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À bord du FMS La Grandière
(F 731)
Le
8 septembre 1950, chaque commandant des bâtiments du F4 fut informé qu'il
allait participer incessamment à une opération tenue secrète.
Les contacts avec l'extérieur et avec les autres commandants
furent interdits et un strict silence radio fut prescrit. Les
jours suivants, le commandant du LA GRANDIÈRE, le CF Urbain E.
CABANIÉ, reçut ses ordres dans une enveloppe scellée avec instruction
de ne la décacheter qu'après l'appareillage prévu pour midi le
10. Après le départ, le commandant pris donc connaissance de
ses ordres qui étaient de rallier la Task Force 90, sous commandement
du CA Lyman A. Thackrey USN. La TF 90 devait assurer le soutien
d'une opération amphibie à Inchon, à quelque 300 kilomètres au
Nord Est du port de Pusan dont l'ennemi était alors à moins de
50 kilomètres.
Nous
faisions partie, avec d'autres groupes d'attaque, de l'escorte
des convois et de la force d'assaut des Marines US, qui devaient
se mettre en place pour les opérations amphibies de débarquement.
Du fait que la zone était fortement minée, il y avait avec nous
plusieurs dragueurs de mines. Les différents groupes devaient
se mettre en place selon un ordre et un minutage rigoureux: d'abord
les dragueurs et la force d'assaut, puis les bâtiments qui devaient
assurer l'appui-feu et avaient à se disposer en arcs concentriques
tenant compte de la portée de leur artillerie, et enfin, en mer,
les porte-avions.
Le
LA GRANDIÈRE était CTU 90.04.3 et devait rejoindre la force d'assaut
90.42 avec trois dragueurs l'USS PARTRIDGE (AMS 31), USS OSPREY
(AMS 28) et l'USS MOCKING BIRD (AMS 27). Dans le convoi qui nous était
confié se trouvait aussi les remorqueurs YTB 406 et YTB 101,
ainsi que trois autres remorqueurs océaniques USS ARIKARA (ATF
98), USS LIPAN et USS CREE (ATF 84) avec leurs éléments de quais
flottants. Notre groupe fut le premier à quitter Sasebo (Japon).
Pendant ce temps d'autres groupes appareillaient de la côte Est
du Japon. Nous fûmes bientôt dépassés par ces groupes qui avaient à se
positionner avant le débarquement.
Le
11 septembre, nous reçûmes un message nous prévenant de la formation
d'un typhon dont le trajet devait suivre la côte Ouest de la
Corée, menaçant l'opération en cours. Heureusement, la tempête
se détourna et l'opération put se poursuivre. C'est dans la nuit
du 14 que notre convoi arriva au large d'Inchon. À minuit dans
une nuit noire de nouvelle lune, nous progressions dans le chenal
menant à Inchon, tous feux éteints. Le chenal était étroit et
soumis à de forts courants. Compte tenu de la présence de mines,
les dragueurs étaient passés devant, frayant leur chemin dans
le dédale des îles et ouvrant la voie aux nombreux bâtiments
de guerre (230...). Compte tenu du nombre de navires qui prenaient
part à l'opération dans ces conditions précaires et dans une
aussi petite zone de combat, ce fut une chance qu'il n'y ait
aucun accident.
À bord du HMS Mounts Bay (F
627)
C'est
11 septembre, que la frégate de la Royal Navy MOUNTS BAY appareilla
de Pusan pour rejoindre en mer le gros des forces de débarquement
au large de la côte Ouest de Kyushu. Notre rôle était d'assumer
une mission d'escorte et de protection en compagnie d'autres
frégates: HMS WHITESAND BAY (F 633), MORECAMBE BAY (F 624)
ainsi que des Néo-Zélandais HMNZS TUTIRA (F517) et PUKAKI (
F424). Nous rejoignîmes plus tard le Français FMS LA GRANDIÈRE
puis les frégates américaines USS BAYONNE, USS NEWPORT et USS
EVANSVILLE. Heureusement la mer et le vent s'étaient calmés,
permettant une navigation plus confortable dans la traversée
de la Mer Jaune vers notre ultime destination, le Chenal du "Poisson
Volant" conduisant à Inchon.
Dès
le 13, la cadence et l'intensité des bombardments navals et aériens
s'accrut fortement. Vînt s'y ajouter les croiseurs légers HMS
JAMAICA et KENYA qui eurent la tâche de détruire cinq batteries
côtières de 76mm sur l'île de Wolmi Do, dominant l'entrée du
port d'Inchon.
Le
CV J.H. UNWIN RN, DSC, commandant du MOUNTS BAY, reçut la responsabilité de
constituer un écran extérieur de protection d'environ 50 nautiques
de long sur 40 de large vers le Sud des passes d'Inchon. La mission était
d'empêcher toute pénétration ennemie vers la zone de débarquement
tant par bateaux, que par embarcations suicides, nageurs de combat,
mines flottantes, et de prévenir tout mouvement de l'ennemi entre
les îles et le continent, ainsi que d'assurer le sauvetage des équipages
d'avions abattus. Sous le commandement du CV UNWIN on retrouva
le WHITESAND BAY et le MORECAMBE BAY, avec le RNZS TUTIRA (ex
Loch Morlich), le RNZS PUKAKI (ex Loch Achanal) tous deux frégates
de la classe "Loch" armées d'un seul canon de 4 pouces,
de 20mm et 40mm AA et de deux systèmes squid AS.
La
participation US dans cet ensemble était assurée par les USS
BAYONNE, NEWPORT et EVANSVILLE qui étaient des corvettes de la
classe "Ashville" (classe Lend Lease River), disposant
chacune d'un armement léger de trois canons de 3 pouces et de
dix 20mm AA ainsi que de grenades sous-marines. Le dernier maillon
(last but not least) de cet écran était le (French Motor Ship)
FMS LA GRANDIÈRE, un aviso colonial de quelque 2.600 tonnes (pc)
armé de trois canons de 5,5 pouces (138mm) en tourelle simple
ainsi que de onze 20mm oerlikon et quatre 40mm bofors AA, de
grenades sousmarines (66). (DonGiles avait écrit: le Mounts
Bay et le La Grandière avaient déjà assurés cote à cote de nombreuses
missions d'escorte et de protection de convois et, au repos au
port, les équipages n'avaient pas manqué de cimenter ces bonnes
relations de travail par des échanges de rhum, de vin, de cigarettes
gauloises et de bonne hospitalité mutuelle. Le mélange de vin
rouge avec le rhum produisait un concentré explosif d'au moins
200% d'indice d'octane ressemblant plutot à du carburant d'aviation
qu'à une boisson à boire entre amis, mais cependant tellement
appréciée de chacun. Texte non édité ...)
Pendant
le débarquement du 15 septembre, les équipages des bâtiments
du screening group étaient à leurs postes de combats, attentifs à toute
réaction des troupes Nord-Coréennes. Le lendemain à 20h 30, notre
radar de veille repèra un bateau qui ne répondit pas à nos signaux
lumineux. Notre tourelle "B" ouvrit le feu avec six
rockets éclairantes de 2 pouces. Nous pûmes ainsi identifier
un dragueur ROK (Republic Of Korea) en train de rejoindre la
flottille dont nous avions la protection et opérant dans les
passes d'Inchon...
Le
18, le MOUNTS BAY et le LA GRANDIÈRE se mirent à tirer au 40mm
bofors sur des mines flottantes, en détruisant quelques unes.
Les Coréens du Nord larguaient dans les courants quantité de
mines de contact fabriquées par les soviétiques en utilisant
pour celà des jonques et des sampans.
Le
25 septembre, comme les forces des Nations Unies étaient sur
le point d'investir Séoul et que la jonction avec les éléments
de la 8ème Armée venant du Sud était imminente, les priorités
navales furent ré-étudiées et le dispositif de l'écran de protection
réaffecté. Le MOUNTS BAY vînt s'amarrer à couple de l'USS WINSTON
(AKA94) dans le port d'Inchon pour avitaillement. La réorganisation
tenait compte du fait qu'il était devenu hautement nécessaire
de faire face au danger créé en mer, tant par les mines mouillées
que par les mines flottantes. Cinquante quatre mines avaient été vues
rien que par notre groupe. Deux destroyers US, l'USS MANSFIELD
(DD 728) et l'USS BRUSH (DD 745) ainsi que deux dragueurs ROK
de la classe Albatross devaient sauter sur des mines et être
plus ou moins gravement endommagés. L'USS MAGPIE (AMS25) fut
coulé par mine, au large de Pohang. En dehors des dommages causés
aux navires, il y eut des victimes dans les équipages et celà était
une menace permanente pour tous les Marins.
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