Le commandant du T 49
Traduction et notes de Philippe ROUYER

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J'étais il a quelque temps entré en contact de manière fortuite avec un ancien pilote de la guerre du Pacifique. Toujours à la recherche de nouveaux témoignages, je lui avais demandé s'il acceptait d'apporter sa contribution au recueil de souvenirs de guerre que je suis en train de constituer. Quelques jours après, je recevais un texte rédigé avec soin, d'une plume alerte, prêt à être diffusé.

Son auteur me demandait de ne pas révéler son identité, et préférait être mentionné en tant que "commandant du T 49". J'avoue ne pas avoir très bien compris pourquoi. Je l'ai à plusieurs reprises interrogé sur des questions essentiellement techniques concernant le vol à haute altitude, les performances du B29, le comportement des moteurs. J'avais affaire à un expert, car le "commandant du T 49" avait reçu une solide formation scientifique (il était ingénieur et docteur es sciences). Fort courtois, très précis dans ses explications, le "commandant" répondait de bonne grâce à touts mes questions. D'un jour à l'autre, alors que nous entretenions une correspondance qui devenait régulière, le "commandant" a disparu.Lui qui participait assidûment à des jeux électroniques a quitté le cercle sans prévenir ; au même moment, son adresse cessait d'être active.

J'en ai été attristé, mais point trop étonné : le "commandant" a atteint un âge où la santé peut malheureusement s'altérer brusquement. J'espère cependant le retrouver un jour prochain sur le Web.

Il m'a semblé qu'il tenait à ce que son statut de simple exécutant soit précisé. Peut-être ne partageait-il pas les vues de l'Etat-major en matière de bombardement stratégique ? Sa modestie et sa pudeur confèrent une importance particulière au non-dit.

Sur le front européen, les conditions du combat étaient extrêmement dures : le mauvais temps, le froid intense, les missions interminables dans des avions robustes et fiables mais inconfortables à l'excès. Dans un texte qu'il m'a fait parvenir récemment, Wally Hoffman évoquait les blessés, qu'il fallait tenter de maintenir en vie jusqu'au retour, à qui l'on administrait tant bien que mal de la morphine. Les équipages du Pacifique couraient sans doute les mêmes dangers (le chiffre des pertes en atteste), mais les conditions de vie étaient physiquement moins éprouvantes, le climat moins dur (l'hiver 43 fut particulièrement froid sur l'Europe du nord) : je n'ai jamais souffert de la faim ni du froid de toute la guerre, m'écrivait le "commandant du T49". Et, premier bombardier lourd pressurisé, le B29 procurait aux équipages un semblant de confort, surtout si l'on compare avec le B 17.

Mais quel que soit le théâtre d'opérations, la mort était toujours présente, et ne venait pas que de l'ennemi. Il fallait compter avec les accidents au décollage, inévitables avec des avions utilisés à l'extrême limite de leurs performances, avec les collisions, avec les incidents techniques qui dégénéraient en accidents.

On voit aussi l'USAAF s'éloigner, par nécessité, de la doctrine établie du bombardement diurne de précision. Les vents très violents font renoncer au bombardement à très haute altitude, et le bombardement sur cible précise est abandonné au profit du bombardement sur une zone étendue, à l'aide de bombes incendiaires et de bombes de très forte puissance. Enfin, les missions de nuit se multiplient.

 

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