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La défense
militaire
Une
guerre n'épargnerait pas la population civile. La menace touche
aussi bien État et ses différents organes, le potentiel économique
que l'individu et ses biens. La crédibilité d'une stratégie de
dissuasion repose sur la volonté de résister, si nécessaire par
les armes. Le Conseil fédéral déclarait en 1973 que "l'armée
constitue l'élément de force le plus puissant au service de notre
stratégie. Elle seule est en mesure de s'opposer efficacement à une
attaque armée (12)".
Les missions de l'armée doivent donc correspondre aux différentes
formes de la menace, aux différents cas stratégiques.
La nature de la menace
A cause
de l'amélioration des moyens électroniques de navigation, les
violations accidentelles de l'espace aérien suisse seront moins
nombreuses. En revanche, dans la plupart des cas, il s'agira
de violations volontaires, les pilotes cherchant à suivre une
ligne de vol plus courte ou à éviter un repérage par les radars
de leur adversaire direct.
Une
occupation d'ambassade, une prise d'otage sur sol helvétique
peuvent amorcer des enchaînements critiques. On sait qu'en septembre
1982, après l'occupation de l'ambassade de Pologne à Berne, le
gouvernement de Varsovie demandait de libérer lui-même les otages,
ce qui à forcer les responsables suisses à prendre ce qu'on a
appelé par euphémisme diplomatique des "dispositions spéciales
dans les plans d'action". le commandement suisse a également
conscience du danger que présentent les "troupes de diversion",
celles que, durant la Deuxième Guerre mondiale, on appelait les
commandos. Toutes les grandes armées disposent de tels spécialistes
qui sont intégrés dans des formations qui peuvent aller jusqu'à la
brigade. Ceux-ci pourraient intervenir pendant la phase de protection
de la neutralité et, surtout, immédiatement avant une invasion
du pays, pour perturber une mobilisation partielle ou générale.
Depuis
la Deuxième Guerre mondiale, les grandes armées utilisent avec
virtuosité la surprise stratégique en déclenchant des opérations
aéroportées stratégiques. Pensons à la Crète, à la bataille d'Arnhem,
plus récemment à la Tchécoslovaquie et à l'Afghanistan. Dans
ce dernier pays, un ballet bien réglé d'avions et d'hélicoptères
a déposé sur l'aéroport de Kaboul, en moins de quarante-huit
heures, 25 000 hommes avec leur matériel, ceci à de distances
considérables des bases de départ. Voilà un cas où l'on ne disposera
pas forcément d'indices annonciateurs. De telles opérations impliquent
l'engagement de divisions ou de brigades aéroportées qui ne figurent
pas en très grand nombre à l'ordre de bataille des armées des
deux blocs, il ne faut donc pas se laisser gagner par la "parachutite",
car ces grandes unités, rares et précieuses, seront engagées
en priorité dans les secteurs d'effort principal. Cependant,
la ville fédérale de Berne, avec son aéroport, Zurich, avec ses
aéroports de Kloten et de Dübendorf, ainsi que Genève, avec Cointrin
et les institutions internationales, pourraient être les objectifs
d'actions politico-psychologiques, ce qui a amené l'organisation
de troupes de combat, très rapidement mobilisables, spécialement
chargées de défendre les aéroports.
Cette
forme de menace justifie le maintien en service de troupes à toutes
les période de l'année et le déclenchement, au niveau de l'armée,
d'exercices d'alarme avec des formations en cours de répétition (13).
Les régiments dits "de piquet" servent aussi à aider
les populations civiles en cas de catastrophe.
S'il
apparaît impossible d'exclure l'éventualité d'opérations contre
la Suisse, déclenchées par des forces du Pacte de Varsovie ou
de l'OTAN, il serait absurde d'imaginer que, lors d'une invasion,
l'ensemble des forces d'un des blocs déferlerait en Suisse. Il
ne faut pas oublier le phénomène de saturation qui limite la
quantité de matériel que l'on peut engager sur un espace donné.
Certains experts estiment qu'en Suisse, le seuil de saturation
se situe à une vingtaine de divisions. Quelle que soit l'hypothèse,
les forces d'un agresseur sont entièrement mécanisées, alors
que le Plateau n'est pas comparable aux plaines du nord de l'Europe
ou de la Lombardie. La doctrine soviétique assimile d'ailleurs
le Plateau à une zone de montagne ! D'autre part, le territoire
suisse ne constitue pas un objectif stratégique ou opératif de
première importance. En effet, les fuseaux principaux, sur lesquels
se dérouleraient les grandes opérations lors d'un conflit en
Europe, passent par le nord de l'Allemagne. L'effort principal
pourrait s'étendre jusqu'à la Ruhr. Un effort secondaire par
l'Allemagne du Sud, s'il évitait la Forêt-Noire, pourrait signifier
une poussée à travers la Suisse en direction de Langres. Dans
l'autre sens, l'objectif d'opérations à travers l'arc jurassien
pourrait se situer en Allemagne du sud.
L'ensemble
des forces armées des grandes puissances ne disposent pas des
matériels les plus récents. Les commandements ne dirigeraient
sans doute pas leurs meilleures divisions vers des théâtres d'opérations
secondaires. Les forces armées soviétiques, par exemple, engagent
encore des T-55 et des T-62, les Américains se trouvent dans
la même situation : toutes leurs divisions mécanisées n'ont pas
encore reçu le M-1. L'armée suisse aurait donc surtout affaire à des
blindés et des chars de la deuxième génération (14),
tout à fait comparables aux matériels qui équipent ses formations
mécanisées. Les armes antichars dont disposent les formations
d'infanterie gardent aussi, dans de telles conditions, de bonnes
probabilité de les détruire.
Dans
ce contexte, l'aéroportage opératif, qui engage des forces comprises
entre un régiment et une division de parachutistes, peut créer
les conditions de la réussite d'une poussée terrestre, en fixant
les formations mécanisées suisses. De telles formations peuvent être
transportées par avion jusqu'à 400 kilomètres de leur aérodrome
de départ sur des objectifs comme des aérodromes, la plaine de
la Broye ou le Grosses Moos, à l'est du lac de Neuchâtel, sur
des nuds routiers importants, comme les autoroutes de la
ceinture de Zurich ou de Berne. L'opération peut se dérouler
de nuit, dans le but de diminuer les pertes. Pour un régiment,
il faut au moins deux aires de largage de 4 kilomètres sur 3.
Les parachutistes, qui ne sont pas largués en une seule vague,
doivent se regrouper, eux et leur matériel, ce qui demande du
temps, même lorsque les conditions sont normales. Ils ne disposent
que de blindés légers et mènent un combat défensif, construisant
des obstacles sur les axes, opérant des destructions.
Les
divisions des grandes armées peuvent héliporter en une seule
vague, jusqu'à 50 kilomètres des aires de départ, un nombre de
fantassins représentant en gros les effectifs d'un bataillon.
Ces hommes, on arrive à les poser, avec une vingtaine d'appareils,
pratiquement n'importe où, même sur la surface d'un "terrain
de football". En Suisse, chaque régiment, chaque bataillon,
qu'il appartienne à de formations combattantes ou logistiques,
s'oppose spontanément à un aéroportage tactique.
En
cas de conflit, il faut s'attendre à l'utilisation d'armes chimiques.
En effet, toutes les doctrines modernes insistent sur la surprise
et l'avantage de coups déterminants portés dans la profondeur
du dispositif de l'adversaire. Une attaque chimique massive peut
provoquer l'effondrement du dispositif ennemi, sans impliquer
automatiquement le risque d'une escalade nucléaire. Si l'épandage
de toxiques coïncide avec un feu nucléaire tactique, celui-ci
a pour but d'affaiblir la défense chimique de l'adversaire. En
cas d'engagement d'armes chimiques, il faut s'attendre à des
pertes, même si toutes les mesures préventives ont été prises,
car il y aura toujours des erreurs de manipulation, des défaillances
de certains équipements. Ceci peut provoquer de graves mouvements
de panique. Au Vietnam, les Américains ont utilisé des substances
lacrymogènes, vomitives et aveuglantes, des herbicides et des
défoliants, afin d'éviter que leur adversaire puisse se cacher
dans la jungle. Depuis le départ des Américains, les Vietnamiens
semblent avoir recouru à des mycotoxines mortelles. En Afghanistan,
le corps expéditionnaire soviétique a utilisé des toxiques de
combat contre les résistants réfugiés des grottes et contre la
population civile.
L'équilibre
de la terreur rend très peu vraisemblable l'utilisation massive
des missiles nucléaires stratégiques. Il serait absurde de "vitrifier" les
territoires que l'on veut contrôler. En revanche, des deux nucléaires
tactiques, donc de faible puissance, restent possibles, bien
que certains spécialistes jugent même cette éventualité peu probable, à cause
de la peur d'une escalade incontrôlable. On sait que la France
a axé sa défense sur l'arme nucléaire et une bataille terrestre
limitée, au terme de laquelle elle tirerait ses missiles du plateau
d'Albion et des Mirages porteurs d'armes nucléaires. Les responsables
de l'OTAN, pour arrêter le "raz-de-marée" de l'Armée
Rouge, pourraient engager la bombe à neutrons redoutablement
efficace contre les formations mécanisées. L'Armée rouge, qui
dispose d'une nette supériorité en moyens conventionnels, n'aurait
pas avantage à utiliser en premier l'atome, si ce n'est pour
déclencher des réactions d'hystérie collective en Occident et
des manifestations en faveur d'une paix immédiate.
12. Rapport
du Conseil fédéral sur la politique de sécurité de la Suisse.
13. On
appelle "cours de répétition" les huit périodes de
trois semaines que les "troupes d'élite" (20-32 ans)
effectuent chaque année. Les troupes de landwehr (33-40 ans)
accomplissent trois "cours de complément" de deux semaine.
En landsturm (41-50 ans, deux périodes d'une semaine.
14. Les
chars de la deuxième génération : le T-62, le M-60, l'AMX-30,
le Léopard 1 et le char suisse 68. Les chars de la troisième
génération : le T-72, le M-1 et le Léopard 2 qui commence à équiper
les formations des divisions mécanisées suisses.
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