Les vilains petits canards de Robert Blackburn
par Philippe ROUYER, dr

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Blackburn au cours de la seconde guerre mondiale : le Skua

En 1937, répondant à un appel d'offre du Ministère de la Marine, il développe le Skua. Premier monoplan embarqué, le Skua est un chasseur/bombardier en piqué biplace. Dire que l'avion est techniquement dépassé est inexact, car il rassemble des caractéristiques d'avant-garde, que l'on ne retrouve pas toutes réunies chez les "stars" du moment. Le Skua est construit entièrement en métal, et possède d'origine train d'atterrissage escamotable et hélice tripale à pas variable. Par comparaison, le Hurricane conserve une construction entoilée (les surfaces portantes métalliques ne seront adoptées qu'au stade de la production) et les premiers modèles du Hurricane et du Spitfire doivent se satisfaire de l'hélice bipale Watt en bois, à pas fixe.

Le Skua se distingue entre autres par la silhouette singulière, et notamment son pare-brise, presque vertical. Il jouit d'une réputation de robustesse dans la tradition de Blackburn, qui ne semble pas usurpée. Le Skua présentait une particularité susceptible d'inquiéter les moins méfiants. Comme il avait été démontré que l'appareil se sortait difficilement d'une vrille, un parachute de queue avait été prévu. Le pilote tirait au moment critique sur un anneau, relié à un câble qui courait à l'extérieur, le long du fuselage, et libérait un ressort, lequel ouvrait un coffre dans lequel était contenu un parachute. La vrille pouvait donc se terminer, si tout fonctionnait correctement, par un Roc suspendu à la verticale, par la queue, à un parachute déployé comme par miracle. Le câble qui courait à l'extérieur, pouvait donner l'impression d'un bricolage hâtif. Tel n'était pas le cas, car le montage extérieur découlait logiquement d'un concept nouveau : la cellule de l'appareil était parfaitement étanche, et lui permettait de flotter s'il devait s'abîmer en mer. Destiné à être embarqué, il possédait des ailes repliables, technique que Blackburn avait bien maîtrisé dans l'entre-deux guerres.

Il recevait pour son malheur le moteur Bristol Perseus assez délicat (9 cylindres en étoile sans soupapes), relativement peu puissant (entre 800 et 900cv selon l'altitude), et dune fiabilité incertaine. Le moteur sans soupape, construit sur le principe de chemises rotatives, qui libèrent des lumières d'admission et d'échappement, exige en effet un usinage très précis, avec un appairage rigoureux des chemises. Les problèmes de fabrication ne furent résolus par Bristol qu'avec les modèles ultérieurs, le Hercules, qui connut une brillante carrière civile et militaire, et le Centaurus, un monstre de 54 litres de cylindrée, 18 cylindres en double étoile, et 2500 cv, qui fut utilisé alternativement avec le Napier sur le Hawker Tempest. Le choix d'un Bristol sans soupages trouve sans doute son origine dans la longue collaboration de Blackburn avec Bristol. Elle peut aussi s'expliquer par l'indisponibilité d'autres groupes propulseurs. Les performances du Skua étaient médiocres (350 Km/h au maximum) et sa vitesse ascensionnelle très insuffisante. Il fut construit entre octobre 1938 et mai 1940, à 190 exemplaires, un chiffre qui serait aujourd'hui plus qu'honorable, mais traduisait à l'époque un échec relatif.

A la fois bombardier en piqué et chasseur, le Skua était incontestablement trop lent pour être un chasseur. Son armement consistait en 4 mitrailleuses de calibre 0.303 dans les ailes, et une mitrailleuse Lewis à l'arrière. Il emportait une bombe GP (General Purpose) de 250 livres ou une bombe SAP (Semi Armour Piercing) de 500 livres. C'est néanmoins un Skua qui remporte la première victoire aérienne britannique en abattant un hydravion Dornier le 25 septembre 1939. Et c'est à la suite d'une attaque de Skua que coule le premier vaisseau de ligne allemand victime de l'aviation britannique, le croiseur lourd Koenigsberg, dans le port de Bergen, le 10 avril 1940. Il faut cependant admettre, et ceci ne diminue en rien le mérite des pilotes anglais, qu'un concours de circonstances avait rendu les défenses du croiseur inopérantes, et qu'un incendie mal maîtrisé avait, plus que les bombes de 500 livres des Skua, causé la perte du navire.

 

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