page
1 - page 2 - page
3 - page 4
Compte
tenu des délais de transmission, le gouvernement français n'apprit
ces nouvelles qu'avec retard et sa surprise fut complète lorsqu'il
prit connaissance des mesures décidées par BELLONET. Le Ministre
des Affaires Étrangères ne se fit pas faute de le rappeler à l'ordre: votre
légation ne vous donnait pas pouvoir de proclamer de votre autorité privée
la déchéance du Roi de Corée, en lui déclarant la guerre et en
prescrivant au commandement de nos forces maritimes de commencer
les hostilités. Monsieur le Contre Amiral ROZE a été mis en possession
d'instructions précises par le Ministre de la Marine (alors
M. CHASSELOUP-LAUBAT) qui détermineront le caractère de la
mission dont cet officier général est chargé, et il lui appartient
de les éxécuter sous sa seule responsabilité ... Je suis du reste
convaincu que l'Amiral saura concilier ce que réclament les devoirs
de l'humanité et la protection de nos missionnaires avec la nécessité de
ne pas entraîner la FRANCE dans une entreprise lointaine ...
et obtenir un résultat immédiat sans engager pour l'avenir l'action
du gouvernement de l'Empereur".
L'avis
de l'Amiral ROZE était donc qu'il fallait pour l'heure se contenter
de donner une leçon aux Coréens et non pas de monter une expèdition
importante qui aurait demandé une longue préparation et plusieurs
milliers d'hommes. Et on approchait de l'hiver, fort rigoureux
sous ces latitudes. C'est le 11 Octobre que l'Amiral repartit
de TCHÉFOU avec une frégate, deux avisos, deux canonnières et
une corvette. Cent soixante dix fusiliers marins débarquent sur
l'île de KANGHWA et enlèvent facilement la forteresse qui commandait
le passage vers le fleuve Han. Bientôt, la progression française
est freinée, notamment par les troupes du Général coréen YI YONG-HUI
auquel l'Amiral ROZE adresse plusieurs lettres exigeant réparation,
sans succès. La flotte se met à canonner les alentours, causant
des dégâts importants et les Français remontent vers SÉOUL qui
a préparé sa défense. Des ouvrages sont enlevés par les marins.
Entre les mains de l'Amiral tombent des drapeaux, des canons,
huit mille fusils, vingt caisses de lingots d'argent, sans compter
des laques, des jades, des manuscrits
et des rouleaux de peinture. Mais l'Amiral doit faire des
choix compte tenu des moyens limités dont il dispose. Estimant
que son coup de main est en passe de réussir, il lance une proclamation
assurant qu'il ne veut aucun mal aux Coréens, mais il exige qu'on
lui livre deux missionnaires encore prisonniers. Et il attend.
Le gouverneur coréen lui aussi attend. L'Amiral finit par s'impatienter
et attaque le 11 Novembre, se mettant à bombarder consciencieusement
le palais et les bâtiments officiels. Le résultat est immédiat:
les deux missionnaires sont remis à l'Amiral. C'est pavillon
haut que la flotte redescend la rivière Han, l'Amiral ROZE estimant
avoir eu satisfaction, et regagne son camp de base pour y mettre à l'abri
les blessés.
Vingt
quatre heure plus tard, l'évacuation était ordonnée avec ordre
de détruire tout ce qui pouvait l'être. Puis la flotte quittait
les eaux coréennes. Dans un rapport daté du 15 Novembre 1866
rappelant que ses moyens ne lui permettait aucunement de remonter
au cur du pays pour l'amener à traiter avec nous, l'Amiral
ROZE écrit : "l'expédition que je viens de faire , si
modeste qu'elle soit, en aura préparé une plus sérieuse si elle
est jugée nécessaire,....Elle aura d'ailleurs profondément frappé l'esprit
de la Nation Coréenne en lui prouvant que sa prétendue invulnérabilité n'était
que chimérique. Enfin la destruction d'un des boulevards de SÉOUL
et la perte considérable que nous avons fait éprouver au gouvernement
coréen ne peuvent manquer de le rendre plus circonspect. Le but
que je m'étais fixé est donc complètement rempli et le meurtre
de nos missionnaires a été vengé". Les Européens résidant
en Chine considérèrent, eux, que ces résultats étaient peu importants,
sinon nuls, et souhaitèrent une expédition lourde pour le printemps
suivant. Celle-ci n'aura jamais lieu.
Un
peu plus tard, en 1867,un navire américain, le "General
Sherman", ayant fait naufrage sur les côtes coréennes,
une partie de l'équipage fut massacré et les États-Unis ne purent
obtenir réparation, même en faisant intervenir le Suzerain chinois.
Encouragé par M. de BELLONET qui ne désarmait pas du langage
comminatoire, le gouvernement américain demanda à PARIS de monter
une expédition franco-américaine, mais la CORÉE était devenue
une préoccupation mineure de la politique étrangère française.
Quant aux Coréens, ces résultats inattendus, qu'ils purent interprèter
légitimement comme autant de succès, les confirmèrent dans leur
détermination à refuser tout contact avec l'étranger et leur
xénophobie ne fit que se renforcer.
page
1 - page 2 - page
3 - page 4 |