lequel va prendre part à la bataille d'Angleterre aux côtés des britanniques à partir du 26 août 1940.

En Angleterre, la production est lente, trop lente au gré du Ministère de l'air. Une partie de la production va être assurée conjointement par Gloster. Cependant, il est important d'augmenter encore la capacité de production, et surtout d'assurer le maintien de la fabrication si les usines anglaises en venaient à subir des dommages. L'Angleterre a gardé le souvenir des bombardements aériens de la Première guerre mondiale. C'est pourquoi en novembre 1938 le Ministère de l'air confie à la Canadian Car and Foundry Company la construction sous licence de 40 Hurricane, à titre d'expérience.

Le contrat ne prévoit pas le simple assemblage d'éléments en provenance d'Angleterre, mais la fabrication intégrale de l'avion, à l'exception du moteur et des instruments. Canadian Car n'a pas à mettre en ouvre un bureau d'étude : tous les plans viendront de chez Hawker, parfois sous forme de microfilms.


2. De la même façon, les premiers Spitfire recevaient une hélice bipale à pas fixe, qui fut rapidement remplacée par une hélice tripale puis quadripale à pas variable. L'augmentation de la puissance des moteurs entraîne l'adjonction d'une 3e, et même d'une 4e pale aux hélices. Les ultimes développements du moteur à pistons conduiront à adopter des hélices à 5 pales, ou même des hélices contrarotatives, qui annulent l'effet de couple. [retour au texte]

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