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Les opérations
de La Grandière
Pendant
ce temps, sa mission d'escorte du Pontoon Movement Unit ayant été parfaitement
accomplie, le LA GRANDIÈRE avait redescendu le chenal du Poisson
Volant et croisé en sens inverse tout le dispositif pour rejoindre
la zone de patrouille qui lui avait été assignée au Nord de l'île
de Cheoul. Nous rejoignîmes donc les autres frégates du groupe
auquel nous appartenions et avec lesquelles nous devions partager
ladite zone de patrouille en remplacement du TG 90.6. Nous retrouvions
bien entendu notre compagnon britannique HMS MOUNTS BAY dont
le commandant était le CV J.H. UNWIN RN, par ailleurs commandant
du groupe, le Fourth Frigate Squadron Commonwealth (F4). Le CV
J.H. UNWIN avait reçu la mission de constituer le TG 90.4 et
de former un écran de protection externe d'environ 50 nautiques
de long sur 40 nautiques au sud des passes d'Inchon. La tâche
de l'écran (outer screening group) était de s'opposer à toute
interférence de l'extérieur avec la zone de débarquement de la
part de :
a) navires
ennemis,
b) bateaux suicide,
c) nageurs de combat,
d) mines flottantes,
d'empêcher tout
mouvement ennemi entre les îles et le continent et entre les îles
elles-même, ainsi que de secourir les équipages des avions abattus.
Sous
le commandement du CV UNWIN on retrouva le WHITESAND BAY et le
MORECAMBE BAY, avec le RNZS TUTIRA, le RNZS PUKAKI. La participation
US dans cet ensemble était assurée par les USS BAYONNE, NEWPORT
et EVANSVILLE, corvettes de la classe "Ashville". Le
dernier maillon était donc notre FMS LA GRANDIÈRE. Notre groupe
devait avoir fort à faire avec le problème des mines de fabrication
soviétique, mouillées en grand nombre dans les courants par les
Forces Nord-Coréennes: lire à ce sujet sur ce site l'article "Minewarfare
Korea" (Guerre des mines en Corée). Mais ce n'était pas
le seul problème...
Le
Vendredi 19 septembre à 16h30, l'ASDIC du MOUNTS BAY eut un contact
d'un possible sous-marin position 36°56'6" Nord, 126°06'
Ouest. Rappelant aux postes de combat et son équipe de lutte
AS à son poste, le MOUNTS BAY commença son attaque à 17h05 largant
tout un paquet de grenades, chacune contenant 180 kg d'explosif "amatol".
Dans les environs se trouvait le bâtiment de ligne USS MISSOURI
BB63 qui demanda par signaux lumineux (le silence radio total était
prescrit depuis le 10 septembre) pourquoi un grand guidon noir
flottait à la grand vergue. Le cuirassé fut donc averti d'une
possible menace soumarine: immédiatement il carillonna à ses
salles des machines un en "avant toute", et à grande
vitesse la poupe du MISSOURI disparut rapidement derrière l'horizon...
Après cette première attaque aucun résultat apparent ne fut relevé mais
le contact ASDIC n'avait pas été perdu et une deuxième attaque
fut décidée. À 17h 15 une volée de 24 bombes AS fut tirée du "hérisson" (hedgehog)
avant du MOUNTS BAY, mais encore une fois on ne releva aucun
résultat vraiment concluant. Le "hérisson" est une
arme de lancement vers l'avant du bateau comprenant 24 projectiles
contenant chacun 15 kg d'explosif "torpex", disposés
sur une sorte de mortier principal et se tirant en succession
rapide. Les embases des 24 projectiles sont disposées en 6 rangées
de 4 divergentes de façon à ce que les bombes rentrent dans l'eau
en avant du bateau dans un cercle d'environ 45 mètres de diamètre.
Les bombes sont armées par un dispositif à hélice placé dans
le nez et actionné par la vitesse de pénétration dans l'eau,
lequel active une fusée à percussion permettant à la bombe d'exploser
par contact. Est-ce qu'une de ces bombes a pu trouver son objectif
ce jour là, personne n'en fut jamais certain. Bien que quelques
traces aient été observées dans la mer après cette deuxième attaque,
aucune épave indiquant un coup au but fatal ne fut recueillie.
Des recherches menées par les équipes ASDIC dans toute la zone
avec l'aide du RNZS TUTIRA de l'USS ROWAN et aussi du LA GRANDIÈRE
ne permirent pas de rétablir le contact et l'attaque fut arrêtée. À 17h
33 le MISSOURI avait déjà rejoint le gros du TG 90.6 et l'USS
MANSFIELD DD728 escorta le "Mighty Mo" jusqu'au mouillage
qui lui avait été assigné dans le chenal du Poisson Volant où il
jetèrent l'ancre, le MANSFIELD assurant la veille sonar.
"Bien
plus tard, écrivait mon excellent ami Don Giles en 1996,
des recherches effectuées auprès des marines Nord-Coréenne
et de son alliée Chinoise montrèrent qu'aucune n'avait développé de
capacités sous-marines à cette époque, mais que des pays communistes
sympathisants en possédaient celà ne fait pas de doute. Maintenant
que la Guerre Froide est terminée et que le Rideau de Fer est
détruit, peut-être nous sera-t-il révèlé un jour s'il y a eu
vraiment une activité soumarine dans et aux alentours de la
Mer Jaune à cette époque. Les routes de nos bateaux et celle
d'un sous-marin "inamical" se sont-elles croisées
et si oui, a-t-il pu s'en retourner sans dommage? Repensant à ces évènements
après tant d'années, nous espèrons qu'il en fut bien ainsi
et que, avec le temps, ils aient pu trouver un mouillage sûr
pour y vivre leur vie dans la plénitude de la paix..."
Mais
des signes d'activité ennemie sur la côte avaient été remarquées
par les bateaux de l'écran et des observations plus poussées
montrèrent que des éléments de la "In Min Gun" (Armée
Populaire Nord-Coréenne) étaient en train de construire des emplacements
de batteries côtières. Il fut un moment envisagé d'aller supprimer
la menace par une opération de compagnie de débarquement mais
le bon sens l'emporta et c'est la solution du canonnage naval
qui prévalut. C'est encore le MOUNTS BAY qui voulut se distinguer,
laissant les autres de corvée et négligeant le Français qui avait
pourtant l'artillerie la plus puissante du groupe en calibre
et en portée. Enfin...
Le
dimanche 23 septembre à 08h55 après rappel aux postes de combats
le MOUNTS BAY fit route vers la côte et ouvrit le feu à 1.000
mètres, accablant de son tir rapide les ouvrages en construction
et les éléments de l'Armée Populaire présents dans la zone. La
première passe de tir dura environ 10 minutes, le navire devant
abattre sur babord pour rester en eau profonde. La deuxième passe
de tir fut engagée au plus près afin de maximiser les effets
du canonnage. Tout à coup, le MOUNTS BAY s'échoua sur un banc
de boue, non porté sur leurs cartes, tentèrent-ils de nous expliquer
par la suite... Ce qui provoqua un arrêt brutal du bateau avec
un engagement de la proue sur une vingtaine de mètres de quille
dans une épaisse couche gluante! Un "en arrière toute" d'urgence
fut carillonné à la salle des machines et, vibrant de toutes
ses membrures, dans le tressautement infernal des apparaux serrés
sur la plage arrière, le bateau s'arracha lentement et regagna
l'eau profonde. Pas très très loin de ce merveilleux événement,
sur le LA GRANDIÈRE, on se bidonnait comme des baleines tout
en veillant sur notre compagnon, armes parées, et on préparait
des lance-amarres au cas où nos "roastbeef" (surnom
donné aux Anglais qui nous appelaient d'ailleurs "froggies" à cause
de certaine de nos habitudes alimentaires comme chacun sait)
auraient besoin d'un coup de main; ce qui ne fut pas nécessaire.
Le bombardement naval, qui avait été un succès, fut abandonné et
le MOUNTS BAY reprit sa place dans l'écran. Les dommages sous
la flottaison étaient minimes, quelques évents d'eau de mer étaient
bouchés, mais le dôme ASDIC était hors d'usage, ce qui n'entamait
pas sérieusement les capacités offensives du bateau.
Le
25 septembre, les forces des Nations Unies étaient sur le point
d'investir Séoul et la jonction des Forces avec celles de la
8ème Armée venant du Sud était imminente. Les priorités navales
devaient être redéfinies après le succès du débarquement. L'écran
de protection fut donc disloqué, le MOUNTS BAY rentrant à Inchon
s'amarrer à couple de l'USS WINSTON pour ravitaillement et le
LA GRANDIÈRE... restant à la mer avec ses dragueurs!
Le
silence radio fut levé le 26 Septembre 1950.
Pour
sa campagne en Corée, l'Aviso La Grandière a reçu une citation à l'Ordre
de l'Armée de Mer et une Citation Présidentielle Coréenne.

L'aviso
La Grandière
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