Exemples d'usage de l'arme biologique
par Serge BONNEFOI

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Pour la période du Bas Moyen-Age et du début de la Renaissance, on retiendra les épisodes du siège de Carolstein (1422) et de la campagne de Naples (1495). À Carolstein, Corbut fit jeter dans la ville les corps de ses soldats tués pendant l'assaut, ainsi que plus de deux milles charretées d'excréments, un grand nombre des défenseurs de la ville périssant suite à cette opération, alors que lors de la campagne de Naples les espagnols abandonnèrent aux français du vin additionné de sang prélevé chez des lépreux.

Une technique assez proche de cette dernière a été utilisée aux États-Unis à Fort-Pontiac en 1710, des couvertures infectées par la variole étant transmises aux indiens d'Amérique du Nord afin de réduire leur résistance et de les décimer. Cette dernière idée fut d'ailleurs re-développée en 1870 pendant le siège de Paris, puisqu'un médecin proposa de prendre au Val de Grâce entre 7.000 et 8.000 couvertures ayant servi à des variolés et de les abandonner au-delà des murailles de Paris afin de contaminer les prussiens; fort heureusement, ce projet fut repoussé.

On citera également le cas des Vazimbas (Madagascar) qui, au XIXème siècle, auraient élevé des tiques pour rendre leurs habitations inhospitalières à leurs ennemis les Sakalaves. Forme "originale" d'auto-contamination pour éviter la conquête !

La Première Guerre mondiale

La Première Guerre mondiale ne fut pas exempte de tentatives, même si une priorité fut donnée aux gaz de combat. Ainsi, en 1916, à Bordeaux, l'éclosion de charbon parmi des troupeaux de bovins importés d'Argentine allait faire évoquer une possible contamination en amont par des saboteurs allemands, alors que, la même année, des lots de culture de bacille de la morve, accompagnés d'une note opératoire, étaient saisis à la légation
allemande.

De même, le 26 mars 1917, une note du Grand Quartier Général faisait état de la découverte de tentatives de dispersion de la morve et du choléra par les allemands en plusieurs points du front; deux autres notes, en date des 6 juin 1917 et du 30 octobre 1918, portaient sur le même sujet, les plus importantes tentatives semblant avoir eu lieu en octobre 1918 après le recul des armées allemandes.

Les allemands ont néanmoins reconnu s'être livrés à certaines actions de sabotage biologique, notamment en 1915 dans différents ports américains contre des chevaux et du bétail en partance pour l'Europe, et en 1916 contre les chevaux de l'armée roumaine dont les fourrages avaient été souillés par des germes de morve.

Le Japon

Le Japon s'est particulièrement "illustré" en la matière, et ce bien avant les expériences et les tentatives de la secte Aum entre 1989 et 1995. Les japonais auront été en fait parmi les tous premiers à se doter d'un armement biologique à grande échelle.

Ainsi, l'armée japonaise devait installer dès 1931 en Mandchourie trois centres spécialisés en recherche sur la guerre biologique; l'un d'eux, l'Unité 731 dirigée par le Général Shiro Ishii à Pinfang expérimentera pendant une dizaine d'années sa "production" sur des prisonniers chinois, coréens, russes et américains, faisant des milliers de victimes. Les
japonais auraient ainsi produit mensuellement près de 300 kilos de bacilles de la peste et du charbon, près d'une tonne de bacilles typhiques, dysentériques et cholériques et 45 kilos de puces, soit environ 150 millions d'insectes.

De même, entre 1940 et 1944, l'aviation japonaise devait répandre la peste dans 11 villes chinoises, notamment à Nimpo en 1940, faisant alors près de 700 morts. Les techniques utilisées auraient été variables : largage de bombes métalliques à fragmentation, largage de bombes en porcelaine, dispersion de puces infectées mélangées à du riz pour attirer les rats. Il est par contre surprenant de constater qu'Hitler ne pensa jamais véritablement à utiliser les armes chimiques -si ce n'est pour massacrer aveuglement les Juifs dans les camps de concentration- ou bactériologiques, même si des expériences de dispersion de bactéries auraient été faites par des agents allemands dans le métro de Paris en 1938; même si aucune preuve réelle n'a été apportée, force a été de constater une diffusion sur certaines lignes de Bacillus prodigiosus...

 

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