La politique de sécurité de la Suisse
par le colonel Hervé DE WECK, rédacteur en chef de la revue militaire suisse

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Politique de Sécurité et défense générale

 

Depuis 1971, la protection civile obéit, entre autres, à quatre principes : "A chaque habitant, sa place dans un abri", "Occupation préventive des abris, dès que la tension atteint un niveau critique", "Possibilité de séjour autonome dans les abris, éventuellement pendant plusieurs semaines", "Pas d'évacuation des populations civiles". . Même si les spécialistes soulignent aujourd'hui que l'apocalypse nucléaire qui provoquerait "la fin du monde" est une hypothèse extrêmement peu vraisemblable, on ne saurait exclure des engagements nucléaires limités. Les infrastructures de la protection civile s'avèrent, d'autre part, tout à fait efficaces en cas de guerre chimique ou d'attaques aériennes et terrestres contre les cités. En 1988, il y avait des places protégées, atteignables entre dix et quinze minutes, pour environ 85% des habitants. Les régions à forte densité de population se trouvent généralement au-dessus de la moyenne, tandis que, sur le territoire des communes rurales, il existe encore des lacunes importantes qui tendent à se combler, grâce à une politique de subventions fédérales favorisant la construction d'abris publics dans les cantons économiquement faibles. Ceux-ci, en effet, accusent les plus gros retards. Pour les blessés et les malades, il existe plus de 1 200 constructions souterraines, avec quelques 92 600 lits. Au cours des années à venir, un effort particulier devra être fait dans le domaine de l'instruction, puisque seuls quelques 345 000 hommes et femmes, incorporés dans la protection civile, ont reçu jusqu'à présent la formation requise par leur fonction, ce qui correspond à deux tiers de l'effectif réglementaire (520 000 personnes). Pour atteindre ces résultats, il a fallu investir, jusqu'en 1988, dix milliards de francs suisses (valeur actuelle).

Cette "prime d'assurance-survie" ne permet pas d'espérer une sécurité absolue. Lors d'une explosion nucléaire, par exemple, la survie dans les environs immédiats du point zéro est exclue ; en revanche, ces investissements importants permettent d'assurer un accroissement important des chances de survie (réduction des victimes de 5 à 10 fois).

L'effet de dissuasion de la protection civile dépend de la manière dont un adversaire éventuel juge les mesures prises et la détermination des homme et des femmes qui y sont astreints. Bien organisée, la protection civile augmente la marge de manœuvre du gouvernement soumis à un chantage ; elle crée également des conditions favorables au combat de l'armée dont les soldats sauraient que leurs proches bénéficient de bonnes chances de s'en sortir.

Le souci de concentrer les efforts et d'éviter le gaspillage explique que les autorités civiles, les responsables de la protection civile et le commandement de l'armée se sont efforcés de coordonner l'utilisation des infrastructures et des moyens à disposition. Cela a été réalisé pour les transmissions, la protection AC, le service vétérinaire, l'approvisionnement, les transports et le service sanitaire. Selon les spécialistes, il faudrait s'attendre, par jour de guerre en Suisse, à 6 000 blessés dans la population civile et 9 000 chez les militaires. La conception de base du service sanitaire cordonné, qui s'appuie sur de telles données, prévoit que le transport de n'importe quel blessé ou malade jusqu'à un hôpital, que celui-ci relève de l'administration civile, de la protection civile ou de l'armée, ne doit pas excéder vingt-cinq kilomètres, et que le patient doit être traité dans les six heures. Tous ces établissements prennent en charge indistinctement les civils, les membres de la protection civile ou de l'armée.

La défense économique a pour mission d'assurer l'approvisionnement de la population, de l'économie, de l'armée et de la protection civile. Cet approvisionnement doit être garanti, même si le pays se trouve coupé de ses sources habituelles de ravitaillement, aussi longtemps que l'état conserve une indépendance totale ou partielle. Si, en Suisse, tout citoyen est tenu de servir dans l'armée ou dans la protection civile, sinon de s'acquitter d'une prestation financière de remplacement, c'est à titre purement volontaire qu'il apporte sa contribution à l'économie de guerre. Beaucoup de ces volontaires viennent de l'économie privée.

Des mesures de défense économique ne s'imposent pas seulement en temps de neutralité armée ou de guerre, mais également en temps de crise (boycott, pénurie, déséquilibre entre l'offre et la demande). Suivant les produits, les stocks couvrent les besoins entre six et douze mois. Le rationnement, soit 2 400 kilocalories par tête et par jour à la place de 3 700, permettrait d'assurer l'autarcie alimentaire, dès la troisième année après l'entrée en vigueur de la mesure, les déficits initiaux étant couverts par les stocks obligatoires.

L'auto-approvisionnement du pays ne peut être atteint que grâce à une extension des cultures au détriment de l'élevage, partant de la consommation de viande. Les réserves décentralisées de carburant et de pièces de rechange doivent suffire pour la durée présumée d'une guerre ; viennent encore s'ajouter les moyens nécessaires à la protection de la neutralité.

L'information et la défense psychologique jouent un rôle vital, lors d'une crise ou d'un conflit. Aujourd'hui, les autorités ne cherchent plus à renforcer la volonté de défense en s'appuyant sur des images caricaturales d'un adversaire éventuel, sur un patriotisme lyrique ou sur des "discours de cantine". Dans les milieux initiés, on parle d'"information crédible et objective". La Division Presse et Radio, une fraction de l'état-major de l'armée qui relève en temps de paix du Département de justice et police, comprend surtout des miliciens travaillant professionnellement dans les média. En temps de crise ou de service actif, cet organisme coordonnerait les informations du commandement de l'armée, de la Chancellerie fédérale et des agences. Il prendrait la relève des moyens d'information habituels, au moment où ceux-ci ne pourraient plus remplir leur mission.

Une démocratie doit se défendre contre la subversion, le terrorisme et l'extrémisme. le peuple et les cantons, lors de votations populaires, ont d'ailleurs accepté certaines adaptations de la législation concernant la protection de État. la police fédérale, en collaboration avec les polices cantonales, assure cette protection à l'intérieur et à l'extérieur du pays. Dans un souci d'efficacité, le chef de la police fédérale coiffe aussi le contre-espionnage militaire. Les autorités suisses, qui ne disposent pas d'une police d'intervention fédérale, se verraient forcées de demander, en cas de besoin, des moyens aux cantons. En cas de crise grave, ceux-ci pourraient s'avérer incapable de les fournir, ce qui forcerait le Conseil fédéral à engager en service d'ordre des troupes, plus rapidement qu'il ne le souhaiterait.

 

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