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J'étais
il a quelque temps entré en contact de manière
fortuite avec un ancien pilote de la guerre du Pacifique. Toujours à la
recherche de nouveaux témoignages, je lui avais demandé s'il
acceptait d'apporter sa contribution au recueil de souvenirs
de guerre que je suis en train de constituer. Quelques jours
après, je recevais un texte rédigé avec
soin, d'une plume alerte, prêt à être diffusé.
Son
auteur me demandait de ne pas révéler son identité,
et préférait être mentionné en tant
que "commandant du T 49". J'avoue ne pas avoir
très bien compris pourquoi. Je l'ai à plusieurs
reprises interrogé sur des questions essentiellement
techniques concernant le vol à haute altitude, les performances
du B29, le comportement des moteurs. J'avais affaire à un
expert, car le "commandant du T 49" avait reçu
une solide formation scientifique (il était ingénieur
et docteur es sciences). Fort courtois, très précis
dans ses explications, le "commandant" répondait
de bonne grâce à touts mes questions. D'un jour à l'autre,
alors que nous entretenions une correspondance qui devenait
régulière, le "commandant" a disparu.Lui
qui participait assidûment à des jeux électroniques
a quitté le cercle sans prévenir ; au même
moment, son adresse cessait d'être active.
J'en
ai été attristé, mais point trop étonné :
le "commandant" a atteint un âge où la
santé peut malheureusement s'altérer brusquement.
J'espère cependant le retrouver un jour prochain sur
le Web.
Il
m'a semblé qu'il tenait à ce que son statut de
simple exécutant soit précisé. Peut-être
ne partageait-il pas les vues de l'Etat-major en matière
de bombardement stratégique ? Sa modestie et sa pudeur
confèrent une importance particulière au non-dit.
Sur
le front européen, les conditions du combat étaient
extrêmement dures : le mauvais temps, le froid intense,
les missions interminables dans des avions robustes et fiables
mais inconfortables à l'excès. Dans un texte
qu'il m'a fait parvenir récemment, Wally Hoffman évoquait
les blessés, qu'il fallait tenter de maintenir en vie
jusqu'au retour, à qui l'on administrait tant bien que
mal de la morphine. Les équipages du Pacifique couraient
sans doute les mêmes dangers (le chiffre des pertes en
atteste), mais les conditions de vie étaient physiquement
moins éprouvantes, le climat moins dur (l'hiver 43 fut
particulièrement froid sur l'Europe du nord) : je n'ai
jamais souffert de la faim ni du froid de toute la guerre,
m'écrivait le "commandant du T49". Et, premier
bombardier lourd pressurisé, le B29 procurait aux équipages
un semblant de confort, surtout si l'on compare avec le B 17.
Mais
quel que soit le théâtre d'opérations,
la mort était toujours présente, et ne venait
pas que de l'ennemi. Il fallait compter avec les accidents
au décollage, inévitables avec des avions utilisés à l'extrême
limite de leurs performances, avec les collisions, avec les
incidents techniques qui dégénéraient
en accidents.
On
voit aussi l'USAAF s'éloigner, par nécessité,
de la doctrine établie du bombardement diurne de précision.
Les vents très violents font renoncer au bombardement à très
haute altitude, et le bombardement sur cible précise
est abandonné au profit du bombardement sur une zone étendue, à l'aide
de bombes incendiaires et de bombes de très forte puissance.
Enfin, les missions de nuit se multiplient.
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