Destin tragique pour la Corée à l'aube du XXe siècle
par Léon C. ROCHOTTE

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La défaite russe scelle le destin de la Corée pour un demi-siècle

 

La Chine suzeraine et protectrice de la Corée durant des siècles à peine éliminée, ce fut au tour de l'Empire Russe de se mesurer à l'Empire Japonais pour la possession de contrées situées entre ces deux pays sur lesquelles aucun des deux n'avait de droit, ni juridiquement, ni moralement. Dans son effort pour atteindre la mer libre et pour possèder un port qui ne gèle pas, la RUSSIE avait absolument besoin de la MANDCHOURIE et de la CORÉE. D'un autre coté, le JAPON n'avait pas moins besoin de la CORÉE pour y déverser son excèdent de population et y développer son commerce. Depuis quelques années, le JAPON était aussi une menace grandissante pour la RUSSIE qui essayait de terminer son Transsibérien à grands frais. Les ambitions de Nicolas II en Mandchourie étaient nettement contre-carrées par un " Japon qui alarme, par ses menées ambigües.... Un peuple ambitieux, avide et indéchiffrable, fanatisé par la révolution moderniste que lui a imposé un Mikado divinisé. Son armée inquiète, passée maître en massacres lors des morsures coloniales" (2) . Telles sont les causes principales des hostilités ouvertes entre les deux nations au début du XX e siècle, le 4 Fèvrier 1904.

Sur mer, cette guerre fut la première dans laquelle on ait trouvé des flottes cuirassées soutenues par tous les types de bâtiment qui pouvaient exister à l'époque (croiseurs, torpilleurs, navires auxiliaires à grande vitesse, mouilleurs de mines etc...) à l'exception du sous-marin encore dans sa période expérimentale. La flotte russe était la plus nombreuse et comprenait des unités modernes sortant à peine des chantiers, mais aussi beaucoup de navires fatigués, médiocrement pourvus. Les canons russes, pour la plupart, ne possèdaient pas d'appareils de visée optique. Et les meilleures unités étaient encore basées en Europe.

La flotte japonaise était composée de navires bien entretenus et largement approvisionnés. Le cuirassé nippon "Mikasa" de 15.350 tonnes pouvait être considèré comme le plus parfait de l'époque et le croiseur "Chitoze", de 4.760 tonnes, comme le modèle du genre. L'artillerie japonaise avait fait des progrès considérables sur les conseils de l'Amiral anglais Percy SCOTT. Et l'Angleterre, alors alliée du Japon, avait fait profiter l'amirauté nipponne de tous ses travaux et de toute sa modernité. Les canonniers japonais disposaient d'un atout redoutable: les télémètres "Barr and Stroud", dernier cri en matière de visée optique. "Mais à la guerre, le matériel n'est rien, le personnel est tout... et pour vaincre sur mer, il faut se préparer avec méthode et prudence, puis se ruer avec fureur et folie... Ainsi firent RODNEY, NELSON et le Français SUFFREN" (3) . Ainsi firent les équipages japonais. Dans ces conditions, la flotte russe était vouée à la défaite. "Attaquée sans avertissement selon une méthode qui fera tragiquement ses preuves" (38 ans plus tard à PEARL HARBOUR ...) (4), l'escadre russe d'Extrême-Orient s'était laissée surprendre à PORT-ARTHUR (LUSHÙN), port à l'extrême pointe sud ouest de la Mandchourie, à environ 250 kilomètres de l'embouchure du YALU, le 8 Février 1904. Débarquant ensuite en masse et sans contrainte, les troupes japonaises s'employèrent à couper la ligne de chemin de fer, veine jugulaire d'une armée russe prise au piège dans les glaces. Après des mois de bataille PORT-ARTHUR était assiègé, privé de vivres, de renforts et de munitions. L'héroïsme ne suffisait plus devant la peste et le choléra...

Mais à SAINT PÉTERSBOURG on gardait confiance "la flotte russe est la carte maîtresse qui doit renverser le sort des armes. Et tant pis si les Généraux se sont trompés, les Amiraux font le serment de la seconde chance. La flotte de la Baltique appareille pour délivrer Port-Arthur.... Entrant dans les brouillards de la Mer du Nord, l'escadre rencontre des navires qu'elle prend pour des croiseurs japonais qui se seraient aventurés jusque là.... Malgré les réticences de certains officiers l'Amiral RODJETSVENSKY fait canonner ce qu'il croit être l'ennemi....Ce sont des chalutiers britanniques inoffensifs qui seront envoyés par le fond.... L'Amiral était ivre!" (5) .

Six mois plus tard, "gracieusement ravitaillée en cours de route dans les colonies du Kaiser GUILLAUME..." la flotte russe de la Baltique arrive en Extrême-orient. PORT ARTHUR est tombé en Janvier 1905. Soixante quatre navires lourds passent par devant SINGAPOUR, ce dont les Japonais ne tardent pas à être avertis. Pour finir, l'Amiral russe RODJETSVENSKY sera complètement défait et sa flotte écrasée au combat du détroit de TSOUSHIMA (6), entre la CORÉE et le JAPON, le 27 Mai 1905. C'est à cette bataille que l'amiral japonais TOGO inaugura la tactique dite de la concentration de feu.

La RUSSIE dut finalement s'incliner en MANDCHOURIE et le traité de PORTSMOUTH en Septembre 1905 (7) laissa le champ libre au JAPON quant à ses prétentions sur la CORÉE à laquelle un traité de "protection" fut promptement appliqué.


(2)Frédéric MITTERAND ("Le Malheur Russe")
(3)Claude FARRÈRE ( "La Bataille" )
(4)Frédéric MITTERAND ("Le Malheur Russe")
(5)Frédéric MITTERAND ("Le Malheur Russe")
(6)L'épisode de la bataille de Tsoushima, qui scella le destin de la Corée pour 35 ans de colonisation japonaise, est évoqué dans l'article de l'Amiral TAILHADES sur la participation de la Marine Nationale à la Guerre de Corée avec l'Aviso "LA GRANDIÈRE" (Revue des Armées Juin 1990 - Le Piton, Bulletin de l'A.N.A.F.F. ONU et R.C. Août 1996 - Newsletter N°128 et 129 BKVA South London Branch April/May 1997, en langue anglaise).
(7)
C'était la première fois qu'un État asiatique imposait un tel échec à une grande puissance occidentale. C'est aussi à cette date que se situe la mutinerie du cuirassé POTEMKINE en Mer Noire...

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