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Le " jeudi
noir " démontre les faiblesses de la doctrine du daylight
precision bombing. Le principe était séduisant
: le bombardement de précision à haute altitude épargnait
les populations civiles, ne détruisait que des objectifs
militairement importants, et en théorie, pouvait s'opérer
sans pertes. Une publicité de General Electric,
qui paraissait en 1943 dans les magazines américains(11) ,
affirmait que, grâce au turbocompresseur, les avions américains
volaient si haut que rien ne pouvait les atteindre. On promettait
une fois de plus la guerre sans pertes ni victimes.
Au fil des jours,
la politique de l'USAAF allait s'infléchir.
Sans abandonner l'idée du bombardement
de précision, et sans perdre de
vue les considérations éthiques,
l'USAAF allait bombarder, parfois de nuit
pour assurer aux avions une meilleure protection à moyenne
ou basse altitude, des zones de plus en
plus étendues. La nécessité de
continuer à bombarder l'Allemagne
au cours de l'hiver 1944 en dépit
du mauvais temps, conduit à utiliser
le radar, et non la visée optique.
Les plus ardents défenseurs de la
théorie américaine reconnaissent,
tout en soulignant la différence
d'intention, que les bombardements américains
avaient dans ces conditions, les mêmes
conséquences sur les populations
civiles que les raids de la RAF(12) .
Après bien des réticences,
les Américains se résolvent à lancer
1000 bombardiers sur Berlin, le 3 février
1945. Le raid fait à peu près
25 000 victimes civiles, alors que seules
des cibles stratégiques étaient
visées, tant est étroite
l'imbrication entre les installations vitales
et les habitations. Au Japon, l'USAAF pratique
délibérément le bombardement
de masse (area bombing), visant
non plus des objectifs militaires mais
des villes entières, en utilisant
largement les bombes incendiaires. Cependant,
les préoccupations éthiques
resteront présentes, du moins en
apparence, jusqu'au dernier jour : la justification
qui était donnée aux équipages était
l'existence supposée au sein des
habitations, d'ateliers clandestins, d' " usines-fantômes " fabriquant
de l'armement. S'agissait-il d'une réalité,
ou d'un argument destiné à faire
accepter ce qui jusque là avait été présenté comme
moralement inacceptable ? Les anciens de
la 20th Air Force qui devaient se contenter,
faute de mieux, de l'argument officiel,
n'en savent pas plus que nous et se posent
encore des questions.

L'un des
quartiers résidentiels de Hambourg dévasté par
les bombardements.
(Copyright
USAF)
La théorie du daylight precision bombing s'opposait radicalement à la
doctrine de Trenchard, mais dans les faits, les pratiques de la RAF et de l'USAF
ont fini par se rejoindre devant la nécessité d'obtenir le plus
rapidement possible la reddition sans conditions de l'Allemagne et du Japon.
11.On
peut lire dans Aviation, March 1943, p.307 :
" Bombs from a planeless sky.
This type of Allied bombing is made possible by the turbosupercharger, which
has sent our planes so high that they cannot be seen and are beyond the reach
of effective anti-aircraft fire". [retour au texte]
12. "Although American radar bombing results resembled
British area bombing, the intent was quite different". Edward C. Holland
III. Fighting with a Conscience, the Effects of an American Sense of Morality
on the Evolution of Strategic Bombing Campaings. Maxwell AFB, Al : Air University
Press, 1992, p. 18. [retour
au texte]
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