Opération Chromite : le débarquement d'Inchon (15 septembre 1950)
par LéonC. ROCHOTTE

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Les opérations de La Grandière

 

Pendant ce temps, sa mission d'escorte du Pontoon Movement Unit ayant été parfaitement accomplie, le LA GRANDIÈRE avait redescendu le chenal du Poisson Volant et croisé en sens inverse tout le dispositif pour rejoindre la zone de patrouille qui lui avait été assignée au Nord de l'île de Cheoul. Nous rejoignîmes donc les autres frégates du groupe auquel nous appartenions et avec lesquelles nous devions partager ladite zone de patrouille en remplacement du TG 90.6. Nous retrouvions bien entendu notre compagnon britannique HMS MOUNTS BAY dont le commandant était le CV J.H. UNWIN RN, par ailleurs commandant du groupe, le Fourth Frigate Squadron Commonwealth (F4). Le CV J.H. UNWIN avait reçu la mission de constituer le TG 90.4 et de former un écran de protection externe d'environ 50 nautiques de long sur 40 nautiques au sud des passes d'Inchon. La tâche de l'écran (outer screening group) était de s'opposer à toute interférence de l'extérieur avec la zone de débarquement de la part de :

a) navires ennemis,
b) bateaux suicide,
c) nageurs de combat,
d) mines flottantes,

d'empêcher tout mouvement ennemi entre les îles et le continent et entre les îles elles-même, ainsi que de secourir les équipages des avions abattus.

Sous le commandement du CV UNWIN on retrouva le WHITESAND BAY et le MORECAMBE BAY, avec le RNZS TUTIRA, le RNZS PUKAKI. La participation US dans cet ensemble était assurée par les USS BAYONNE, NEWPORT et EVANSVILLE, corvettes de la classe "Ashville". Le dernier maillon était donc notre FMS LA GRANDIÈRE. Notre groupe devait avoir fort à faire avec le problème des mines de fabrication soviétique, mouillées en grand nombre dans les courants par les Forces Nord-Coréennes: lire à ce sujet sur ce site l'article "Minewarfare Korea" (Guerre des mines en Corée). Mais ce n'était pas le seul problème...

Le Vendredi 19 septembre à 16h30, l'ASDIC du MOUNTS BAY eut un contact d'un possible sous-marin position 36°56'6" Nord, 126°06' Ouest. Rappelant aux postes de combat et son équipe de lutte AS à son poste, le MOUNTS BAY commença son attaque à 17h05 largant tout un paquet de grenades, chacune contenant 180 kg d'explosif "amatol". Dans les environs se trouvait le bâtiment de ligne USS MISSOURI BB63 qui demanda par signaux lumineux (le silence radio total était prescrit depuis le 10 septembre) pourquoi un grand guidon noir flottait à la grand vergue. Le cuirassé fut donc averti d'une possible menace soumarine: immédiatement il carillonna à ses salles des machines un en "avant toute", et à grande vitesse la poupe du MISSOURI disparut rapidement derrière l'horizon... Après cette première attaque aucun résultat apparent ne fut relevé mais le contact ASDIC n'avait pas été perdu et une deuxième attaque fut décidée. À 17h 15 une volée de 24 bombes AS fut tirée du "hérisson" (hedgehog) avant du MOUNTS BAY, mais encore une fois on ne releva aucun résultat vraiment concluant. Le "hérisson" est une arme de lancement vers l'avant du bateau comprenant 24 projectiles contenant chacun 15 kg d'explosif "torpex", disposés sur une sorte de mortier principal et se tirant en succession rapide. Les embases des 24 projectiles sont disposées en 6 rangées de 4 divergentes de façon à ce que les bombes rentrent dans l'eau en avant du bateau dans un cercle d'environ 45 mètres de diamètre. Les bombes sont armées par un dispositif à hélice placé dans le nez et actionné par la vitesse de pénétration dans l'eau, lequel active une fusée à percussion permettant à la bombe d'exploser par contact. Est-ce qu'une de ces bombes a pu trouver son objectif ce jour là, personne n'en fut jamais certain. Bien que quelques traces aient été observées dans la mer après cette deuxième attaque, aucune épave indiquant un coup au but fatal ne fut recueillie. Des recherches menées par les équipes ASDIC dans toute la zone avec l'aide du RNZS TUTIRA de l'USS ROWAN et aussi du LA GRANDIÈRE ne permirent pas de rétablir le contact et l'attaque fut arrêtée. À 17h 33 le MISSOURI avait déjà rejoint le gros du TG 90.6 et l'USS MANSFIELD DD728 escorta le "Mighty Mo" jusqu'au mouillage qui lui avait été assigné dans le chenal du Poisson Volant où il jetèrent l'ancre, le MANSFIELD assurant la veille sonar.

"Bien plus tard, écrivait mon excellent ami Don Giles en 1996, des recherches effectuées auprès des marines Nord-Coréenne et de son alliée Chinoise montrèrent qu'aucune n'avait développé de capacités sous-marines à cette époque, mais que des pays communistes sympathisants en possédaient celà ne fait pas de doute. Maintenant que la Guerre Froide est terminée et que le Rideau de Fer est détruit, peut-être nous sera-t-il révèlé un jour s'il y a eu vraiment une activité soumarine dans et aux alentours de la Mer Jaune à cette époque. Les routes de nos bateaux et celle d'un sous-marin "inamical" se sont-elles croisées et si oui, a-t-il pu s'en retourner sans dommage? Repensant à ces évènements après tant d'années, nous espèrons qu'il en fut bien ainsi et que, avec le temps, ils aient pu trouver un mouillage sûr pour y vivre leur vie dans la plénitude de la paix..."

Mais des signes d'activité ennemie sur la côte avaient été remarquées par les bateaux de l'écran et des observations plus poussées montrèrent que des éléments de la "In Min Gun" (Armée Populaire Nord-Coréenne) étaient en train de construire des emplacements de batteries côtières. Il fut un moment envisagé d'aller supprimer la menace par une opération de compagnie de débarquement mais le bon sens l'emporta et c'est la solution du canonnage naval qui prévalut. C'est encore le MOUNTS BAY qui voulut se distinguer, laissant les autres de corvée et négligeant le Français qui avait pourtant l'artillerie la plus puissante du groupe en calibre et en portée. Enfin...

Le dimanche 23 septembre à 08h55 après rappel aux postes de combats le MOUNTS BAY fit route vers la côte et ouvrit le feu à 1.000 mètres, accablant de son tir rapide les ouvrages en construction et les éléments de l'Armée Populaire présents dans la zone. La première passe de tir dura environ 10 minutes, le navire devant abattre sur babord pour rester en eau profonde. La deuxième passe de tir fut engagée au plus près afin de maximiser les effets du canonnage. Tout à coup, le MOUNTS BAY s'échoua sur un banc de boue, non porté sur leurs cartes, tentèrent-ils de nous expliquer par la suite... Ce qui provoqua un arrêt brutal du bateau avec un engagement de la proue sur une vingtaine de mètres de quille dans une épaisse couche gluante! Un "en arrière toute" d'urgence fut carillonné à la salle des machines et, vibrant de toutes ses membrures, dans le tressautement infernal des apparaux serrés sur la plage arrière, le bateau s'arracha lentement et regagna l'eau profonde. Pas très très loin de ce merveilleux événement, sur le LA GRANDIÈRE, on se bidonnait comme des baleines tout en veillant sur notre compagnon, armes parées, et on préparait des lance-amarres au cas où nos "roastbeef" (surnom donné aux Anglais qui nous appelaient d'ailleurs "froggies" à cause de certaine de nos habitudes alimentaires comme chacun sait) auraient besoin d'un coup de main; ce qui ne fut pas nécessaire. Le bombardement naval, qui avait été un succès, fut abandonné et le MOUNTS BAY reprit sa place dans l'écran. Les dommages sous la flottaison étaient minimes, quelques évents d'eau de mer étaient bouchés, mais le dôme ASDIC était hors d'usage, ce qui n'entamait pas sérieusement les capacités offensives du bateau.

Le 25 septembre, les forces des Nations Unies étaient sur le point d'investir Séoul et la jonction des Forces avec celles de la 8ème Armée venant du Sud était imminente. Les priorités navales devaient être redéfinies après le succès du débarquement. L'écran de protection fut donc disloqué, le MOUNTS BAY rentrant à Inchon s'amarrer à couple de l'USS WINSTON pour ravitaillement et le LA GRANDIÈRE... restant à la mer avec ses dragueurs!

Le silence radio fut levé le 26 Septembre 1950.

Pour sa campagne en Corée, l'Aviso La Grandière a reçu une citation à l'Ordre de l'Armée de Mer et une Citation Présidentielle Coréenne.

L'aviso La Grandière

 

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