page
1 - page 2 - page
3 - page 4 - page
5 - page 6
Dès
lors, la logique et le contexte international auraient dû amener
la Grande Bretagne à rechercher une solution négociée,
en admettant le fait accompli tout en sauvant la face. C'était
de fait le calcul de la junte militaire argentine. Tout au contraire,
l'humiliation subie déclencha en Angleterre un sursaut
national de grande ampleur. Dès avant l'investissement
effectif des Malouines, la Royal Navy avait envoyé le
sous - marin Spartan et une unité commando pour
réoccuper la Géorgie du Sud. Devant l'audace argentine,
le gouvernement Thatcher n'hésite pas une journée.
Londres rompant immédiatement ses relations diplomatiques
entreprend de mettre la Royal Navy sur le pied de guerre et demande
le vote devant l'ONU d'une résolution condamnant l'invasion.
Le 3 avril, le vote
devant le conseil de Sécurité de
la résolution 502 clarifie les équilibres
et donne droit au gouvernement anglais,
seul Panama se prononçant contre
la condamnation de l'Argentine. L'URSS
et la Chine n'usant pas de leur droit de
veto s'abstiennent tout comme l'Espagne
et la Pologne. Les Etats-Unis, dont un
certain malaise est perceptible compte
tenu de leurs engagements contradictoires
envers l'OTAN et l'OEA(3) finissent
par justifier leur soutien à Londres
par le caractère unilatéral
de l'agression de Buenos-Aires mais refusent
toute aide militaire directe. Tandis que
le ministre Carrington, démissionnaire
attendu du Foreign Office est remplacé par
Francis Pym, la mission de médiation
du général Haig envoyé par
Washington à Londres puis à Buenos
Aires entre le 8 et le 19 avril se solde
par un échec complet. Refusant de
transiger sur les conditions préalables à un
règlement pacifique comprenant une évacuation
immédiate des Malouines et sachant
l'Argentine de plus en plus isolée
diplomatiquement, Londres se prend à voir
dans cette crise la revanche de l'humiliation
de Suez en 1956.
En quelques jours,
le gouvernement Thatcher obtient l'embargo
total sur les équipements militaires à l'Argentine
de la part de la CEE puis des Etats-Unis.
Pendant toute la durée du conflit
toutefois, Londres prendra bien garde,
malgré les inconvénients
inhérents à une telle retenue,
de ne pas frapper les bases argentines
continentales, afin de ne pas mettre en
péril le fragile quasi-consensus
diplomatique en sa faveur.
Pendant tout le mois
d'avril, tandis que la diplomatie échoue à trouver
un règlement satisfaisant, la machine
militaire britannique s'ébranle
en vue d'une opération de reconquête
d'une ampleur inattendue.
De
la démonstration à l'épreuve de force
Loin
d'attendre en effet les résultats de tergiversations diplomatiques
incertaines, Londres s'engage sur la voie de la réponse
militaire dès le 1er avril. 72 heures(4) à peine
après l'occupation de Port Stanley, une forte escadre
de la Royal Navy comprenant deux porte aéronefs, une douzaine
de bâtiments d'escorte et trois sous-marins sont déjà en
route vers l'île d'Ascension, dernier relais britannique
dans l'Atlantique avant les Malouines. Le 7 avril, une zone d'exclusion
maritime(5) de 200 milles nautiques
autour de l'archipel prenant effet le 12 à l'aube est
décrétée par le ministre britannique de
la défense, John Nott. Le 30 avril, cette zone d'exclusion
prend un caractère absolu(6) .
Rassemblée dans le périmètre d'Ascension
sous protection aérienne, la flotte britannique est placée
officiellement le 23 en position de défense tandis les
forces argentines sont mises dans le même temps en état
d'alerte maximale. Les 25 et 26 enfin, les forces britanniques
réoccupent facilement la Géorgie du Sud, faisant
200 prisonniers argentins et coulant le sous - marin Santa Fe.
Les Argentins renforcent dans le même temps autant que
faire se peut leurs positions des Malouines. A la fin du mois
d'avril le bras de fer est sur le point de se transformer en
affrontement direct.
3. OEA : Organisation
des Etats Américains (angl. OAS) de 1948. Son corollaire le
TIAR, Traité Interaméricain d'Assistance Réciproque
de 1977 garantit la solidarité des 21 membres en cas d'agression. [retour
au texte]
4.Comme le souligne
le contre-amiral Barnouin dans son article de 1987, il s'agit
d'un délai opérationnel normal pour une marine à la " mécanique
bien huilée ".[retour au texte]
5.Maritime Exclusion
Zone (MEZ).[retour au texte]
6.Total Exclusion
Zone (TEZ).[retour au texte]
page
1 - page 2 - page
3 - page 4 - page
5 - page 6 |