Schweinfurt : la théorie à l'épreuve des faits. Le concept de bombardement stratégique
par Philippe Rouyer, PhD, conservateur de bibliothèque à l'Université de Rouen

page 1 - page 2 - page 3 - page 4 - page 5

 

Le B 17 et le daylight precision bombing

L'armée américaine va donc envisager avec sérénité le bombardement de jour d'objectifs précis, à haute altitude. Elle va disposer pour cela de l'appareil idéal, le bombardier 17 et du légendaire calculateur de visée Norden.
Avec ses 4 moteurs en étoile de 1200 cv, (1000 cv à 25 000 pieds, grâce à la suralimentation) le B17 peut voler à 35 000 pieds d'altitude. Cependant, du moins pour les premières versions, le surnom de forteresse volante est quelque peu usurpé, car l'avion ne dispose que d'un armement défensif léger (mitrailleuses de 0.303). Ses capacités d'emport ne sont pas exceptionnelles, et l'appareil est peu logeable. Même s'il se classe parmi les bombardiers lourds, le B17 n'offre ni le volume utile, ni la capacité d'emport des bombardiers britanniques. Le fuselage est étroit, au point qu'il faudra par la suite décaler les postes des mitrailleurs latéraux pour éviter qu'ils ne se gênent mutuellement, et la circulation à l'intérieur de l'appareil est difficile (en particulier l'accès au poste de mitrailleur arrière). Jusqu'à la version F, l'avion n'est pas défendu par l'avant, une faiblesse que les chasseurs allemands sauront vite mettre à profit. Sur le papier du moins, le B17 constitue l'appareil idéal pour mettre en pratique la théorie américaine du bombardement stratégique. Le prototype effectue son premier vol en le 28 juillet 1935 . Le type A, de pré-production, est suivi du type B, livré en petit nombre à l'USAAF peu avant septembre 1939.

Une déconvenue : les premières Forteresses de la RAF

Dans le cadre de la loi prêt-bail (11 mars 1941), 20 B17 type C sont confiés à la RAF et sont affectés au 90 Squadron sous les matricules AN 518 à AN 537. Les Forteresses de la RAF sont en tous points semblables aux modèles américains, à la seule différence des mitrailleuses de 0.303 remplacées par des calibres 0.50. et des réservoirs auto-obturants. La première mission, le 8 juillet 1941, est une mission de bombardement de jour à très haute altitude (30 000 pieds). Un appareil connaît des problèmes de moteur, les deux autres manquent la cible, mais reviennent à bon port. Le 24 juillet, un groupe de B17 est envoyé sur la rade de Brest. Là encore la cible est manquée, mais la chasse allemande touche sévèrement un B 17 qui se désintègre à l'atterrissage.
Les Britanniques connaissent de sérieux problèmes à haute altitude : les mitrailleuses sont gelées par le froid, les masques à oxygène sont obstrués, l'interphone défaillant. Les missions malheureuses se succèdent, si bien qu'en septembre 1941, 8 B17 ont été perdus au combat ou détruits dans des accidents. On constate que la cible est très difficile à atteindre à partir d'une altitude de 30 000 pieds, que l'armement défensif n'est pas suffisant, que seules des formations serrées peuvent offrir une relative protection. Le remplacement des mitrailleuses de 0.303 par des calibres 0.50 n'est pas une modification mineure. La mitrailleuse légère 0.303 Browning a une cadence de tir élevée (1140 coups/mn) mais ses projectiles sont peu efficaces sur les blindages et les réservoirs auto-obturants dont seront équipés progressivement les chasseurs allemands. Les Browning 0.303 ont surtout l'avantage d'être légères(la mitrailleuse pèse 10,4 Kg, le projectile 11.3 g). La Browning M2 de calibre 0.50, qui sera le standard dans l'USAAF, a une cadence de tir moins élevée (750 coups/mn), largement compensée par un calibre supérieur : Les munitions de 12,7 x 99 pèsent 48.5 g, la mitrailleuse 30 Kg.
Il faut toutefois préciser que la RAF n'a pas droit au calculateur Norden, mais au Sperry, réputé moins performant. Il n'est du reste pas certain que le calculateur Norden, bien que supérieur à tous les autres dispositifs de l'époque, ait été à la hauteur de sa réputation(4) .

Les B 17 de l'USAAF


Une formation en vol serré de B-17 américains. Même les pilotes allemands les plus chevronnés hésitaient
à effectuer une passe contre une telle puissance de feu.
(Copyright USAF)

 

Sur les B 17 de l'USAAF, le nombre de mitrailleuses se multiplie : Le B 17 modèle D reçoit 6 mitrailleuses de 0.50 (2 latérales, 1 paire de mitrailleuses ventrale, 1 paire de mitrailleuses dorsales, 1 mitrailleuse supplémentaire de 0.303 dans le nez).
A parti du modèle E, l'arrière est défendu par une tourelle arrière manuelle équipée de 2 mitrailleuses. Une tourelle électrique est montée sur le dos, juste après le poste de pilotage, et l'ouverture ovale dans les flancs est remplacée par des ouvertures rectangulaires, qui reçoivent des plexiglass amovibles, modification bienvenue sur des appareils destinés à connaître le climat rigoureux de l'Europe du Nord. Une tourelle ventrale commandée à distance est installée (l'opérateur dispose d'un viseur périscopique). Elle est rapidement remplacée par la fameuse tourelle ventrale habitée, la Sperry ball turret. C'est le premier modèle à recevoir l'immense aileron arrière qui le stabilise pendant le bomb run, et par la même occasion, rééquilibre la silhouette sur le plan esthétique.
Le modèle F qui équipe la 8th Air Force, présente de nombreuses améliorations, peu visibles, mais importantes. Les moteurs sont légèrement plus puissants. Toujours faiblement défendu sur l'avant, l'avion est souvent modifié sur place, pour introduire des mitrailleuses supplémentaires. Le modèle G, qui entre en service à partir de l'automne 1943 est celui qui sera produit en plus grand nombre (4035). C'est le plus fortement défendu, avec la tourelle avant, dite chin turret.


.4. Stephen McFarlan démythifie le Norden dans American Pursuit of Precision Bombing, 1910-1945. Smithonian Press, 1995. [retour au texte]

page 1 - page 2 - page 3 - page 4 - page 5

Suivez nous

© 1997-2012
Conflits & Stratégie
Tous droits réservés