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Le
Botha : " A dreadful plane" (suite)
En
plus d'être laids, les Skua, Roc et Botha ne furent pas
ce que l'on peut appeler des avions réussis. Et par ailleurs,
Blackburn participait en sous-traitance, à la construction
d'autres modèles tels que le Fairey Barracuda, dont la
production fut importante (2572 toutes séries confondues),
mais qui souffrait de la même façon, et pour les
mêmes raisons que les Skua, Roc et Botha, de sous-motorisation.
Blackburn était une entreprise réputée,
qui construisit dans les années 30 des appareils appréciés,
comme le Dart. C'est pourquoi a médiocrité de la
production des années 1940 ne peut pas s'expliquer par
une soudaine incompétence de l'entreprise. Il faut plutôt
considérer les difficultés d'approvisionnement
en moteurs, compte tenu des difficultés nées de
la guerre. La Grande-Bretagne devait faire face aux bombardements
allemands, disséminer ses usines sur tout le territoire,
répartir entre de multiples sous-traitants, faire face
aussi aux conflits du travail. Car la guerre à l'extérieur
n'avait pas pour autant imposé la paix sociale : les revendications
salariales, les débrayages, les grèves se multiplient.
On compte entre 1940 et 1944, plus d'un million de jours de travail
perdus chaque année pour cause de grève. L'industrie
devait enfin répondre à des exigences du gouvernement,
qui, même justifiées sur le plan politique, venaient
souvent désorganiser la production.
Dans
son ouvrage célèbre The People's War, Angus Calder
rapporte une anecdote proprement effrayante : Beaverbrook, ministre
de la production aéronautique, inspectait une grosse usine
d'aviation, lorsqu'il vit un nouveau type d'avion. Il demande
quand l'avion serait prêt, on lui répond "dans
deux mois". Il dit qu'il en a besoin immédiatement,
et que dans deux jours l'avion doit être en vol et bombarder
Berlin. Toute l'usine se réorganise pour que l'avion soit
prêt dans les deux jours. Tout le programme est désorganisé,
et les chaînes de montages dépouillées de
leurs ouvriers, l'ensemble du personnel se mobilisant sur le
fameux avion. Par un extraordinaire effort d'organisation, l'avion
est prêt dans le délai fixé, conduit à l'aérodrome,
et remis à la RAF. Le travail que Beaverbrook avait demandé avait été exécuté,
au prix d'une désorganisation dont l'usine allait mettre
des semaines à se remettre. Quarante huit heures après
la visite de Beaverbrook, l'avion allait bombarder Berlin. Mais
quand le bombardier ouvre la soute, deux ouvriers de l'équipe
de nuit (qui s'étaient probablement endormis, épuisés)
tombent dans le vide.(1)
On
imagine volontiers que, disposant de moteurs d'une puissance
suffisante, les Skua, Roc et même Botha eussent été assez
satisfaisants. Mais, dans la mesure où aucune autre motorisation
ne pouvait être envisagée à l'époque,
sans doute eut-il été plus sage de ne pas laisser
ces avions dépasser le stade du prototype. L'histoire
des avions Blackburn illustre bien l'incohérence de la
production aéronautique britannique. Les résultats
d'ensemble n'en sont que plus surprenants, si l'on prend en compte
les difficultés d'approvisionnement en matières
premières, la persistance des conflits sociaux, l'incompétence
ou l'inefficacité de certains gestionnaires, la nécessité de
déconcentrer les sites de production, de multiplier la
sous-traitance pour éviter les bombardements allemands,
et la dispersion des moyens sur un nombre excessif de modèles.
Tout cela se traduisit par un effort disproportionné,
que la Grande-Bretagne allait payer dans l'après-guerre.
(1).
Calder, Angus. The People's War : Britain, 1939-1945.- Pimlico, 1992,
p. 257-8. [retour au texte]
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