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L'intervention
chinoise
Les
directives de l'État Major Général étaient que les troupes des
Nations Unies devaient "détruire les forces armées Nord-coréennes". Elles
foncèrent donc vers le Nord, ne marquant qu'une brève pause sur
le 38e parallèle, le temps pour le Général Mac ARTHUR
d'obtenir la permission de pénétrer sur le territoire de la Corée
du Nord. Le 20 Octobre, PYONGYANG tombait aux mains de l'Infanterie
et des Parachutistes. L'avance des troupes de République de Corée
en territoire nord-coréen le long de la côte Est était si irrésistible
que le port de WONSAN tomba avant que le "X Corps" U.S.
ait eu le temps d'arriver pour conforter la victoire. L'avance
des forces combinées et l'arrivée de l'armée de la République
de Corée sur le fleuve Yalu, à COSAN, sur la frontière mandchoue,
mirent la Chine Communiste en grand émoi. Il était clair pour
elle que le plan de Mac ARTHUR était d'éliminer l'armée nord-coréenne,
et d'éradiquer le communisme de la Corée, pour toujours.
Les
Chinois étaient déjà venus au secours des vestiges d'une Armée
Nord-coréenne qui se faisait mettre en miettes, mais l'observation
de leurs concentrations massives en Mandchourie avait été rendue
impossible par leur camouflage et l'obscurité des nuits, surtout à cause
de la mauvaise volonté des responsables politiques des Nations
Unies à autoriser des vols de reconnaissance au-dessus du territoire
chinois. Les forces de l'ONU qui faisaient maintenant pression
aux frontières mandchoues et soviètiques, encouraient à leur
tour le même danger d'attaque surprise que les Nord-coréens avaient
connus du coté de PUSAN du fait de lignes d'approvisionnements
distendues. Mais Mac ARTHUR fit un rapport à WASHINGTON selon
lequel il pensait que les Chinois n'oseraient pas courir le risque
d'une guerre mondiale en intervenant en force en Corée. Dans
la nuit du 25 au 26 Novembre 1950, ils lui prouvèrent qu'il avait
tout à fait tort en attaquant violemment les positions des forces
des Nations Unies à l'Ouest des montagnes et celles du X Corps, à l'Est,
avec des myriades de combattants. Ces soldats armés d'un équipement
léger, se faufilant à travers les profondes forêts, débordèrent
puis submergèrent facilement les positions des forces de l'ONU.
En un éclair, le programme de Mac ARTHUR fut inversé: plus question
de conquête des rives du Yalu, c'était tout le dispositif des
Nations Unies qu'il lui fallait sauver maintenant. Il lui était
interdit de déchaîner un assaut aérien sur les bases arrières
chinoises qu'il appelait "le sanctuaire mandchou",
TRUMAN ne voulant pas prendre le risque d'étendre le conflit,
même si la Chine l'avait déjà étendu à sa place... Mac ARTHUR
ordonna donc la retraite. Plus de 100.000 combattants des Nations
Unies de la côte Est refluèrent vers le Sud en direction des
ports de WONSAN et de HUNGNAM avec d'horribles pertes en vies
humaines et en matériels. Leur sauvetage par l'U.S. Navy compte
parmi les plus importantes et les mieux éxécutées des opérations
d'évacuation massive par mer de toute l'histoire militaire.
Le
Général WALKER se tua dans un accident de jeep deux jours avant
Noël, et le commandement des troupes échut au Lieut. Gen. Matthews
B. RIDGWAY qui consolida le front à hauteur du 38e parallèle
et ramena ce qui restait du X Corps vers PUSAN en vue d'y reformer
une réserve stratègique. Ragaillardis par ce renversement de
fortune, les Nord-coréens reconstituèrent instantanèment leur
armée et rejoignirent les Chinois dans une seconde invasion de
la Corée du Sud déclenchée la veille du Nouvel-An. SÉOUL tombait à nouveau
le 4 Janvier 1951, répandant des milliers de réfugiés atteints
de panique (et d'espions communistes...) dans le circuit des
troupes de l'ONU encerclées et déjà passablement épouvantées
par le fanatisme des légions chinoises. Pendant ce temps, les
discussions diplomatiques confinaient au théâtre de l'absurde
avec cette guerre toujours pas déclarée et PÉKIN qui continuait à prétendre
qu'il n'avait aucune force combattante en Corée, hormis, peut-être,
la dizaine de milliers de "volontaires" d'origine chinoise
qui auraient pu se trouver dans la péninsule...
Les
forces de l'ONU optèrent pour une tactique "de front élastique",
résistant aux assauts des multitudes chinoises, puis décrochant
quand elles revenaient en mettant en oeuvre des équipements supérieurs.
Mais le souhait de RIDGWAY était de mesurer la réelle capacité offensive
des Chinois. Il donna l'ordre aux unités d'un régiment d'élite de
livrer bataille à l'est de SÉOUL et de résister jusqu'au bout
sans reculer (4). Les pertes furent sévères
mais les lignes tinrent bon. Les Chinois avaient mis le paquet,
mais ils ne purent jamais reprendre vraiment l'initiative dans
ce combat homèrique. RIDGWAY enchaîna aussitôt une contre-offensive
destinée non seulement à la reconquête du terrain, mais aussi à entreprendre
l'effacement du personnel et du matériel ennemis. L' "Operation
Ripper" se révèla si probante que SÉOUL fut à nouveau
aux mains des forces de l'ONU à la mi-Mars. Et les Alliès, accentuant
leur poussée, franchirent à nouveau le 38ème parallèle, à prix élevé...
Dans
le même temps, les GI'S américains avaient été très choqués d'apprendre
que Mac ARTHUR avait été relevé de son commandement par le Président
TRUMAN. Passant outre à son obligation de réserve, le Vieux Guerrier
avait proclamé à grands roulements de tambour qu'il fallait porter
la guerre dans le sanctuaire mandchou, avait appelé à un
blocus des ports chinois, avait créé tout un imbroglio au plan
diplomatique par son soutien au leader de la Chine Nationaliste
de FORMOSE, le Général TCHANG KAÏ CHECK, et exigeait des renforts
massifs du Pays. TRUMAN de son côté voulait éviter de provoquer
l'ours soviètique et craignant que des efforts tous azimuts en
Corée n'amenuise la force américaine face au rideau de fer en
Europe, fit secrètement rechercher une solution de sortie honorable
sur la péninsule coréenne. Mais quand, se payant d'audace, Mac
ARTHUR demanda la reddition des Chinois, TRUMAN le saqua.
Cependant,
les Communistes lancèrent une nouvelle offensive dès le printemps,
mais ne purent la soutenir bien longtemps, et furent une fois
de plus repoussés vers le Nord par les forces de l'ONU, le long
de la dépression montagneuse de la côte Est appelée "Punch
Bowl" (Bol de Punch). À l'Ouest, la 8e Armée
placée sous le commandement du Général James A. Van FLEET prenait
CHORWON et KUMWAH en Corée du Nord où elle dut attendre du fait
du début de la saison des pluies. Comme on s'installait dans
une guerre de tranchées, le représentant soviètique aux Nations
Unies, Jakob MALIK, proposa l'ouverture de négociations pour
un cessez-le-feu et, à KAESONG, on entreprit des pourpalers
en vue d'une trêve. Les Communistes se mirent alors à ergoter
sur des sujets tels que la taille de la table de négociation,
aussi bien que sur l'épineuse question du rapatriement de force
des militaires communistes et des civils nord-coréens qui avaient
fuit au Sud, de telle sorte que les négociations cahotaient,
bloquant, repartant. Mais les troupes de Van FLEET n'étaient
pas, elles, dans l'attente d'un règlement diplomatique. Elles
remportaient de plus en plus de petites mais très significatives
victoires, et étaient même prêtes à avancer encore plus loin,
quand RIDGWAY leur intima l'ordre de cesser toute action offensive.
Pendant
l'été 1952, le Gen. Mark W. CLARK fut nommé pour remplacer le
Général RIDGWAY qui allait prendre le commandement de l'O.T.A.N.
en Europe, et, à la même époque, la Guerre de Corée devint un
des enjeux majeurs de la campagne présidentielle aux États-Unis.
Lorsque le Gen. Dwight D. EISENHOWER, le hèros du D-Day (débarquement
en Europe) , promit de mettre fin rapidement aux hostilités
s'il était élu, et que, après sa victoire en forme de plébiscite
en Novembre, il eut inspecté rapidement le front, la voie était
ouverte à un règlement facile de la question. Ainsi qu'il l'écrivit
plus tard dans ses mémoires: en l'absence de progrès significatif
pour une paix négociée "nous avions la ferme intention
d'aller vers l'emploi de -toutes- nos armes sans aucune
inhibition, et nous ne voulions plus rester seuls responsables
du confinement des hostilités à la seule Péninsule Coréenne".
En langage clair, "Ike" brandissait l'arme nucléaire
en direction de la Chine. Au début de 1953, une solution semblait à portée
de main, mais buta à nouveau sur le problème du rapatriement.
Puis RHEE refusa tout règlement qui entèrinerait la partition
de sa Patrie ou qui forcerait les prisonniers qui ne le souhaiteraient
pas à retourner en Corée du Nord. Le Général CLARK signifia alors
sans ambage à RHEE que la seule alternative à son acceptation
des conditions d'armistice était le retrait total des Forces
Armées des Nations Unies, ce qui le livrerait aux loups communistes;
le Président vieillissant finit par accepter de faire des concessions
et de se tenir coi. Le 27 Juillet 1953, l'armistice fut donc
signé à PANMUNJOM par les Communistes mais pas par les Sud-coréens...La
zig-zaguante ligne de front finale devint Zône Démilitarisée
(DMZ), frontière désormais de facto entre le Nord et le
Sud, et le rapatriement des prisonniers put commencer. Les Américains
pouvaient enfin reprendre leur marche vers la prospérité sous
la houlette de leur génial Président.
(3)N.d.T.: La contribution
française sur mer a été assurée par l'escorteur "La Grandière",
un aviso colonial, qui appareilla de SAÏGON le 22 Juillet 1950
pour être intègré à la division des frégates placée sous commandement
britannique. Après les missions harassantes d'escorte, de protection
navale, anti-aérienne et anti-soumarine des innombrables convois
qui déversèrent hommes et matériels dans la Poche de PUSAN, ces
bâtiments participèrent aux débarquements d'INCHON, fait d'armes
des troupes de l'ONU commandées par Mac ARTHUR, et de WONSAN.
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