Les vilains petits canards de Robert Blackburn
par Philippe ROUYER, dr

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Le Blackburn Roc

A partir du Skua, la firme Blackburn conçoit le Roc, en reprenant la formule originale que Boulton Paul avait appliquée avec le Defiant, le chasseur à tourelle. Les deux appareils font appel à la même tourelle Boulton Paul, et chose curieuse, c'est Boulton Paul qui assure la fabrication du Roc. Comme sur le Defiant, le carénage aérodynamique s'escamote pour laisser toute liberté de manouvre à la tourelle, équipée de deux paires de Browning 0.303. Remarquablement conçue (1), la tourelle électrique hydraulique de Boulton Paul est mal venue sur un monomoteur qu'elle alourdit considérablement, et qu'elle freine par la traînée aérodynamique qu'elle engendre. Déjà encombrante sur le Defiant, qui bénéficie pourtant de l'excellente motorisation Rolls-Royce Merlin, cette tourelle pose un problème insoluble au Roc, dont le moteur Bristol Perseus ne développe guère plus de 800 cv. La vitesse se révèle encore inférieure à celle du Skua, et le plafond ne dépasse pas 17 000 pieds. Le premier Roc de production vole la veille de Noël 1938. Si le Defiant n'est qu'un chasseur à tourelle, le Roc est en même temps un bombardier en piqué. Il est même est prévu pour recevoir des flotteurs et se transformer en hydravion. Trois ou quatre Roc subirent cette modification, qui n'améliorait ni les performances, ni la stabilité de l'avion. En dépit de résultats décevants, 136 Roc seront construits. Le premier Roc est livré en juillet 1939, et les Roc sont tous retirés du service actif en juin 1940. L'esthétique peu engageante du Roc lui permet d'apparaître comme un engin de guerre effrayant. C'est sans doute la raison pour laquelle il apparaît sur la couverture d'un roman destinés à la jeunesse : Fleet Wings, de Dempster E. Heming, 1941 (2).

D'après un ancien pilote, le Roc était un avion robuste, dont les qualités en piqué étaient exceptionnelles : il pouvait fondre (presque) à la verticale (70 %) sur l'objectif, ralenti dans sa chute par des aérofreins, puis se rétablir au dernier moment, à 50 pieds d'altitude (3). Contrairement à ce que l'on a pu dire, le Roc ne faisait pas double-emploi avec le Defiant. Bombardier en piqué, il devait avant tout être utilisé à l'attaque des navires ennemis, en offrant, contrairement à un bombardier traditionnel, peu de prise à la DCA. Comme sur le Defiant, le mitrailleur se trouvait enfermé dans sa tourelle, et n'avait guère la possibilité de s'en extraire en cas de nécessité. Il fallait du courage et une bonne dose d'optimisme pour voler dans ces appareils.


(1). Voir Le Boulton Paul Defiant, http://www.net4war.com/history4war/dossiers/guerre-aerienne/boulton/boulton01.htm. [retour au texte]

(2). Publié sous le pseudonyme de Guy Dempster, Lutterworth Press: London & Redhill, 1941. [retour au texte]

(2). On pourra lire des récits de pilotes de Roc et Skua sur l'excellent site de John Dell :
http://freespace.virgin.net/john.dell/blackburn_roc.htm. [retour au texte]


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