Histoire résumée de la Guerre de Corée 1950-1953

par Carol M. HIGHSMIT et Ted LANDPHAR

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L'intervention chinoise

 

Les directives de l'État Major Général étaient que les troupes des Nations Unies devaient "détruire les forces armées Nord-coréennes". Elles foncèrent donc vers le Nord, ne marquant qu'une brève pause sur le 38e parallèle, le temps pour le Général Mac ARTHUR d'obtenir la permission de pénétrer sur le territoire de la Corée du Nord. Le 20 Octobre, PYONGYANG tombait aux mains de l'Infanterie et des Parachutistes. L'avance des troupes de République de Corée en territoire nord-coréen le long de la côte Est était si irrésistible que le port de WONSAN tomba avant que le "X Corps" U.S. ait eu le temps d'arriver pour conforter la victoire. L'avance des forces combinées et l'arrivée de l'armée de la République de Corée sur le fleuve Yalu, à COSAN, sur la frontière mandchoue, mirent la Chine Communiste en grand émoi. Il était clair pour elle que le plan de Mac ARTHUR était d'éliminer l'armée nord-coréenne, et d'éradiquer le communisme de la Corée, pour toujours.

Les Chinois étaient déjà venus au secours des vestiges d'une Armée Nord-coréenne qui se faisait mettre en miettes, mais l'observation de leurs concentrations massives en Mandchourie avait été rendue impossible par leur camouflage et l'obscurité des nuits, surtout à cause de la mauvaise volonté des responsables politiques des Nations Unies à autoriser des vols de reconnaissance au-dessus du territoire chinois. Les forces de l'ONU qui faisaient maintenant pression aux frontières mandchoues et soviètiques, encouraient à leur tour le même danger d'attaque surprise que les Nord-coréens avaient connus du coté de PUSAN du fait de lignes d'approvisionnements distendues. Mais Mac ARTHUR fit un rapport à WASHINGTON selon lequel il pensait que les Chinois n'oseraient pas courir le risque d'une guerre mondiale en intervenant en force en Corée. Dans la nuit du 25 au 26 Novembre 1950, ils lui prouvèrent qu'il avait tout à fait tort en attaquant violemment les positions des forces des Nations Unies à l'Ouest des montagnes et celles du X Corps, à l'Est, avec des myriades de combattants. Ces soldats armés d'un équipement léger, se faufilant à travers les profondes forêts, débordèrent puis submergèrent facilement les positions des forces de l'ONU. En un éclair, le programme de Mac ARTHUR fut inversé: plus question de conquête des rives du Yalu, c'était tout le dispositif des Nations Unies qu'il lui fallait sauver maintenant. Il lui était interdit de déchaîner un assaut aérien sur les bases arrières chinoises qu'il appelait "le sanctuaire mandchou", TRUMAN ne voulant pas prendre le risque d'étendre le conflit, même si la Chine l'avait déjà étendu à sa place... Mac ARTHUR ordonna donc la retraite. Plus de 100.000 combattants des Nations Unies de la côte Est refluèrent vers le Sud en direction des ports de WONSAN et de HUNGNAM avec d'horribles pertes en vies humaines et en matériels. Leur sauvetage par l'U.S. Navy compte parmi les plus importantes et les mieux éxécutées des opérations d'évacuation massive par mer de toute l'histoire militaire.

Le Général WALKER se tua dans un accident de jeep deux jours avant Noël, et le commandement des troupes échut au Lieut. Gen. Matthews B. RIDGWAY qui consolida le front à hauteur du 38e parallèle et ramena ce qui restait du X Corps vers PUSAN en vue d'y reformer une réserve stratègique. Ragaillardis par ce renversement de fortune, les Nord-coréens reconstituèrent instantanèment leur armée et rejoignirent les Chinois dans une seconde invasion de la Corée du Sud déclenchée la veille du Nouvel-An. SÉOUL tombait à nouveau le 4 Janvier 1951, répandant des milliers de réfugiés atteints de panique (et d'espions communistes...) dans le circuit des troupes de l'ONU encerclées et déjà passablement épouvantées par le fanatisme des légions chinoises. Pendant ce temps, les discussions diplomatiques confinaient au théâtre de l'absurde avec cette guerre toujours pas déclarée et PÉKIN qui continuait à prétendre qu'il n'avait aucune force combattante en Corée, hormis, peut-être, la dizaine de milliers de "volontaires" d'origine chinoise qui auraient pu se trouver dans la péninsule...

Les forces de l'ONU optèrent pour une tactique "de front élastique", résistant aux assauts des multitudes chinoises, puis décrochant quand elles revenaient en mettant en oeuvre des équipements supérieurs. Mais le souhait de RIDGWAY était de mesurer la réelle capacité offensive des Chinois. Il donna l'ordre aux unités d'un régiment d'élite de livrer bataille à l'est de SÉOUL et de résister jusqu'au bout sans reculer (4). Les pertes furent sévères mais les lignes tinrent bon. Les Chinois avaient mis le paquet, mais ils ne purent jamais reprendre vraiment l'initiative dans ce combat homèrique. RIDGWAY enchaîna aussitôt une contre-offensive destinée non seulement à la reconquête du terrain, mais aussi à entreprendre l'effacement du personnel et du matériel ennemis. L' "Operation Ripper" se révèla si probante que SÉOUL fut à nouveau aux mains des forces de l'ONU à la mi-Mars. Et les Alliès, accentuant leur poussée, franchirent à nouveau le 38ème parallèle, à prix élevé...

Dans le même temps, les GI'S américains avaient été très choqués d'apprendre que Mac ARTHUR avait été relevé de son commandement par le Président TRUMAN. Passant outre à son obligation de réserve, le Vieux Guerrier avait proclamé à grands roulements de tambour qu'il fallait porter la guerre dans le sanctuaire mandchou, avait appelé à un blocus des ports chinois, avait créé tout un imbroglio au plan diplomatique par son soutien au leader de la Chine Nationaliste de FORMOSE, le Général TCHANG KAÏ CHECK, et exigeait des renforts massifs du Pays. TRUMAN de son côté voulait éviter de provoquer l'ours soviètique et craignant que des efforts tous azimuts en Corée n'amenuise la force américaine face au rideau de fer en Europe, fit secrètement rechercher une solution de sortie honorable sur la péninsule coréenne. Mais quand, se payant d'audace, Mac ARTHUR demanda la reddition des Chinois, TRUMAN le saqua.

Cependant, les Communistes lancèrent une nouvelle offensive dès le printemps, mais ne purent la soutenir bien longtemps, et furent une fois de plus repoussés vers le Nord par les forces de l'ONU, le long de la dépression montagneuse de la côte Est appelée "Punch Bowl" (Bol de Punch). À l'Ouest, la 8e Armée placée sous le commandement du Général James A. Van FLEET prenait CHORWON et KUMWAH en Corée du Nord où elle dut attendre du fait du début de la saison des pluies. Comme on s'installait dans une guerre de tranchées, le représentant soviètique aux Nations Unies, Jakob MALIK, proposa l'ouverture de négociations pour un cessez-le-feu et, à KAESONG, on entreprit des pourpalers en vue d'une trêve. Les Communistes se mirent alors à ergoter sur des sujets tels que la taille de la table de négociation, aussi bien que sur l'épineuse question du rapatriement de force des militaires communistes et des civils nord-coréens qui avaient fuit au Sud, de telle sorte que les négociations cahotaient, bloquant, repartant. Mais les troupes de Van FLEET n'étaient pas, elles, dans l'attente d'un règlement diplomatique. Elles remportaient de plus en plus de petites mais très significatives victoires, et étaient même prêtes à avancer encore plus loin, quand RIDGWAY leur intima l'ordre de cesser toute action offensive.

Pendant l'été 1952, le Gen. Mark W. CLARK fut nommé pour remplacer le Général RIDGWAY qui allait prendre le commandement de l'O.T.A.N. en Europe, et, à la même époque, la Guerre de Corée devint un des enjeux majeurs de la campagne présidentielle aux États-Unis. Lorsque le Gen. Dwight D. EISENHOWER, le hèros du D-Day (débarquement en Europe) , promit de mettre fin rapidement aux hostilités s'il était élu, et que, après sa victoire en forme de plébiscite en Novembre, il eut inspecté rapidement le front, la voie était ouverte à un règlement facile de la question. Ainsi qu'il l'écrivit plus tard dans ses mémoires: en l'absence de progrès significatif pour une paix négociée "nous avions la ferme intention d'aller vers l'emploi de -toutes- nos armes sans aucune inhibition, et nous ne voulions plus rester seuls responsables du confinement des hostilités à la seule Péninsule Coréenne". En langage clair, "Ike" brandissait l'arme nucléaire en direction de la Chine. Au début de 1953, une solution semblait à portée de main, mais buta à nouveau sur le problème du rapatriement. Puis RHEE refusa tout règlement qui entèrinerait la partition de sa Patrie ou qui forcerait les prisonniers qui ne le souhaiteraient pas à retourner en Corée du Nord. Le Général CLARK signifia alors sans ambage à RHEE que la seule alternative à son acceptation des conditions d'armistice était le retrait total des Forces Armées des Nations Unies, ce qui le livrerait aux loups communistes; le Président vieillissant finit par accepter de faire des concessions et de se tenir coi. Le 27 Juillet 1953, l'armistice fut donc signé à PANMUNJOM par les Communistes mais pas par les Sud-coréens...La zig-zaguante ligne de front finale devint Zône Démilitarisée (DMZ), frontière désormais de facto entre le Nord et le Sud, et le rapatriement des prisonniers put commencer. Les Américains pouvaient enfin reprendre leur marche vers la prospérité sous la houlette de leur génial Président.


(3)N.d.T.: La contribution française sur mer a été assurée par l'escorteur "La Grandière", un aviso colonial, qui appareilla de SAÏGON le 22 Juillet 1950 pour être intègré à la division des frégates placée sous commandement britannique. Après les missions harassantes d'escorte, de protection navale, anti-aérienne et anti-soumarine des innombrables convois qui déversèrent hommes et matériels dans la Poche de PUSAN, ces bâtiments participèrent aux débarquements d'INCHON, fait d'armes des troupes de l'ONU commandées par Mac ARTHUR, et de WONSAN.

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