1982 - La guerre des Malouines
Le dernier rugissement du " Vieux lion "

par Vincent BERNARD, professeur d'histoire-géographie

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Dès lors, la logique et le contexte international auraient dû amener la Grande Bretagne à rechercher une solution négociée, en admettant le fait accompli tout en sauvant la face. C'était de fait le calcul de la junte militaire argentine. Tout au contraire, l'humiliation subie déclencha en Angleterre un sursaut national de grande ampleur. Dès avant l'investissement effectif des Malouines, la Royal Navy avait envoyé le sous - marin Spartan et une unité commando pour réoccuper la Géorgie du Sud. Devant l'audace argentine, le gouvernement Thatcher n'hésite pas une journée. Londres rompant immédiatement ses relations diplomatiques entreprend de mettre la Royal Navy sur le pied de guerre et demande le vote devant l'ONU d'une résolution condamnant l'invasion.
Le 3 avril, le vote devant le conseil de Sécurité de la résolution 502 clarifie les équilibres et donne droit au gouvernement anglais, seul Panama se prononçant contre la condamnation de l'Argentine. L'URSS et la Chine n'usant pas de leur droit de veto s'abstiennent tout comme l'Espagne et la Pologne. Les Etats-Unis, dont un certain malaise est perceptible compte tenu de leurs engagements contradictoires envers l'OTAN et l'OEA(3) finissent par justifier leur soutien à Londres par le caractère unilatéral de l'agression de Buenos-Aires mais refusent toute aide militaire directe. Tandis que le ministre Carrington, démissionnaire attendu du Foreign Office est remplacé par Francis Pym, la mission de médiation du général Haig envoyé par Washington à Londres puis à Buenos Aires entre le 8 et le 19 avril se solde par un échec complet. Refusant de transiger sur les conditions préalables à un règlement pacifique comprenant une évacuation immédiate des Malouines et sachant l'Argentine de plus en plus isolée diplomatiquement, Londres se prend à voir dans cette crise la revanche de l'humiliation de Suez en 1956.
En quelques jours, le gouvernement Thatcher obtient l'embargo total sur les équipements militaires à l'Argentine de la part de la CEE puis des Etats-Unis. Pendant toute la durée du conflit toutefois, Londres prendra bien garde, malgré les inconvénients inhérents à une telle retenue, de ne pas frapper les bases argentines continentales, afin de ne pas mettre en péril le fragile quasi-consensus diplomatique en sa faveur.
Pendant tout le mois d'avril, tandis que la diplomatie échoue à trouver un règlement satisfaisant, la machine militaire britannique s'ébranle en vue d'une opération de reconquête d'une ampleur inattendue.

De la démonstration à l'épreuve de force

Loin d'attendre en effet les résultats de tergiversations diplomatiques incertaines, Londres s'engage sur la voie de la réponse militaire dès le 1er avril. 72 heures(4) à peine après l'occupation de Port Stanley, une forte escadre de la Royal Navy comprenant deux porte aéronefs, une douzaine de bâtiments d'escorte et trois sous-marins sont déjà en route vers l'île d'Ascension, dernier relais britannique dans l'Atlantique avant les Malouines. Le 7 avril, une zone d'exclusion maritime(5) de 200 milles nautiques autour de l'archipel prenant effet le 12 à l'aube est décrétée par le ministre britannique de la défense, John Nott. Le 30 avril, cette zone d'exclusion prend un caractère absolu(6) . Rassemblée dans le périmètre d'Ascension sous protection aérienne, la flotte britannique est placée officiellement le 23 en position de défense tandis les forces argentines sont mises dans le même temps en état d'alerte maximale. Les 25 et 26 enfin, les forces britanniques réoccupent facilement la Géorgie du Sud, faisant 200 prisonniers argentins et coulant le sous - marin Santa Fe. Les Argentins renforcent dans le même temps autant que faire se peut leurs positions des Malouines. A la fin du mois d'avril le bras de fer est sur le point de se transformer en affrontement direct.


3. OEA : Organisation des Etats Américains (angl. OAS) de 1948. Son corollaire le TIAR, Traité Interaméricain d'Assistance Réciproque de 1977 garantit la solidarité des 21 membres en cas d'agression. [retour au texte]

4.Comme le souligne le contre-amiral Barnouin dans son article de 1987, il s'agit d'un délai opérationnel normal pour une marine à la " mécanique bien huilée ".[retour au texte]

5.Maritime Exclusion Zone (MEZ).[retour au texte]

6.Total Exclusion Zone (TEZ).[retour au texte]


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