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Politique de
Sécurité et défense générale
Dans
les années 1950, le peuple suisse et les cantons (8) acceptent
les bases constitutionnelles de la protection civile. Très vite
apparaît la nécessité d'une coordination entre les mesures prises
par les différents organes du gouvernement fédéral : l'époque
des "conceptions globales" s'annonce. Un grand pas
est franchi en 1967, lorsque le chef de l'état-major général (9) diffuse
un rapport consacré à l'exercice de défense doit intégrer la
défense militaire dans une stratégie globale qui tienne compte
des conditions de la guerre moderne et des possibilités d'un
petit État face à un adversaire, forcément supérieur en effectifs
et en matériel.
Rapidement,
le Conseil fédéral constitue une commission d'étude des problèmes
stratégiques dont le président, excellent vulgarisateur, déclare à la
première séance: "Il y a dans la 'région Défense générale'
une série de bâtiments de différentes dimensions, équipés d'une
manière différente, mais il y manque encore des rues qui les
relieraient. Jusqu'à présent, les constructions étaient élevées
au hasard, sans plan directeur. Les propriétaires et les architectes
prenaient les devants de leur propre initiative (10)".
Les travaux de cette commission créent les bases du Rapport sur
la politique de sécurité de la Suisse que le Conseil fédéral
publie le 27 juin 1973.
Cette
politique doit permettre de prévoir les événements, de les influencer
et pas seulement de les subir ; elle comprend sept volets : la
politique étrangère, la défense militaire, la protection civile,
la défense économique, la défense psychologique, la protection
de État et de l'information. Des décisions, des préparatifs stratégiques
sont de nature politique, alors que des décisions politiques
ont des conséquences stratégiques. La défense générale reste
donc en main du Conseil fédéral et des Chambres (11).
Ce ne sont pas les spécialistes qui doivent définir, à eux seuls,
une stratégie ou les bases de la défense générale. En effet,
la stratégie et la défense générale ne sont pas des sciences
ou des techniques, mais des arts susceptibles de transformer,
dans une certaine mesure, les nécessités de la sécurité en une
politique globale. Cette lourde tâche appartient aux "généralistes" de
l'exécutif et du législatif.
Les
objectifs de la défense générale : la paix dans l'indépendance,
la dissuasion, si nécessaire la lutte armée contre l'envahisseur,
enfin la résistance contre l'occupant. Toute capitulation du
gouvernement est exclue en principe. L'ensemble des mesures prises
servent à "élever le prix du ticket d'entrée", à forcer
un agresseur potentiel à se dire que le "jeu n'en vaut pas
la chandelle". La dissuasion repose donc sur la volonté de
résister par les armes. La résistance contre l'occupant ne saurait
remplacer la défense militaire, car elle n'a pas, à elle seule,
une valeur dissuasive, alors que, prévue comme ultime possibilité,
elle augmente la crédibilité de la politique de sécurité. Ces
moyens, dans quelle mesure contribuent-ils à la dissuasion ?
Impossible de leur attribuer un "quotient de dissuasion" qui
permettrait de les classer les uns par rapport aux autres. Ils
apparaissent complémentaires et forment un tout.
Pour
tout ce qui touche à la défense générale, le Conseil fédéral
dispose d'organes de conduite qui prépare ses décisions et en
contrôlent l'exécution. On semble s'acheminer vers la création
d'un état-major pour les situations exceptionnelles, qui coifferait
les actuels organes de conduite et qui se trouverait intégré,
dès le temps de paix, à la Chancellerie fédérale. Les départements
disposeraient également de tels états-majors. Pour féliciter
les décisions, on distingue des cas stratégiques qui servent
de base aux travaux de ces différents organes.
Dans
le domaine de la sécurité, de quels atouts dispose la Suisse
? Tout d'abord son fédéralisme. En cas de conflit, les autorités
devraient continuer à s'occuper de la circulation monétaire,
de l'instruction, de la santé publique, du service vétérinaire,
du trafic postal et téléphonique, des assurances sociales, des
salaires des fonctionnaires, de l'encaissement des taxes et des
impôts
il faut à tout prix que ces tâches soient exécutées,
même si l'administration centrale n'existait plus. Si la Suisse était
un État unitaire et centralisé, il suffirait de neutraliser ou
de détruire ses autorités fédérales. A cause de son fédéralisme
et des cloisonnements qu'il implique, la disparition des autorités
centrales n'entraînerait pas nécessairement la paralysie des
cantons et des communes. Quand le Conseil fédéral serait renversé,
il resterait encore, pour en tenir lieu, des gouvernements cantonaux
habitués à gouverner et à commander.
8. Toute
modification de la constitution fédérale doit, obligatoirement, être
acceptée en vocation populaire, à une double majorité, celle
des votants, celle des cantons et des demi-cantons (Obwald, Nidwald,
Appenzell Rhodes intérieures, Appenzell Rhodes extérieures, Bâle-Ville,
Bâle-Campagne).
9. Entre
autres, le chef de l'état-major général est responsable de la
préparation à la guerre de l'armée. Comme en temps de paix, la
pyramide du commandement reste tronquée, puisqu'il n'existe pas
de commandant en chef, le chef d'état-major joue, face aux autres
commandants de corps, membres de la Commission de défense militaire,
le rôle du "primus inter pares".
10. Senn,
Hans : Friede in Unabhängigkeit, p. 113.
11. Au
niveau fédéral, le législatif est formé de deux Chambres : le
Conseil national qui représente le peuple, le Conseil des Etats
qui représente les Etats cantonaux. Pour qu'une loi passe, il
faut qu'elle soit acceptée, dans une version absolument identique,
par les deux Chambres.
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