Les politiques militaires de la France et du Royaume-Uni dans la dernière décennie de la guerre froide
par Frédéric VALLE

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II- Les outils militaires

Ces outils militaires sont nucléaires, aéroterrestres et aéro-maritimes. On ne peut négliger pour autant la mécanique administrative induite.

II-1- Les forces nucléaires

Les deux pays sont les deux seules puissances nucléaires, non américaines, du monde occidental. Elles sont cependant dans des situations différentes. Le Royaume-Uni est pleinement intégré au dispositif américain. Il est aussi indépendant de fait. Même s'il doit recevoir un ordre américain pour lancer ses missiles, rien techniquement ne l'empêche de le faire quand bon lui semble. Il le peut d'autant plus qu'il possède les moyens d'alertes avancées sur son propre territoire et que ses lanceurs et ses têtes nucléaires sont au sommet de la technologie.
La France se veut indépendante de tout contrôle américain. Elle a acquis ses bombes de manières indépendantes et est libre de choisir ses cibles et le moment du lancement. Néanmoins, ce choix est dans la réalité fort limité. L'URSS est la seule cible valable, car la politique de dissuasion, comme celle du Royaume-Uni, repose sur une stratégie "anti-cité". D'autre part, ne disposant d'aucune alerte avancée, la France dépend directement des Etats-Unis pour l'avertir du danger et pouvoir lancer sa riposte.
Il faut resituer cette analyse dans le contexte culturel de chaque pays. Des enquêtes ont montré que pour les Britanniques, la "bombe" est avant tout une arme, un outil militaire. La vision française est différente. La population voit dans sa puissance nucléaire un symbole et ne semble pas imaginer l'employer en tant que tel !
Les politiques menées dans cette période par F. MITERRAND et M. THATCHER poursuivent les objectifs précités. La "Triade" française (missiles terrestres, emportés par avions et par sous-marins) se développe et se modernise. En 1987, sous le gouvernement de cohabitation mené par J. CHIRAC, la politique d'emploi évolue face à la nouvelle donne militaire. Les forces nucléaires tactiques se transforment en force préstratégiques. Leur emploi limité, bombe surpuissante pour le champ de bataille, change. Elles deviennent un avertissement, elles doivent démontrer la volonté de sanctuariser le territoire national. Leur emploi prédestine celui de la force nucléaire stratégique. Un tel choix ne ravit pas les Allemands, directement concernés.
Le Royaume-Uni est, au début des années 80 confronté au choix du renouvellement de sa force stratégique. Les vieux Polaris, lancés par SNLE(1) , arrivent en fin de vie. La glorieuse série des "V- bombers"(2) est recentrée sur un rôle tactique et non plus stratégique. Le choix se porte sur le Trident I-C4 mis en ouvre par les Etats-Unis. Son abandon par l'administration REAGAN oblige la Dame de Fer à porter son choix sur un missile encore plus puissant, le Trident II-D5. Les limites de ce choix sont relevées par de nombreux auteurs : Limite légale (vis-à-vis du droit international), rapport coût/utilité ...
Ce choix est lié à un contexte propre au Royaume-Uni : la présence sur son sol de très nombreux lanceurs nucléaires américains, présence encore renforcée à la suite de la crise des euromissiles.

II-2- Les forces aéroterrestres

Les engagements de chaque pays sont tenus, la British Army of the Rhine (BAoR) est présente sur le continent. La Force d'Action Rapide française se met en place dans le même souci de renforcer la dissuasion militaire classique. Le maintien de l'effort militaire est donc constant pour les deux pays. Il aurait pu être plus important pour les Britanniques si la Guerre des Malouines n'était pas venue changer la donne. Là encore, chaque initiative dans le domaine de l'outil militaire est le prolongement des qualités et des défauts des ceux pays.


1. SNLE : Sous-marin Nucléaire Lanceur d'Engins[retour au texte]

2. Bombardiers nucléaires britanniques : Victor, Valiant, et enfin les Vulcan. Ils sont remplacés par des bombardiers plus modernes, puis par les Tornados GR1[retour au texte]


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