Exemples d'usage de l'arme biologique
par Serge Bonnefoi

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L'objectif de la "guerre bactériologique" est de réduire les possibilités d'action de l'homme, en provoquant la mort ou en portant atteinte à certains tissus, organes ou fonction, et, accessoirement, en tarissant ses sources de ravitaillement animal et végétal. De plus, ces armes utilisent des micro-organismes assez souvent persistants, donc contaminants à moyen ou long terme, surtout qu'ils présentent le plus souvent un caractère de transmissibilité apte à transmettre des épidémies, ce qui n'est pas le cas des armes chimiques. Cette forme de "guerre" est donc très perturbante pour l'environnement.

L'Antiquité

La guerre "bactériologique" n'est pas une invention de ce siècle. Dès l'Antiquité, certaines pratiques relevaient déjà de ce type d'action. Ainsi, du VIIème au Vème siècles avant notre ère, les archers scythes rendaient leurs flèches infectantes en en trempant la pointe dans des cadavres en décomposition ou dans du sang putréfié incubé à la température du fumier en macération, donnant ainsi la gangrène ou le tétanos aux personnes touchées par celles-ci.

Cette "technique" est encore utilisée de nos jours dans certaines îles de l'Océanie où les flèches sont empoisonnées par des vibrions septiques ou par des bacilles du tétanos, alors que les indiens Koniagos et les Toungouses sibériens trempent leurs armes dans des cadavres d'animaux en décomposition.

On se souviendra aussi du siège de Syracuse (~ 414) lors duquel le stratège syracusain Hermocrates amena les Athéniens à séjourner dans une plaine marécageuse connue pour son endémie palustre, alors qu'à l'occasion du siège d'Astacos (v. ~ 350) Clearchos, tyran d'Héraclée, fit délibérément camper dans un lieu marécageux et rempli d'eau croupie l'armée de ses concitoyens dont il voulait se débarrasser.

Du Moyen-Age aux temps modernes

La tentation de contaminer l'ennemi aura d'ailleurs été une constante historique, aboutissant parfois à des épisodes dramatiques comme à l'occasion du siège de Caffa (1347) où, après trois ans de siège de la place tenue par les génois, le chef mongol Djanisberg fit catapulter par-dessus les murailles les cadavres de ses propres soldats frappés par la peste; les Génois, contaminés par les parasites répandant la maladie, finirent par s'embarquer, mais disséminèrent ainsi la peste en Sicile, en Sardaigne, à Venise, à Gênes et à Marseille, donnant naissance à la Grande Peste du Moyen-Age. Djanisberg aura réussi au delà de toute espérance, n'ayant même pas songer à contaminer d'autres que les seuls Génois assiégés. Cette "technique" a été reprise à plusieurs occasions, dont en Estonie en 1710 où, durant la guerre avec la Suède, l'armée russe recourut à la projection de cadavres de pestiférés, ou encore à La Calle en Tunisie (1785) où, pour se venger d'une épidémie de peste les touchant eux seuls, la tribu des Nadis jetèrent par dessus les murs des lambeaux de vêtements ayant servi aux pestiférés, dans l'espoir de transmettre la peste aux chrétiens; néanmoins, cette tentative sera un échec du fait de l'adoption préalable de certaines mesures de prophylaxie.

Une "amélioration" de cette technique avait par ailleurs été proposée en 1650 par le lieutenant général d'artillerie polonais Siemenowicz qui préconisa, pour bombarder l'ennemi, l'emploi de globes empoisonnés avec de la bave de chiens enragés et autres substances capables de corrompre l'atmosphère et d'occasionner des épidémies; cette idée ne fut jamais mise en application jusqu'en 1940 où l'idée fut mise en pratique par les Japonais.

 

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