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Le
Général De Gaule l'avait prédit : les Allemands,
qui avaient vaincu par la force mécanique, seraient à leur
tour vaincus par une force mécanique supérieure.
On sait le rôle que jouèrent les Etats-Unis, l'arsenal
des démocraties. On sous-estime parfois la part du Canada,
qui, présent aux côtés de la Grande Bretagne
dès les premiers jours, a construit au cours de la guerre
des milliers de chars, de camions et plus de 16.000 avions, du
Hurricane au Lancaster. En dépit des difficultés
d'approvisionnement, des bombardements allemands, d'une population
sous-alimentée, le Royaume-Uni peut également faire état
d'une production impressionnante, et plus impressionnante encore
rapportée à ses quarante huit millions d'habitants (1),
portant sur une moyenne de 1.500 à 2.000 avions par mois
pendant des années de guerre.
Au
cours de la guerre, le Royaume Uni construisit des dizaines de
milliers d'avions, l'essentiel étant concentré sur
les appareils devenus emblématiques, tels que Hurricane,
le Spitfire, le Lancaster ou le Halifax et d'autres avions un
peu moins connus, mais tout aussi exceptionnels, comme que le
Bristol Beaufighter ou le Mosquito des Pathfinders, dont la cellule
en contre-plaqué l'avait fait surnommer selon le cas "la
merveille de bois" ou de "délice des termites".
Une petite brochure, distribuée en France juste après le débarquement,
dresse le panorama de la construction aéronautique britannique :
Les avions britanniques
: leurs exploits dans la guerre aérienne : autant de
noms qui sonnent comme des noms de victoire.- Bureau d'information
Allié, [1944).- 29 p.- (GPD/2) (2)
Ce
petit livret détaille 21 modèles différents,
sans entrer dans le détail de leurs différentes
versions. Encore n'est-ce là qu'un aperçu. La brochure
n'évoque pas tous ces avions marginaux plus ou moins réussis,
qui furent cependant utilisés, mais assez rapidement retirés
du service actif pour finir leur carrière au mieux comme
avions d'entraînement, au pire comme tracteurs de cibles.
Car c'était la véritable faiblesse de l'industrie
britannique : l'absence de standardisation, la multiplication à l'infini
des modèles, une diversité qui ne favorisait ni
l'abaissement des coûts de production, ni l'entretien,
ni même la formation des personnels. On a vu les autorités
commander des études, et passer commande d'appareils dont
il était évident, dès les premiers essais,
qu'ils ne correspondaient pas aux besoins. On s'interroge devant
tant d'énergie et d'argent employés pour construire
et faire voler ces " vilains canards ", alors que le
pays avait besoin de toutes les ressources disponibles. Dans
le même temps, les Allemands s'en tenaient aux Messerschmitt
et Focke-Wulf construits à la chaîne, à des
cadences dignes de l'industrie automobile.
Cette
production mal coordonnée n'a concerné que les
cellules. Pour des raisons techniques évidentes (la complexité d'un
moteur et le temps nécessaire à sa mise au point
tempère les enthousiasmes) la fabrication des moteurs
s'est limitée à quelques groupes propulseurs, que
l'on a cherché à améliorer au fil des mois,
essentiellement la famille des Rolls-Royce Merlin pour les moteurs à refroidissement
liquide, et celle des Bristol sans soupapes pour les moteurs
en étoile à refroidissement par air. On note bien
quelques originalités, telles que le Napier Sabre, moteur
en H sans soupapes, d'une puissance phénoménale
lorsqu'il fonctionnait correctement, ou le peu orthodoxe Vulture
en X (deux V 12 opposés) du Manchester. La complexité et
la fragilité du Napier l'ont réservé à un
avion d'exception, le Tempest, tandis que le Rolls Royce Vulture était
rapidement abandonné.
A cette époque,
les avions étaient bon marché, du moins relativement
Les Hurricane construits sous licence par Canadian Car and Foundry
en 1940-41 ne valaient que $ 50.000 l'unité, soit l'équivalent
de 50 automobiles familiales (3).
Le quadrimoteur B17, d'une valeur de $ 225.000 au début
de la guerre, voyait son prix descendre à $ 185.000 avec
l'augmentation des séries en 1944. Nous sommes loin des
305 millions de francs (4)
du Rafale. C'était aussi une époque où les
matériels avaient une durée de vie particulièrement
brève (de l'ordre de 5 ans), alors que de nos jours, un
avion militaire est maintenu en service une vingtaine d'années
au moins pour les appareils de combat , et plus de trente ans
pour les avions de soutien logistique. Mécaniques relativement
simples selon les critères actuels, les avions des années
de guerre étaient conçus en quelques mois, et entraient
en production moins de deux ans après les premières
esquisses, tandis que la gestation d'un appareil moderne s'étale
sur une dizaine d'années. Même les armées
les moins bien équipées étaient en mesure
de mettre en ouvre plusieurs centaines d'appareils. En 1939,
la France, qui pourtant ne brillait pas par la richesse de son équipement
militaire, pouvait aligner 1.500 avions. Époque sans nul
doute bénie pour les ingénieurs qui pouvaient donner
libre cours à leur imagination, et les Anglais ne s'en
sont pas privé.
(1).
47.760.000 habitants en 1939. [retour au texte]
(2).
Ce livret est reproduit sur : http://www.uk-us.org/brochure.htm.
[retour au texte]
(3). http://www.net4war.com/history4war/dossiers/guerre-aerienne/hurricane/hurricane01.htm.
[retour au texte]
(4).
prix unitaire du Rafale dans le cadre de la commande passée
en 1998 par la DGA. http://www.defense.gouv.fr/air/avion/projets/rafale.html.
[retour au texte]
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