page
1 - page 2 - page
3 - page 4
Cette
position intransigeante est jugée illusoire par Jack
Straw qui s'est fait huer et conspuer ("traître",
a-t-on crié) en arrivant au centre ville de Gibraltar
début mars 2002. Pour les Britanniques, la question
n'est même plus de savoir si Gibraltar doit retourner
de son plein gré ou non à l'Espagne, mais quand
et comment. C'est pourquoi Jack Straw presse les Gibraltariens
de consentir à un
accord de principe permettant de négocier au mieux
leur rattachement à Madrid.
Londres et Madrid
ont convenu que les Gibraltariens participeraient à l'élaboration
des modalités de ce que ces derniers considèrent
comme étant leur reddition. La religion du Foreign Secretary
est faite :
Je ne crois pas que
le statu quo soit un choix réaliste pour Gibraltar. Tant
que durera la querelle avec l'Espagne la prospérité à long
terme ne peut être garantie (13).
Tout en se voulant
rassurant et soucieux de parvenir à un "meilleur
accord pour les gens de Gibraltar" (a better deal for the
people of Gibraltar), Peter Hain prêche la conciliation
:
Nous allons seulement
nous mettre d'accord sur quelque chose qui, je pense, sera dans
l'intérêt de Gibraltar, dans l'intérêt
de la Grande-Bretagne, quelque chose qui garantisse le droit
des Gibraltariens à la citoyenneté britannique, à leur
mode de vie britannique (14).
Certes, les habitants
du " Rocher " auraient le dernier mot lors d'un référendum,
mais, insiste-t-il fortement, leur intérêt bien
compris serait de ne pas passer à côté de
chances "fantastiques" (fantastic). La construction
d'un aéroport de premier ordre et un port moderne sont
les alléchantes perspectives que Peter Hain fait miroiter
dans le cas où Gibraltar consentirait docilement au Grand
Plan de Londres.
Comme le dit si bien et si lapidairement The Economist :
Les deux pays veulent
parvenir à un accord. Mais pas les habitants de la colonie
(15).
Londres, Madrid
et Bruxelles espèrent pouvoir venir à bout de l'obstination
de Gibraltar en y mettant le prix. Mais, l'exemple de Hong-Kong
n'est pas fait pour disposer favorablement les habitants du "Rocher" à passer
sous les fourches caudines, si dorées soient-elles :
Lors d'un référendum
tenu en 1967, seulement 44 (habitants de Gibraltar) acceptèrent
de conclure un accord. Néanmoins, - et comme c'est le
cas en ce qui concerne le référendum sur l'euro
sur le continent - nombreux sont ceux qui craignent de devoir
se soumettre en douceur. Aussi, plusieurs touristes disent, qu'ils
sont venus pour voir le "Rocher" avant qu'il ne subisse
le sort de Hong-Kong. (16).
Aussi, nombreux sont
ceux qui pensent que les jeux sont faits et que le compte à rebours
a bel et bien débuté.
Effectivement,
si, dans un entretien donné au quotidien britannique The
Guardian, le Premier Ministre espagnol a promis aux Gibraltariens "une
large autonomie" (ample self-government), il n'en est pas
moins demeuré inflexible sur le fond de la question :
L'Espagne aspirera
toujours à posséder la souveraineté totale
sur Gibraltar (17).
Amers, les Gibraltariens
ont beau jeu de dénoncer le double langage de Madrid qui,
dans le même temps qu'elle se démène pour
faire rentrer Gibraltar dans son giron, refuse de rendre au Maroc
Ceuta et Melilla, deux petites enclaves espagnoles sur la côte
marocaine en Méditerranée (18).
(13) BBC News, Europe, Straw jeered
in Gibraltar, 3 May 2002: "I do not believe the status quo
is a realistic option for Gibraltar. As long as a dispute with
Spain lingers on, there can be no certainty for long term prosperity."
(14) Electronic Telegraph, Joint sovereignty over Gibraltar is " a non-starter ",
Tories tell Straw, 13 May 2002:We are only going to agree to something which
we think is in Gibraltar's interest, in Britain's interest, which preserves
the right of Gibraltarians to British citizenship, their British way of life."
(15) The economist, Crunchy, May 18th, 2002, p.34: "The two countries
want a deal. The people of the colony do not."
(16) The Economist, True Brits, May 11th, 2002: "In a referendum in 1967,
only 44 of them wanted to do a deal. Nevertheless - and as with the euro referendum
on the mainland - many people fear that they will be cajoled into submission.
So, several visitors say, they have come to see the Rock before it goes the
way of Hong-Kong."
(17) BBC News, Europe, Straw jeered in Gibraltar, 3 May 2002 : "Spain
will always aspire to having complete sovereignty over Gibraltar."
(18) Ces deux villes créent, en outre, bien des soucis à l'UE
dans la mesure où elles servent de transit à de nombreux immigrants
illégaux et à la contrebande de haschich (provenant du Rif voisin).
Le développement du fondamentalisme musulman (un membre d'al-Quaeda
originaire de Ceuta est détenu à Guantanamo) et le départ
vers l'Espagne de la population d'origine espagnole ne sont pas faits pour
arranger les choses. The Economist, Spain's North African enclaves - Gibraltar
in reverse ?, February 23rd, 2002, p.48.
page
1 - page 2 - page
3 - page 4
|