page
1 - page 2 - page
3 - page 4 - page 5
À bord
du La Grandière
La
routine de notre patrouille fut interrompue le 2 octobre. Nous
allâmes mouiller au large de Wolmi Do et reçûmes la visite du
CA L.A. Thackrey USN, commandant des forces amphibies d'Extrême-Orient,
TF 90. Sa visite était une de ces nombreuses visites d'officiers
de haut rang que nous eûmes durant l'opération.
(Addition de l'auteur: Le
bateau Français recevait fréquemment en effet de nombreuses
visites d'OfficiersGénéraux ou Supérieurs, souvent flanqués
d' impressionnants États-Majors. Le LA GRANDIÈRE était rapidement
devenu célèbre dans toute la Mer Jaune de par l'excellence
de la cave de son commandant le CF Urbain Cabanié FN. Avec
tout le respect dû à tous ces hauts gradés RN, USN ou USMC
ainsi qu'à leurs suites, je me dois de signaler quand même
que nous avions à bord du LA GRANDIÈRE une équipe parfaitement
entraînée pour accompagner en toute sécurité nos visiteurs
dans leur descente périlleuse de notre échelle de coupée vers
leurs vedettes, les conditions atmosphériques devenant souvent
soudainement mauvaises dans ces mers lointaines, comme tous
les marins le savent... Non publié... )
Le
LA GRANDIÈRE reprit la mer le 6 octobre. Après trois jours de
patrouille, nous fûmes rejoint par le MOUNTS BAY ayant un interprète
coréen à bord. Les gens du MOUNTS BAY avaient en effet fini par
résoudre leurs problèmes d'interrogatoire des équipages de bateaux
suspects en embarquant des interprètes. Ils désiraient nous faire
profiter de leur idée et, par cable, avec la poste, ils nous
transférèrent un Coréen, par dessus les eaux tumultueuses brassées
par les deux bateaux marchant plein pot bord à bord...(opération
jack stay). Après ce voyage effrayant, le brave homme dut prendre
le temps d'arrêter ses tremblements avant de se présenter comme étant
Ingénieur Météo dans le civil. Par la suite il nous raconta la
terrible vie en Corée du temps de la colonisation japonaise et
après l'arrivée des forces communistes. C'était un gars vraiment
amical et intelligent qui fut rapidement adopté.
Pendant
cette période, nous ne cessions d'avoir des alertes aériennes
quasiment tous les jours, mais jamais une menace d'attaque par
un quelconque avion ne se matérialisait. En fait, ces alertes
provenaient d'appareils amis qui décollaient de l'aéroport de
Kimpo récemment reconquis, et qui survolaient notre zone en omettant
de déclencher leur répondeur I.F.F. (Interrogation Friend or
Foe). Ces oublis faisaient que les bâtiments se tenaient constamment
en alerte et maintenaient pour rien leurs équipages aux postes
de combats. Àprès avoir ainsi répondu inutilement à quantité de
fausses alertes, les équipages devinrent quelque peu démotivés.
Mais un jour, nos canonniers furent vraiment très surpris quand
le LA GRANDIÈRE fut tout à coup sauté par un MiG. Un de nos Marins
se rappelle bien la situation: "Ce fut si soudain, et
dans le labyrhinte des îles le radar était peu fiable. Le MiG
a sauté littéralement le bateau, frolant le mât. Complètement
surpris, nous avons rapidement tourné toutes nos pièces en entendant à nouveau
un grondement de réacteurs allant en s'amplifiant. Les 40mm et
les 20mm commencèrent à aboyer quand l'objectif surgit au ras
de l'eau, azimuth zéro. Mais la vitesse angulaire était telle
que les avions ne furent pas touchés. Heureusement car c'était
deux chasseurs US, peut-être bien de tous nouveaux F-86 Sabre
il m'a semblé."
"Non
publié : Une seconde plus tard, les Yankees se mirent à débiter
des obscènités à notre endroit à la radio, je ne vous dis pas! À tel
point que nous avons regretté de leur avoir envoyé La Fayette!
Mais on a fait comme si on avait rien entendu. Mieux vaut être
sourd dans ces cas là." Peu de temps après, les Yanks semblaient
avoir repèré leur MiG à nouveau. Et c'était intéressant de les écouter
s'interpeller à la radio en essayant de coincer leur proie."
Le
14 octobre, le LA GRANDIÈRE alla mouiller devant Inchon. Les
objectifs et la statégie navals devaient être à nouveau examinés,
entraînant la réaffectation du groupe de guerre des mines TG
95.6. Les opérations de dragage dans cette zone n'avaient plus
lieu d'être grace, notamment, à l'efficacité des dragueurs de
mines ROK (Sud-Coréens) et US qui y avaient opèré. Le MOUNTS
BAY fut renvoyé à des tâches générales et d'escorte et notre
LA GRANDIÈRE reçut la mission de participer à la protection d'un
second débarquement à Wonsan sur la côte Est. Le 16, les plans
de ce débarquement furent donc présentés par le nouveau Commandant
en Chef de la Task Force 90, le CA J.H. DOYLE USN, à bord du
navire amiral USS MOUNT MC KINLEY (AGC 7). Le LA GRANDIÈRE appareilla
le 17 octobre avec quatre autres frégates (WHITESAND BAY, MORECAMBE
BAY, PUKAKI et TUTIRA), escortant cinq gros transports avec une
Brigade de MARINES à bord. Notre route nous mena à travers le
Détroit de Corée dans la Mer du Japon et nous étions à l'entrée
du chenal menant à Wonsan pour le 21. Malchance, le chenal était
là aussi sévèrement miné, et deux dragueurs US y avaient sauté et
coulé le 12, l'USS PIRATE (AM275) et l'USS PLEDGE (AM277) ! Notre
convoi reçut l'ordre de rester en pleine mer. Le débarquement était
différé. La baie de Wonsan était impraticable et couverte de
mines soviétiques... Nous maintîmes notre position jusqu'au 25
quand enfin notre convoi reçut l'autorisation de poursuivre sa
route dans le chenal, le LA GRANDIÈRE ouvrant la marche (ben
donc... Non édité...). Nous naviguions à petite allure, ralentissant
encore plus et même stoppant quand il apparaissait qu'une mine
puisse nous menacer.
"Sur
la passerelle, nous étions tous inquiets, et même angoissés,
se rappelle un de nos 'tim'. J'étais de quart, à bien surveiller
s'il n'y avait pas de mine dérivante quand tout à coup j'en
vis une en surface à travers mes binoculaires, dansant gentiment
dans la houle par tribord. Le convoi était bien en ligne derrière
nous. J'interpelle l'Officier de Quart : 'est que vous
voyez ce que je vois Lieutenant?' Il me répond que c'était
la deuxième qu'il apercevait sur les deux ou trois nautiques
parcourus, et, à ma grande surprise, me dit de me tenir tranquille
et de ne pas donner l'alarme. 'Comprenez-vous mon gars,
si les transports de troupes apprennent qu'il y a des mines
devant, ils peuvent prendre peur et attendre là que le chenal
soit à nouveau déminé. De toute façon cette mine là est trop
loin pour qu'on puisse la tirer. Alors on la boucle... OK?' Je
suis retourné à mon poste de veille, faisant une prière à Dieu
que s'il y avait encore une de ces putains (Non édité!!) de
mines devant, quelqu'un puisse la voir à temps...!"
Grâce
aux dragueurs US et ROK la zone fut finalement suffisamment sécurisée
pour que les MARINES puissent débarquer sans opposition de l'ennemi
car, le port était déjà investi par les forces amies. Ce grand
port au Nord du 38ème parallèle était tombé aux mains des Forces
Sud-Coréennes qui y attendaient le reste du "X Corps".
Le débarquement de Wonsan tournait court, à notre grand embarras à tous.
Le même jour le LA GRANDIÈRE et les autres frégates s'en retournèrent
vers Sasebo. Nous fûmes rejoints à la mer par le MOUNTS BAY et
nous arrivâmes le 27 octobre. Le LA GRANDIÈRE avait passé quarante
sept jours en mer sans discontinuer et sans toucher terre.
Il
faisait froid et il neigeait....
Le
LA GRANDIÈRE resta à Sasebo jusqu'au 15 Novembre. Les opérations
navales étaient au point mort et les Forces de l'ONU avaient
progressées bien au delà du 38 ème parallèle: l'ennemi semblait
complètement battu. Une dernière mission nous fut assignée: le
17 novembre, nous appareillâmes pour Chinampo au Nord du 38e
parallèle sur la côte Ouest, avec une quarantaine de Marins américains.
Chinampo est le port de Pyongyang, capitale de la Corée du Nord,
sur l'estuaire de la rivière Taedong... Le 19, le LA GRANDIÈRE
mouillait devant le port pour y débarquer ses passagers. C'est
pendant la nuit du 21 novembre que nous reçûmes un message de
l'Amiral F.M.E.O. le LA GRANDIÈRE devait revenir en Indochine
suite au désatre de Cao-Bang.
C'est
ainsi que se termina la représentation navale Française dans
les eaux Coréennes et notre participation dans ce qui allait
devenir:
"the Forgotten
War" (la Guerre Oubliée).
Addition de l'auteur: Revenus à Sasebo,
nous fîmes nos adieux aux bâtiments présents par une réception
donnée par les Britanniques sur le HMS LADY BIRD le 24 novembre
et sur le LA GRANDIÈRE le 25. Les gars du MOUNTS BAY nous annoncèrent
qu'ils s'en retournaient à Hong Kong. Le même jour, nous appareillâmes
pour Yokohama pour y mouiller le 28. Le lendemain, nous avons
participé à une réception donnée en l'honneur du LA GRANDIÈRE à l'Ambassade
de France à Tokyo, en présence du VA Joyce USN, Commandant
en Chef des Forces Navales des Nations Unies, et des délégations
de tous les pays qui combattaient au côté des États-Unis dans
cette guerre. C'est là que nous apprîmes que, deux jours auparavant,
500.000 soldats chinois avaient traversé la frontière Nord
Coréenne et bousculaient le dispositif de l'ONU. La guerre
sur terre recommençait... Nous avons pris la mer le 1er décembre
1950 pour atteindre Saïgon le 10. C'est peu après que nous
devions appareiller pour le Tonkin et le Nord de la baie d'Along
assurer l'appui feu au 'chapeau chinois'...
page
1 - page 2 - page
3 - page 4 - page 5 |