1982 - La guerre des Malouines
Le dernier rugissement du " Vieux lion "

par Vincent BERNARD, professeur d'histoire-géographie

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Les opérations terrestres

Le 21 mai, la 3e brigade commando renforcée débarque dans la baie symboliquement défendue de San Carlos, sur la côte ouest de l'île principale de "East Falkland", à l'opposé de Port Stanley. Dès lors, les opérations prennent une toute autre ampleur. La tête de pont est rapidement consolidée et 4500 hommes sont à pied d'ouvre le 23. Les axes de progression britanniques sont définis : d'une part vers l'est en direction de Port Stanley et d'autre part vers le sud en direction de Port Darwin et du terrain secondaire de Goose Green afin de sécuriser le flanc droit. Cette double progression par attaques successives de nuit a pour objectif le nettoyage méthodique de l'île avant la concentration finale pour l'assaut de la position argentine principale.
Tentant par tous les moyens à leur disposition de freiner et décourager la progression britannique, l'aviation argentine redouble d'activité. Les résultats ne se font pas attendre. Illustrant les limites évidentes de la maîtrise aérienne britanniques et les lacunes des systèmes de défense anti-aérienne de la Task Force, les avions argentins parviennent au prix de fortes pertes à envoyer par le fond ou à endommager gravement un nombre inquiétant de navires. Du 21 au 26 mai les pertes sont considérables : Le destroyer Coventry est incendié et perdu, les frégates Ardent et Antelope sont coulées, l'Atlantic Conveyor touché une première fois, coulera le 29 avec ses hélicoptères Chinook, les Harrier qu'il transportait ayant pu être évacués. Durant ces jours noirs pour la Royal Navy, le transport Fearless et le paquebot Norland sont également gravement touchés. En juin encore, le transport de débarquement Sir Galahad est détruit, le Sir Lancelot et le Sir Tristam sont touchés ainsi que le destroyer Glamorgan qui reçoit un exocet MM38 depuis la terre. La situation est alors en passe de devenir critique et l'urgence d'une conclusion à terre se fait pour le commandement de plus en plus aiguë.
Le 28 mai, le 2e bataillon parachutiste s'empare de Port Darwin et de Goose Green faisant 1200 prisonniers et permettant l'utilisation du terrain d'aviation pour l'appui rapproché au sol et le ravitaillement des forces débarquées. Lors de la première semaine de juin, tandis que la pince se referme sur les positions du général Ménendez que l'artillerie britannique se positionnant sur les hauteurs dominant la ville pilonne sans répit, la 5e brigade récemment arrivée sur zone renforce le dispositif. Un débarquement limité à Bluff Cove, au sud-ouest de Port Stanley occasionne la perte de plus de cinquante hommes lors de raids de A4. Mais la progression méthodique se poursuit. Malgré des difficultés logistiques(9) et une résistance argentine loin d'être négligeable, les troupes britanniques obtiennent enfin la décision le 14 juin. Acculés et sans possibilité de secours, le général Ménendez dépose les armes. Le 15 juin, l'opération Sutton se termine par une victoire indiscutable pour la Grande Bretagne.

Bilan militaire de l'opération " Sutton "

La crise des Malouines, loin d'être une échauffourée sans importance a fait près d'un millier de morts et son souvenir reste vivace tant en Argentine qu'en Grande Bretagne, nourrissant parfois encore des rancours patriotiques tenaces. Elle est un exemple, un peu avant la lettre, de ces conflits de faible ou moyenne intensité dont la définition est au cour de la problématique militaire depuis la fin de la guerre froide. Elle est surtout un exemple à la fois singulier et riche d'enseignements encore aujourd'hui d'intervention lointaine amphibie avec des moyens modernes. De fait, l'expédition britannique reste par son existence même un relatif exploit militaire compte tenu de l'éloignement des bases et de l'ampleur des moyens engagés par une puissance "moyenne".
Il est à noter que l'effort argentin est à cet égard loin d'être négligeable. Bien que plus proche de ses bases et installée en position défensive, l'armée argentine aux moyens technologiques plus limités dut néanmoins opérer à plusieurs centaines de milles du continent. Surtout, les forces britanniques ont démontré s'il en était besoin la supériorité d'une force professionnelle bien entraînée et équilibrée pour des opérations de ce type. Les forces terrestres argentines, composées en majorité de conscrits au moral et à l'entraînement plus limités ne pouvaient guère résister longtemps à l'élite des troupes britannique(10). Malgré tout, si l'engagement et l'utilisation intelligente de l'essentiel des moyens de la Royal Navy autorisa une maîtrise navale totale sur la zone des combats, l'insuffisance de la couverture aérienne disponible fut la cause de pertes très importante dans les rangs de la Task Force déployée, illustrant les limites des moyens de la défense aérienne seule, y compris face à un adversaire aux potentialités limitées (11).


9.Consécutives pour une large part à la perte des hélicoptères lourds Chinook de l'Atlantic Conveyor.[retour au texte]

10. On notera à cet égard l'engagement de troupes parachutistes, de Royal Guards, de Royal Marines, de SAS, et de Gurkhas, représentant un véritable " catalogue " des troupes d'élite britanniques.[retour au texte]

11.A titre d'exemple, l'armée de l'air argentine ne disposait que de 5 missiles Exocet AM39 en tout et pour tout mais en mis au moins deux au but.[retour au texte]


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