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II) S'agissant de la MINUK proprement
dite, le général Millotat lui adresse essentiellement
quatre critiques.
Il déplore tout d'abord que
le représentant du secrétaire général
des Nations Unies au Kosovo ait conservé ses attributions
antérieures, après la formation du nouveau Gouvernement
autonome provisoire, mais il souligne aussi qu'il: "est
nécessaire que son action et celle de ses collaborateurs
se fassent beaucoup mieux sentir. Car, si tel n'est pas le cas,
le processus de développement politique et économique
du Kosovo, qui ne progresse déjà que très
lentement, ne pourra pas prendre son essor et toute tentative
d'occidentalisation des relations au Kosovo restera vaine. L'avenir
du Kosovo dépend donc aussi de sa capacité à s'intégrer,
de son charisme, de son dynamisme et de son savoir".
Les collaborateurs du "patron" de
la MINUK sont en outre sous le feu des critiques du Général
Millotat. "Il manque toujours à la MINUK, cette
classe moyenne que constituent les collaborateurs professionnels".
Les plus jeunes d'entre eux sont répartis entre deux catégories. "Ceux
qui débutent et pour qui l'engagement au sein de la MINUK
est une forme de volontariat" et ceux qualifiés "de
jeunes loups en mission, au service des nations unies et à la
recherche de postes intéressants et rémunérateurs,
menant une vie de nomade depuis des années".
"Le vide ainsi créé,
poursuit l'adjoint du général Valentin, a été comblé jusqu'ici
par le "réseau des anciens" officiers britanniques,
en retraite ou en congé. Ceux-ci interviennent en tant
que conseiller, en dehors des structures de direction de la MINUK
et en toute irresponsabilité pour ce qui concerne leur
action. Ils ont mis en place un réseau de renseignement
efficace, qui permet que s'exerce l'influence britannique sur
tout le Kosovo."Le Général Millotat estime
en outre incompréhensible le
fait que les autorités religieuses locales n'aient pas été impliquées
au processus en cours. "Elles ne sont concernées, ni en tant que
conseillers, ni en tant qu'intercesseurs au profit de l'engagement de la communauté internationale
au Kosovo. "Dans un tout autre domaine, il estime enfin que les salaires
versés par la MINUK et la KFOR risquent de déstabiliser à terme
les pratiques salariales locales et exposer les nouveaux policiers kosovars
aux dangers de la corruption.
III) La KFOR, elle-même n'échappe
pas aux critiques.
Le Général fustige
d'abord l'emploi de ses moyens. Il considère que si le
déploiement en surface de ceux-ci et les missions qui
leur étaient imparties se justifiaient dans un passé récent, "tant
qu'une menace subsistait à la frontière serbe",
il préconise que désormais la KFOR adopte une articulation
de ses moyens, privilégiant l'engagement opérationnel.
De nouvelles missions sont apparues pour la KFOR, écrit-il, "contrôle
de la frontière avec la Macédoine, contrôle
de la frontière avec l'Albanie et le Monténégro,
contrôle et coopération sur la frontière
serbe ainsi que des missions spécifiques dans le secteur
de Pristina". On comprend, par là, que le Général
remet en cause le fait, qu'actuellement 40% des moyens fournis
par les 38 nations présentes sur zone, soient affectés à des
missions statiques de garde de mosquées, d'églises
et autres installations. S'ajoutent à cela, poursuit le
Général, des missions de Police, qui auraient du être
transférées depuis longtemps à la Police
de la MINUK et au SPK ( service de Police du Kosovo ).
Un emploi des moyens mieux adapté aux
réalités permettrait sans doute de réduire
le volume des forces présentes au Kosovo.encore faudrait-il,
remarque l'intéressé, que le Pilier I de la MINUK
(1) ait une vraie consistance, car seule une force de police
kosovare nouvelle et compétente peut décharger
la KFOR de ses missions de Police.
L'organisation du soutien de la
KFOR n'est pas exempte de critiques. Ce soutien s'effectue actuellement à partir
de Skopje en Macédoine, pays où est d'ailleurs
stationné le PC arrière de la KFOR. Or la KFOR,
ne disposant d'aucun mandat dans ce pays, il serait plus adapté de
ré articuler ce soutien à partir d'une zone de
moindres risques potentiels. D'autres lignes de communication
vers le Kosovo, ont été activées à partir
du port de Durres sur l'Adriatique, en Albanie, où sont
par conséquent stationnés d'autres moyens de la
KFOR.Le Général Millotat évoque les études
en cours visant d'une part à basculer certaines voies
d'acheminement sur la Bulgarie et la Hongrie, et d'autre part à faire
de Pristina une zone aéroportuaire tout temps et à haut
débit.
En conclusion de son propos, le Général Millotat revient sur
ce qui lui semble essentiel dans l'immédiat : "Si le règlement
des problèmes au Kosovo devait se poursuivre au coup par coup, en dehors
de toute conception d'ensemble, alors se poserait tôt ou tard la question
du sens de l'engagement de la KFOR".
On ne peut qu'abonder dans le sens des propos du Général Millotat.
Le souci des militaires allemands d'inscrire leurs actions dans un contexte
clair est certes bien connu .Il demeure cependant que la communauté internationale
devrait avoir dégagé des enseignements de ses engagements antérieurs.
Il revient en effet au niveau politico-stratégique de placer les forces
dans les meilleurs conditions possibles, pour que les buts généraux
que définit cette communauté ne relèvent pas du domaine
du voux pieu et pour que les contingents mis en place sur des zones fragilisées
ne soient pas ressentis, à terme, par toutes les parties prenantes,
comme des forces d'occupation, qu'il convient d'évacuer au besoin par
la force..
On ne réécrit certes pas l'Histoire, mais les péripéties
vécues par l'auteur de cet article, au Liban, restent toujours vivaces à son
esprit !
(1) Pilier I = Police et Justice;
Pilier II = Administration Civile; Pilier III = Démocratisation
et mise en place des institutions ; Piler IV = Reconstruction
et développement économique.
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