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[note de la rédaction
: Philippe Rouyer a étudié les applications du microfilm en
France, aux États-Unis (boursier Fulbright en 1989 et 1995) et
au Royaume-Uni (boursier du British Council, 1990). Auteur de
nombreux articles dans des revues spécialisées, il a soutenu
en 1999 une thèse sur l'Evolution de la technique cinématographique
et l'émergence de la micrographie documentaire (Paris III Sorbonne
nouvelle). Philippe Rouyer oriente désormais ses recherches sur
les applications militaires du microfilm au cours de la Seconde
Guerre mondiale s'intéresse également beaucoup à la
production des avions de guerre britanniques]
Que
serait-il advenu si l'Angleterre avait perdu la bataille des
airs en 1940 ? Cette victoire, déterminante pour la poursuite
des opérations, les Alliés l'ont due à une poignée de pilotes
britanniques, auxquels s'étaient joints des volontaires de plusieurs
pays :Canadiens, Français libres, Polonais....
"Never
in the field of human conflict was so much owed by so many
to so few."
"Jamais,
dans l'histoire des conflits de l'humanité, un nombre aussi
grand a dû autant à un si petit groupe." Cette citation
célèbre est extraite du discours prononcé par Winston Churchill
le 20 août 1940 devant la Chambre des Communes.

La
maîtrise des airs fut acquise au prix de lourdes pertes. Elle
fit entrer dans l'Histoire deux appareils remarquables, le Supermarine
Spitfire et le Hawker Hurricane.
On sait tout de ces deux appareils, qui ont fait naître un véritable culte
chez les collectionneurs, les pilotes et les restaurateurs d'avions anciens.
On sait moins qu'un certain nombre de Hawker Hurricane (1451 pour être précis)
furent fabriqués sous licence au Canada. L'histoire de la fabrication du Hurricane
au Canada traduit les difficultés innombrables éprouvées par les Alliés pour
construire, acheminer, et entretenir le matériel. Elle souligne l'importance
capitale prise par la logistique au cours de la Seconde guerre mondiale, et
rappelle la contribution du Canada à l'effort de guerre Avec seulement douze
millions d'habitants, le Canada produira en 5 ans plus de 500 000 blindés,
16 000 avions, 800 000 véhicules militaires et 9000 navires sans compter tous
les munitions et les autres équipements.
De
conception moderne, le Supermarine Spitfire étonnait par ses
performances, mais aussi par sa grâce. Ce fut sans conteste le
plus bel avion de la Seconde guerre mondiale. Esthétiquement
moins réussi, le Hawker Hurricane démontra néanmoins sa redoutable
efficacité pendant la bataille d'Angleterre, abattant entre juillet
et octobre 1940 les 4/5e des avions ennemis. En principe, Spitfires
et Hurricanes se partageaient la tâche : les Spitfire étaient
envoyés contre les chasseurs allemands, principalement les Messerschmitt
Bf 109, tandis que les Hurricane s'attaquait aux bombardiers.
Dans la réalité, la RAF ne disposait pas d'un nombre suffisant
de Spitfire pour n'affecter les Hurricane qu'à la destruction
des bombardiers. Le Hurricane fut souvent opposé au Messerschmitt
et, bien que théoriquement surclassé, conservait toutes ses chances
entre les mains d'un pilote expérimenté. Si le Spitfire reste
le chasseur emblématique de la bataille d'Angleterre, le Hurricane
en est l'artisan majeur : 1715 appareils ont pris part au combat,
soit plus que tous les autres types de chasseurs réunis.
Spitfire et Hurricane seront tous deux
produits en grand nombre, mais connaîtront un sort différent.
Tout au long de la guerre, le Spitfire sera amélioré : il évoluera
jusqu'au Mark XIV de 1944, pressurisé, doté d'un moteur Rolls
Royce Griffon de plus de 2000 cv et d'une hélice à 5 pales,
qui atteignait 730 Km/h à 8000 m d'altitude. Le Hurricane,
en revanche, ne sera pratiquement pas modifié entre 1940 et
1945. Il recevra juste un moteur un peu plus puissant, une
nouvelle hélice, et des équipements lui permettant de s'adapter à des
missions sans cesse plus variées : on verra le Hurricane bombardier
lors du débarquement de 1942 à Dieppe, chasseur de nuit, chasseur
de tanks au Moyen Orient, appareil d 'observation, chasseur
embarqué. Il recevra selon les cas des points d'encrage pour
des bombes ou des réservoirs largables, des canons au lieu
de mitrailleuses, et même des skis pour pouvoir opérer sur
la neige et la glace. Certains exemplaires seront convertis
en Sea Hurricane, avec points d'ancrage pour catapulte et crochet
d'appontage.
Lorsqu'il
entre en service en 1938, le Hurricane n'est pas un avion totalement
nouveau. Sa parenté avec le biplan Hawker Fury est évidente (les
deux avions ont été conçus sous la direction du même ingénieur,
Sidney Camm). Comme sur le Fury, la partie arrière du fuselage
et la voilure font appel à une structure métallique entoilée.
En rupture avec les chasseurs précédents, le Fury était doté d'un
moteur Rolls Royce en V, refroidi par eau. Le Hurricane conserve
cette formule, qui permet de réduire la surface frontale, et,
en règle générale, dissipe mieux la chaleur qu'un moteur refroidi
par air(1) . Le Hurricane présente
cependant deux innovations majeures : c'est un monoplan, et le
train d'atterrissage est escamotable.
1.Le
moteur en étoile, à refroidissement par air, était tout à fait
en mesure de produire les fortes puissances recherchées, mais
conduisait à un profil aérodynamique différent, et à des avions
beaucoup plus lourds. Ainsi, le Hellcat qui disposait d'un Double
Wasp (double étoile) de 2800 cu in de cylindrée (47,9 litres)
délivrant 2000 cv, était un appareil pesant plus de 4 tonnes à vide,
tandis qu'un Spitfire XIV, d'une puissance équivalente, obtenue
avec un RR. Griffon de 37 litres de cylindrée, pesait une tonne
de moins. Le Spitfire XIV était évidemment beaucoup plus rapide
que le Hellcat. On a aussi construit des moteurs en ligne ou
en V refroidis par air, mais il fallait avoir recours à des ventilateurs, à des
capots pour améliorer le refroidissement: La formule ne convenait
qu'à des moteurs d'une puissance inférieure à 400 cv.
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