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Jean-Jacques
ROUSSEAU :
"L'Angleterre a pour maxime d'Etat de ne se mêler que de ses affaires,
la France a pour maxime d'Etat de se mêler de tout."
L'auteur
: Frédéric Valle est titulaire d'un DEA
en histoire militaire, Défense et sécurité,
et diplômé de l'IEP d'Aix-en-Provence. Il est
actuellement directeur de la communication de la mairie de
Port-Saint-Louis-du-Rhône. Cet article est la synthèse
de son mémoire de DEA.
La
France et le Royaume-Uni ont des positions semblables et opposées,
semblables car moyennes puissances nucléaires et européennes,
intégrées dans la Communauté économique
européenne et l'alliance américaine, elles subissent
de plein fouet la crise économique. Elles sont opposées
par leur choix politique ; les Britanniques préfèrent
une réponse ultra-libérale incarnée par
Margaret THATCHER, tandis que les Français en appellent
au socialiste François MITTERRAND. La période étudiée
correspond donc à l'arrivée au pouvoir de ces deux
personnages, respectivement en 1979 et 1981 jusqu'à l'effondrement
du "Mur de Berlin" confirmé par la dissolution
de l'URSS et le Traité de Minsk, en 1991.
Le
sujet de cet article se concentre sur l'influence de la doctrine
politique sur la direction militaire des deux pays, et uniquement
celle-ci, à l'exclusion des questions de politique de
Défense. Des éléments structurels et conjoncturels,
quels sont ceux qui ont une véritable influence quant
aux choix effectués ? La définition préalable
de ces éléments permettra de répondre à cette
question dans un second temps.
I- Les éléments
constitutifs
Ces éléments,
pour reprendre la célèbre
division marxiste, sont structurels et
conjoncturels.
I-1- Les facteurs structurels
Ces
facteurs sont géographiques, historiques et tiennent aussi
des obligations des deux pays envers des territoires extérieurs.
La
situation géographique implique pour la France et le Royaume-Uni,
malgré une proximité évidente, des rôles
différents. Face à l'URSS, le Royaume-Uni est sur
le flanc nord, la France sur le flanc sud. et la RFA (Allemagne
de l'Ouest) au centre. Ne nous attardons pas sur diverses influences
comme l'insularité ou des ressources économiques
différentes...
Vieilles nations,
vieilles puissances, les deux concurrents
sont sur le déclin. Les événements égyptiens
de 1956 ne laissent plus de doute quant
au nom des " deux maîtres du
monde ", ou plus sobrement sur la
bipolarisation extrême de la planète.
Alliés à l'OTAN, les deux
pays font face en 1979 à une période
de refroidissement des relations américano-soviétiques.
Malgré un
statut de second rang, chacun a des obligations
extérieures. Si Harold WILSON décide
de ne plus intervenir au delà du
canal de Suez, il conserve cependant des
territoires et des accords de défense
un peu partout dans le monde, du sultanat
de Brunei, en passant par Hong Kong, jusqu'aux îles
Malouines. La France possède aussi
des Départements et Territoires
d'outre-Mer sur l'ensemble de la planète.
Elle a surtout des accords de défense
très importants en Afrique saharienne
et subsaharienne. Elle se veut la protectrice
des intérêts occidentaux dans
cette région, non sans succès
puisque aucun de ces pays ne tombera sous
l'influence soviétique. Elle n'hésitera
pas à intervenir militairement comme
au Tchad. Cette politique de puissance
(volonté affichée de rivaliser
avec les Etats-Unis) nécessite pourtant
des moyens importants et cela s'en ressent
grandement sur l'état de ses forces.
I-2- Les
facteurs conjoncturels
Plusieurs
points ont une influence potentielle importante pour l'outil
militaire : économie, idéologie politique, politique
internationale ou encore nouvelle donne dans le domaine de la
défense.
Economie
: 2001, la France redoute un ralentissement avec un taux de croissance
inférieur à 3%. 1981 - 1989 : la France et le Royaume-Uni
prennent de plein fouet les conséquences des deux chocs
pétroliers et d'un essoufflement structurel de leurs économies
: inflation variant entre 10 et 25%, taux de chômage toujours
supérieur à 10% et taux de croissance parfois négatif
! Comment consacrer ses efforts à la défense dans
de telles conditions ?
Idéologies
: THATCHER et MITTERRAND, opposition de style comme d'idéologie.
La Dame de fer s'appuie sur un nationalisme et un populisme (" We
want our money back ") assumés pour faire passer
des réformes ultra-libérales drastiques : réduction
du nombre de fonctionnaire de 20%, Poll Tax, privatisation
du secteur public. Elle désire un état minimal
mais fort, une bureaucratie " effective and efficient ".
En France, quand la gauche unie arrive au pouvoir le 10 mai 1981,
elle fait peur à une partie de la population et aux alliés
occidentaux. On se souvient de phrases comme celle-ci " Celui
qui n'accepte pas la rupture avec l'ordre établi, avec
la société capitaliste, celui- là, je le
dis, ne peut être adhérent au parti socialiste ",
prononcée en 1971 par le futur Président de la
République. C'est surtout l'arrivée de quatre ministres
communistes qui effraie. Il modèrera ses propos avant
son accession et oubliera " le socialisme à la française " une
fois dans la place. De fait son approche économique est
très keynésienne(1).
Dans
le domaine de la Défense et de la question militaire,
quelle est la vision des deux protagonistes ? Aucun des deux
ne l'a clairement expliquée. Là encore, il faut
se méfier des lieux communs qui voudrait qu'un gouvernement
de droite soit militariste et celui de gauche plutôt enclin à sacrifier
les armées sur l'autel des mouvements sociaux. Rappelons
que pour le cas français, la gauche du XIXe siècle
se lance dans l'aventure coloniale. Quant à François
MITTERRAND, il n'hésitera pas à soutenir son homologue
britannique lors de la guerre des Malouines. Après avoir
envoyé le contingent en Algérie sous la IVe République,
il enverra les professionnels de l'armée française
au Liban et au Tchad. Les interventions musclées des services
secrets(2) ne cesseront pas
et sa position dans la crise des Euromissiles en 1983 n'est guère
pacifiste, pour le moins. Il s'est rallié dès 1978 à la
dissuasion nucléaire et lors de sa campagne électorale,
il s'engage à moderniser les forces françaises.
Sa réforme du service militaire reste très limitée
et consiste surtout à améliorer les conditions
de vie des appelés. Pour sa part, le Royaume-Uni est alors
dans une période délicate : il doit faire face à des
obligations financières inscrites dans le cadre de l'OTAN,
mais ne tenant pas compte de la crise pétrolière
de 1979. Dans le même temps il est amené à effectuer
des choix cruciaux dans le domaine de l'armement (renouvellement
des ses armes nucléaires stratégiques). Margaret
TAHTCHER doit faire face à ces deux enjeux.
La
politique internationale est un troisième facteur qui
influe directement sur l'état de l'outil militaire. Sur
la question de l'OTAN, les positions de deux pays demeurent identiques.
Face à l'URSS, la politique socialiste est très . gaullienne
: ministres communistes dans le gouvernement MAUROY, accueil
du Secrétaire Général GROMYKO en 1983, réactions
modérées quand le Boeing coréen sera abattu
par la chasse soviétique. Celle du gouvernement de sa
Majesté reste elle aussi sur une ligne traditionnelle.
Face au Tiers Monde, les relations des uns et des autres connaissent
des inflexions et des différences, Commonwealth d'un côté et
coopération de l'autre, volonté de démocratisation.
Les deux pays, par
contre, subissent plus qu'ils n'influencent
les relations entre les deux grands. Le
président REAGAN lance, en 1983,
contre " l'Empire du mal ", la " High
Frontier ", l'Initiative de Défense
Spatiale (IDS), qui réapparaît
aujourd'hui, renouvelée, avec Georges
W. BUSH. On qualifie cette période
de deuxième guerre froide. L'URSS,
quant à elle, s'enfonce dans l'immobilisme,
jusqu'à l'arrivée de Mikhaïl
GORBATCHEV. Ce nouvel interlocuteur amorce
des réformes profondes. Les résultats
seront mitigés : succès de
la politique extérieure mais efforts
infructueux en ce qui concerne les réformes
intérieures (politiques de perestroïka et
de glasnost).
Dernier
facteur, la donne militaire. Alors que les budgets sont consacrés à panser
les plaies des crises économiques, l'OTAN lance une nouvelle
stratégie militaire, très clausewitzienne, : " Air
Land Battle " et " FOFA ". Cette défense
en profondeur prend contre pied la France qui lance sa Force
d'Action Rapide (FAR) destinée à la bataille d'arrêt.
Pour le Royaume-Uni, ces plans militaires s'accompagnent d'un
volet financier impératif qui oblige les gouvernements à investir
un budget conséquent de 1979 à 1986/87.
A ce stade de la
réflexion, quelques remarques :
- leurs apparentes dissemblances sont surtout l'occasion de démontrer
que ces deux pays ont des points communs, qu'ils analysent et vivent de manière
différente (ennemis et alliés communs, obligations extérieures,
défense nucléaire de leur modèle de société (3))
;
- le début de la période est caractérisé par les
crises économiques, alors que la deuxième moitié sera
dominée par l'arrivée d'un réformateur à la tête
de l'URSS ;
- la continuité de la politique extérieure de la France et du
Royaume-Uni est remarquable. La France en particulier, n'hésitera pas à aller à l'encontre
des aspirations idéologiques majoritaires.
1.Rappelons que dans
le même temps le Président américain Ronald REAGAN,
malgré son goût pour le libéralisme, applique
une politique de relance par la dépense. dans le domaine de
l'armement. Rien de bien révolutionnaire donc dans l'attitude
de François MITTERRAND.[retour au texte]
2.Les
plus sceptiques se souviendront de l'affaire du Rainbow Warrior.[retour
au total]
3.Développé dans
le mémoire.[retour au texte]
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