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Le premier navire
de guerre cuirassé au monde : le "Kòbuk-Sòn" ou "bateau-tortue"
L'Amiral
coréen, conscient de sa très grande infèriorité numèrique, avait
décidé d'accentuer encore son efficacité et sa large supèriorité technique
en développant, le premier au monde, le concept de bâtiment
cuirassé(2) à partir
des gros navires pontés précédents de type pan'ok-sòn.
YI SUN-SHIN, loin des idées défaitistes, avait donc entrepris
sans tarder une remise en uvre générale des moyens toujours
disponibles: entraînement et instruction des hommes et des officiers,
restauration des ouvrages de défense maritime, recherches et
essais sur l'artillerie embarquée, amélioration des performances,
mise au point et mise en chantier d'un nouveau type de navire
le Kòbuk-Sòn (ou "Bateau-Tortue", ainsi nommé à cause
de l'apparence de son pont supérieur protègé par une carapace blindée
et étanche, armée de piques, car, d'un point de vue marin, sa
vitesse et sa manuvrabilité étaient fort grandes).
Le
Bateau-Tortue, dont aucun plan n'est arrivé jusqu'à nous, avait
une taille importante comparée à celle de ses contemporains.
Ses formes, très marines, lui donnaient une vitesse supèrieure
et son originalité en la matière était d'avoir deux allures:
l'une de route, sous fort entoilage porté par deux mâts rabattables
et, probablement, totalement escamotables dans un logement protègé,
propulsion rapide mixte voiles et rames; l'autre de combat, mâts
abattus, avec un rang de nage sur chaque bord, l'architecture
du bateau permettant une navigation sous rames seules en position
quasi verticale, les marins étant parfaitement à l'abri.
La
proue comportait une tête de dragon dont la gueule permettait à un
dispositif étonnant de répandre des fumées et des gaz délétères
et suffocants à partir de la combustion de soufre et de salpêtre,
servant en même temps de brouillard artificiel.... Elle était
renforcée d'un rostre permettant l'éperonnage, sans préjudice
de deux sabords blindés abritant des pièces de chasse de bon
calibre. Les flancs (murailles), protègés et blindés, étaient équipés
de dispositifs anti-abordage et anti-éperonnage. Ils comportaient
de même plusieurs sabords blindés permettant le tir de nombreuses
grosses pièces (12 par bords) autorisant un feu continu, et aussi
22 meurtrières pour le tir de fusées, flèches à feu, mousquets à flèches
multiples.
La
carapace, hérissée de piques métalliques, assurait une protection
totale du bateau et de son équipage, mâts rentrés dans leur logement.
Cette protection jouait aussi bien pour le feu que pour les projectiles
de petits et moyens calibres et que pour l'abordage. Un mât déporté sur
babord portait marques et pavillons, et, aussi, chaque fois que
l'occasion s'en présenta (elles furent nombreuses), la
tête, décollée au sabre, des amiraux japonais vaincus...
C'est
dans ces conditions matérielles exceptionnelles mises en uvre
par des équipages super-entraînés et motivés par leurs succès,
que l'Amiral YI SUN-SHIN livra batailles sur batailles qui furent
autant de victoires. La guerre devait durer sept ans. YI ne cessa
de se montrer excellent tacticien, ménageant hommes et matériels. À SACH'ÒN,
il mit ses bateaux-tortues en embuscade dans les îles. S'étant
bien montré à 400 de ses adversaires à l'ancre au fond de la
baie avec un petit nombre de bateaux, il fit mine de s'enfuir
afin de les inciter à la poursuite. Ayant déterminé sa tactique
de façon à se faire aider par la marée, l'Amiral coréen prit
les Japonais au piège, utilisant au maximum les ressources de
son artillerie. Tous les bateaux ennemis qui s'y étaient risqués
furent coulés malgré leur forte résistance. Blessé, YI SUN-SHIN
attendit stoïquement la déroute adverse pour extraire lui-même
la balle de mousquet qu'il avait reçu à l'épaule. À TANGP'O il
attaqua avec son Kòbuck-Sòn l'énorme atake, avec
un chateau de plus de dix mètres, de l'Amiral japonais Kurushima
MICHIYUKI, qui, sous la concentration de feu des Coréens, ne
tarda pas à s'embraser. Promptement repêché, MICHIYUKI fut proprement
décapité et sa tête envoyée aussi sec en tête du mât de YI SUN-SHIN.
La
flotte coréenne ne cessa pas de porter le feu et la désolation
dans la flotte japonaise. La glorieuse bataille de l'île de HAN-SAN
reste connue dans l'histoire de toutes les Marines comme le "Salamine
de Corée". À ANGOLP'O, vingt et un grands bâtiments japonais
furent surpris et détruits, dont le "Nihon-Maru", au
château de trois étages (vide supra). Poussant jusqu'à PUSAN
où les Japonais étaient solidement retranchés, YI SUN-SHIN coula
130 bateaux réfugiés dans la baie. Mais cette fois, les Coréens
furent pris sous le feu des batteries côtières constituées d'excellentes
pièces lourdes d'origine ... coréenne, et la flotte subit de
très grosses pertes. Peu importa, car la guerre avait pris une
tournure différente du fait de l'intervention des troupes de
la Chine suzeraine et en 1593, les Japonais avaient reflué à hauteur
de SÉOUL. Des négociations s'engagèrent par dessus la tête des
Coréens entre Chinois et Japonais, ces derniers se gardant bien
d'avancer d'un mille en direction de YI SUN-SHIN dont la vigilance
n'avait pas flèchi.
L'Amiral
coréen avait installé son quartier génèral dans l'île de HANSAN,
au sud-ouest de l'île de KÒJÉ et de là, s'employa à gèrer un
mini-royaume avec un grand talent, développant ses arsenaux et
parvenant à nourrir une population considérable, civile et militaire.
Les Japonais finirent par se retirer dans le Sud où ils ne manquèrent
pas de se livrer de nouveau aux plus effroyables atrocités, comme
ils l'avaient fait déjà lors de leur marche victorieuse vers
le Nord.
De
par l'influence de factieux jaloux et récemment remis en cour,
YI SUN-SHIN tomba en une telle disgrâce qu'il échappa de peu à la
mort et fut rétrogradé au rang de simple soldat. C'est en Juin
1597 que les Nippons débarquèrent à nouveau en force en vue de
s'installer. Cette fois, ils battirent la flotte coréenne et
conquirent HANSAN. Le Roi de Corée, consterné, se hâta de rétablir
YI dans ses fonctions. Ayant remporté quelques succès, l'Amiral
se vit renforcé par l'arrivée d'une flotte chinoise et la victoire
tourna irrésistiblement à son avantage. C'est le 16 Septembre
1598 qu'il remporta sa plus légendaire victoire dans la passe
de MYONG-YANG en utilisant diaboliquement les ressources de la
marée. Avec douze Bateaux-Tortues (et une centaine de bateaux
de pêche camouflés en grosses unités...) il tendit un piège à 133
bateaux japonais, s'en prenant d'abord au vaisseau de l'Amiral
Kurushima MICHIFUSA qui fut tué et dont la tête monta illico
au mât du navire amiral coréen. La route de l'ennemi vers le
nord était définitivement coupée. Le 19 Novembre, YI SUN-SHIN
remporta sa dernière et décisive victoire à NO RYANG CHIN mais
y fut blessé mortellement. Atteint d'une balle au coté gauche,
il se fit attacher à son mât dans une attitude conquèrante et
c'est, mort, qu'il se rua à l'assaut de l'escadre du Japonais
Shimazu YOSHIHIRO qui ne ramena dans son pays que cinquante navires
de ligne sur deux cent cinquante...
(2)Le premier bâtiment
de guerre cuirassé occidental a été "La Gloire",
une frégate française construite par Dupuy de Lôme et lancée à TOULON
le 24 Novembre 1859 (5.620 tonnes, gréément trois mâts, machine à vapeur
de 900 chevaux assurant une vitesse de 13,5 nuds). Construit
entièrement en bois, les flancs en avaient été recouverts d'une
armure métallique de 10 à 12 centimètres, s'étendant de bout
en bout, depuis deux mètres en dessous de la flottaison jusqu'à la
partie supèrieure de la batterie. La membrure en bois était
génèralement préférée car elle se refermait partiellement après
le passage d'un boulet. Plusieurs navires de ce type furent
construits et, simultanèment, on construisit des frégates cuirassées
tout en fer pour comparer. La première frégate cuirassée construite
en fer fut "La Couronne" de 6.400 tonnes, lancée
en 1861. Ce type de bâtiment se révèla inusable: cinquante
ans après, la "Couronne" servait encore d'école de
canonnage.
De nos jours,
les frégates affichent des tonnages bien plus modestes mais
sont dotés de systèmes d'armes incompara-blement plus redoutables.
C'est le cas, par exemple, des frégates "furtives" de
la Marine Nationale de type "La Fayette" de
3.600 tonnes pc, dont la tête de série portant ce nom est la "filleule" de
la Ville de SAINT DIÉ DES VOSGES depuis 1995. C'est dans cette
région de l'Est que réside l'auteur, ancien Matelot Radio à bord
de l'Aviso "La Grandière", contribution française
sur mer à la Guerre de Corée en 1950 qui, intègré à la
4ème division des frégates F4 placée sous commandement britannique,
participa aux opérations amphibies décisives d'Inchon et
au débarquement de Wonsan...
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