Le "splendide isolement" de Gibraltar
par Jean-Claude BESSEZ Professeur à l'Ecole Interarmées du Renseignement
et des Etudes Linguistiques (EIREL, Strasbourg)

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BREF RAPPEL HISTORIQUE


L'emplacement stratégique du "Rocher" de Gibraltar, l'un des deux Piliers d'Hercule, lui a valu d'être un enjeu depuis plus de 3.000 ans.

En 711 de notre ère, il fut occupé par les Berbères et demeura sous contrôle mauresque jusqu'à sa conquête par les Espagnols en 1462. Il tomba aux mains d'une force expéditionnaire anglo-hollandaise en 1704 et fut cédé "pour toujours" aux Britanniques par les Espagnols lors du traité d'Utrecht de 1713. Gibraltar devint ainsi une garnison britannique et acquit le statut de colonie en 1830. Depuis lors, les Espagnols en firent quinze fois le siège…en vain.

Actuellement, Gibraltar a le statut de "Territoire d'OutreMer" (Overseas Territory) du Royaume-Uni et ses habitants, qui ont le statut de Citoyens des Territoires Britanniques Dépendants (British Dependent Territories Citizens), ont été faits ressortissants britanniques pour les inclure dans l'Europe (1).Les Gibraltariens ont la faculté de prendre la citoyenneté britannique, et nombreux sont ceux qui en profitent.

Leur appartenance à la Grande-Bretagne donne aux habitants de Gibraltar le droit de se déplacer librement dans l'Union Européenne. Gibraltar n'a pas de représentation propre au Parlement Européen, malgré les efforts de la Grande-Bretagne pour que ce territoire soit représenté, ce qui suppose que la loi communautaire de 1976 sur les Elections Directes soit amendé.

La Constitution de Gibraltar, adoptée en 1969, donne au territoire une autonomie considérable.

L'histoire récente du "Rocher" a été assombrie par des tensions chroniques avec l'Espagne (la frontière fut même fermée entre 1969 et 1985). Gibraltar demeure un point de friction entre Londres et Madrid à ce jour (2).

En 1999, une querelle portant sur les droits de pêche au large du Rocher" a ramené la question de la souveraineté sur le devant de la scène.


LA QUERELLE SUR LES DROITS DE PECHE

La récente querelle portant sur les droits de pêche dans les eaux entourant le "Rocher" opposa les pêcheurs espagnols aux autorités de Gibraltar. Elle déboucha sur une escalade dont l'aboutissement fut un train de mesures de représailles de la part du gouvernement espagnol.

Madrid refusa de reconnaître la validité des permis de conduire délivrés par le territoire de Gibraltar. Londres estima qu'il s'agissait là d'une violation de la directive européenne sur les doubles permis de conduire, et, par conséquent, porta plainte devant la Commission à Bruxelles.

Madrid menaça d'interdire tous les vols civils utilisant son espace aérien en partance ou à destination de Gibraltar.

Enfin, Madrid resserra tous les contrôles aux frontières terrestres (3).

Bien que la crise ait été désamorcée suite à un accord entre les autorités de Gibraltar et les pêcheurs locaux, le Ministre des Affaires Etrangères espagnol, M. Abel Matutes, déclara que les affaires concernant Gibraltar étaient du seul ressort de Londres et Madrid. De nouveaux pourparlers se sont donc déroulés (4).


LA QUESTION DE LA SOUVERAINETE

La position de Madrid

Les gouvernements espagnols successifs ont accepté la souveraineté britannique sur Gibraltar, mais soutenu que, de nos jours, c'est un anachronisme. En revanche, les Espagnols ne reconnaissent pas la souveraineté britannique sur l'isthme qui relie l'Espagne au "Rocher".

La position constante du gouvernement de Madrid a été de prôner le retour de Gibraltar à l'Espagne par des moyens pacifiques. L'Espagne soutient, devant les Nations-Unies et devant d'autres forums, que le droit des peuples à l'auto-détermination doit s'accommoder de restrictions en raison du principe d' "intégrité territoriale". L'Espagne argue que la restauration de son intégrité territoriale supplante tout droit des Gibraltariens à l'auto-détermination. Il est inutile de préciser que Londres ne donne pas son assentiment à une telle position.

L'homologue de M. Cook à l'époque, M.Matutes, est favorable à un accord entre la Grande-Bretagne et l'Espagne visant à établir un partage de souveraineté pendant une longue période de transition, à l'issue de laquelle le territoire repasserait sous souveraineté espagnole. Cette question est appelée à être débattue à nouveau à une date indéterminée dans le cadre de négociations dites "Processus de Bruxelles" (remontant au Communiqué de Bruxelles en 1984).

Le gouvernement britannique a réitéré son engagement, inscrit en toutes lettres dans le Préambule de la Constitution de 1969, de ne conclure aucun arrangement selon lequel la souveraineté de Gibraltar serait transférée à un autre Etat sans l'assentiment librement et démocratiquement exprimé de ses habitants.



(1) Le Foreign and Commonwealth Office publia en juillet 2000 dans sa rubrique Focus International un Livre Blanc intitulé " Les territoires britanniques d'OutreMer - Un Partenariat pour le Progrès et la Prospérité " " (Britain's Overseas Territories - Partnership for Progress and Prosperity). Ce document dresse un bilan détaillé des relations du Royaume-Uni avec les 13 Territoires dans un nombre de domaines importants : le " bon gouvernement " et les Droits de l'Homme, l'aide au développement, la régulation financière, la lutte contre les stupéfiants. Les Territoires d'OutreMer sont : Anguilla, les Bermudes, le Territoire Antarctique Britannique, le Territoire Britannique de l'Océan Indien, les îles Vierges Britanniques, les îles Cayman, les îles Falkland, Gibraltar, Montserrat, Pitcairn, Les îles de Sud Géorgie et Sandwich du Sud, St Hélène, et les îles Turc et Caicos.
(2) Electronic Telegraph, History as bone of contention, issue n°1358, 12 February, 1999
Gibraltar History & Politics : http://www.gibraltar.gi/history
(3) Electronic Telegraph, Spanish threat to Gibraltar flights, issue n°1357, 11 February, 1999
(4) BBC World / Europe Politics, Between a Rock and a hard place, January 30, 1999 - BBC World / Europe Politics, UK & Spain seek Gibraltar solution, February 12, 1999 - Electronic Telegraph, Navy should go to Gibraltar, say MPs, issue n°1358, 12 February, 1999.


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