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Premières
missions de la 8th Air Force
A la fin de l'été 1942,
les Américains vont pouvoir mettre en pratique des théories
du daylight precision bombing. En découvrant
l'Angleterre, ils font connaissance avec les conditions climatiques
propres à l'Europe du Nord : épaisse couverture
nuageuse et brouillards fréquents. Le mauvais temps
aura de lourdes conséquences : de nombreuses missions
doivent être reportées en raison de la mauvaise
visibilité, et l'entraînement des équipages
(notamment des mitrailleurs) est souvent ajourné. En
moyenne, il n'est pas possible de voler plus de 8 à 10
jours par mois.
La première
mission de bombardement stratégique
de la 8th Air Force en Europe intervient
le 17 août 1942 : c'est le raid sur
le triage de Sotteville, près de
Rouen. Le général Ira Eaker
y participe en tant qu'observateur à bord
du Yankee Doodle. Tout se passe
comme l'avaient prévu les théoriciens.
Les 12 B 17 sont accompagnés de
Spitfire (nous sommes tout prêt des
côtes anglaises) et ne rencontrent
qu'une DCA peu importante au-dessus de
Saint Valery-en-Caux. Malheureusement,
les choses n'allaient pas continuer ainsi.
Les missions sur l'Allemagne se révèlent
de plus en plus dangereuses, et les pertes
de plus en plus lourdes. Avec l'automne,
les conditions de vol des équipages
deviennent de plus en plus pénibles
: la combinaison chauffante vient à point
nommé pour les aider à résister
au froid.
Jeudi
noir

Les B-17
sont sur l'objectif, on distingue les impacts au sol et le tir
très
dense de la Flak allemande
(Copyright
USAF)
Le
premier raid sur Schweinfurt a lieu le 17 août 1943. Les
résultats, bien qu'appréciables (la production
des usines pour le mois de septembre équivaut à 35%
de la production antérieure), ne sont pas jugés
suffisants. La 8th Air Force est envoyée à nouveau
le 14 octobre, pour achever la destruction des usines de roulements à billes
de Schweinfurt. Au soir du 14, le bilan est effrayant. La cible
a bien été atteinte, mais sur 291 B17, 62 ont été abattus,
187 endommagés, et guère plus de 100 en état
de voler. La mission du 14 octobre a pu être présentée
comme une victoire, car en dépit d'une Flak d'une
rare intensité, et de l'intervention de la chasse allemande,
les B17 n'ont pas dévié de leur route et la cible
a pu être atteinte. Le lendemain de la bataille, le Stars
and Stripes (journal officiel des forces armées) publie
un article rassurant, qui minimise les pertes, en affirmant qu'une
bonne moitié des équipages a pu sauter en parachute(5) .
La réalité demeure : les pertes sont alarmantes,
et le 14 octobre, appelé depuis lors " Jeudi noir " signe,
du moins temporairement, l'arrêt des missions au coeur
de l'Allemagne. Le " jeudi noir " souligne les faiblesses
de la doctrine du daylight precision bombing.

L'un des
appareils a été touché de plein fouet par la Flak
allemande dont l'intensité ne cessera d'augmenter tout
au long de la guerre.
Sa consommation en munitions se fera d'ailleurs
au détriment de l'artillerie au sol souvent rationnée.
(Copyright
USAF)
-
1. Lors
de son premier vol en 1935 le B 17 est aussi rapide que les
chasseurs contemporains. Tel n'est plus le cas en 1943. Les
Foke-Wulf et Messerschmitt 109 qui s'attaquent aux B 17 dépassent
les 600 Km/h. Tandis que la motorisation du B 17 reste pratiquement
inchangée, les chasseurs voient la puissance de leurs
moteurs doubler, passant approximativement de 800 à 1600
cv. Il s ne sont plus armés de mitrailleuses, mais
de canons de 20 mm.
-
2. Le
concept du bombardement stratégique élaboré dans
les années 1930 ignorait le radar. Prévenu
suffisamment longtemps à l'avance par le radar, les
chasseurs ont le temps de décoller et de monter à la
rencontre des bombardiers. De la même façon,
la DCA a tout loisir de se préparer à recevoir
les assaillants.
-
3. L'altitude
protégeait le bombardier de l'artillerie anti-aérienne
qui existait en 1935, mais en 1943, les données ne sont
plus les mêmes. La Flak allemande dispose d'un
arsenal impressionnant, dont le canon antiaérien de
88 mm. Issus du modèle 18, né en 1933, les 88
mm modèles 36 et 37 qui sont livrés à partir
de 1939 sont installés en batteries, guidés par
radar et par projecteurs la nuit. La cadence de tir atteint
15 coups/mn, et le plafond effectif est de 26 000 pieds. Le
modèle 41 installé à partir de 1943 porte
le plafond effectif à 35 000 pieds et la cadence de
tir de 20 coups/mn. La puissance destructrice de la Flak est
effrayante : le 88 mm lance un obus de plus de 9 Kg, dont
le détonateur peut être commandé soit par
l'impact soit par l'altitude. On voit aussi de très
gros calibres, tel le modèle Flak 40, avec des canons
de 128mm montés par paires, qui lancent à 30
000 pieds des obus de 26 kg dont les éclats peuvent
s'éparpiller sur 200 mètres. De nombreux témoignages
confirment la présence le 14 octobre d'un mur d'obus éclatant à 30
000 pieds et plus, dont les fragments extrêmement dangereux
se répandent en tous sens. Dans ces conditions, la densité du
tir est au moins aussi importante que sa précision.
On imagine très bien ce que signifie l'expression que
l'on rencontre dans tous les récits : la Flak était
si épaisse qu'on aurait pu marcher dessus(6). Par
ailleurs, s'il est possible de rejoindre la cible en volant à très
haute altitude, le bomb run s'effectue généralement,
même si la visibilité est parfaite, à une
altitude inférieure, notamment en raison du vent balistique,
qui, s'il est trop fort, déjoue les calculs du Norden.
Dans le Pacifique, ces vents sont si violents que le Général
LeMay ordonne de conduire le raid sur Tokyo à une altitude
comprise entre 5 000 et 7 000 pieds). C'est au cours du bomb
run que les avions sont les plus vulnérables.
5.Reproduit
sur : http://members.loop.com/~tstel/mshwm8.htm. [retour
au texte]
6. "Flak was so heavy you could walk
on it".[retour au texte]
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