Réflexions allemandes sur la MINUK et la KFOR

par Daniel ROUDEILLAC, général

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II) S'agissant de la MINUK proprement dite, le général Millotat lui adresse essentiellement quatre critiques.

Il déplore tout d'abord que le représentant du secrétaire général des Nations Unies au Kosovo ait conservé ses attributions antérieures, après la formation du nouveau Gouvernement autonome provisoire, mais il souligne aussi qu'il: "est nécessaire que son action et celle de ses collaborateurs se fassent beaucoup mieux sentir. Car, si tel n'est pas le cas, le processus de développement politique et économique du Kosovo, qui ne progresse déjà que très lentement, ne pourra pas prendre son essor et toute tentative d'occidentalisation des relations au Kosovo restera vaine. L'avenir du Kosovo dépend donc aussi de sa capacité à s'intégrer, de son charisme, de son dynamisme et de son savoir".

Les collaborateurs du "patron" de la MINUK sont en outre sous le feu des critiques du Général Millotat. "Il manque toujours à la MINUK, cette classe moyenne que constituent les collaborateurs professionnels". Les plus jeunes d'entre eux sont répartis entre deux catégories. "Ceux qui débutent et pour qui l'engagement au sein de la MINUK est une forme de volontariat" et ceux qualifiés "de jeunes loups en mission, au service des nations unies et à la recherche de postes intéressants et rémunérateurs, menant une vie de nomade depuis des années".

"Le vide ainsi créé, poursuit l'adjoint du général Valentin, a été comblé jusqu'ici par le "réseau des anciens" officiers britanniques, en retraite ou en congé. Ceux-ci interviennent en tant que conseiller, en dehors des structures de direction de la MINUK et en toute irresponsabilité pour ce qui concerne leur action. Ils ont mis en place un réseau de renseignement efficace, qui permet que s'exerce l'influence britannique sur tout le Kosovo."Le Général Millotat estime en outre incompréhensible le fait que les autorités religieuses locales n'aient pas été impliquées au processus en cours. "Elles ne sont concernées, ni en tant que conseillers, ni en tant qu'intercesseurs au profit de l'engagement de la communauté internationale au Kosovo. "Dans un tout autre domaine, il estime enfin que les salaires versés par la MINUK et la KFOR risquent de déstabiliser à terme les pratiques salariales locales et exposer les nouveaux policiers kosovars aux dangers de la corruption.

III) La KFOR, elle-même n'échappe pas aux critiques.

Le Général fustige d'abord l'emploi de ses moyens. Il considère que si le déploiement en surface de ceux-ci et les missions qui leur étaient imparties se justifiaient dans un passé récent, "tant qu'une menace subsistait à la frontière serbe", il préconise que désormais la KFOR adopte une articulation de ses moyens, privilégiant l'engagement opérationnel. De nouvelles missions sont apparues pour la KFOR, écrit-il, "contrôle de la frontière avec la Macédoine, contrôle de la frontière avec l'Albanie et le Monténégro, contrôle et coopération sur la frontière serbe ainsi que des missions spécifiques dans le secteur de Pristina". On comprend, par là, que le Général remet en cause le fait, qu'actuellement 40% des moyens fournis par les 38 nations présentes sur zone, soient affectés à des missions statiques de garde de mosquées, d'églises et autres installations. S'ajoutent à cela, poursuit le Général, des missions de Police, qui auraient du être transférées depuis longtemps à la Police de la MINUK et au SPK ( service de Police du Kosovo ).

Un emploi des moyens mieux adapté aux réalités permettrait sans doute de réduire le volume des forces présentes au Kosovo.encore faudrait-il, remarque l'intéressé, que le Pilier I de la MINUK (1) ait une vraie consistance, car seule une force de police kosovare nouvelle et compétente peut décharger la KFOR de ses missions de Police.

L'organisation du soutien de la KFOR n'est pas exempte de critiques. Ce soutien s'effectue actuellement à partir de Skopje en Macédoine, pays où est d'ailleurs stationné le PC arrière de la KFOR. Or la KFOR, ne disposant d'aucun mandat dans ce pays, il serait plus adapté de ré articuler ce soutien à partir d'une zone de moindres risques potentiels. D'autres lignes de communication vers le Kosovo, ont été activées à partir du port de Durres sur l'Adriatique, en Albanie, où sont par conséquent stationnés d'autres moyens de la KFOR.Le Général Millotat évoque les études en cours visant d'une part à basculer certaines voies d'acheminement sur la Bulgarie et la Hongrie, et d'autre part à faire de Pristina une zone aéroportuaire tout temps et à haut débit.


En conclusion de son propos, le Général Millotat revient sur ce qui lui semble essentiel dans l'immédiat : "Si le règlement des problèmes au Kosovo devait se poursuivre au coup par coup, en dehors de toute conception d'ensemble, alors se poserait tôt ou tard la question du sens de l'engagement de la KFOR".
On ne peut qu'abonder dans le sens des propos du Général Millotat. Le souci des militaires allemands d'inscrire leurs actions dans un contexte clair est certes bien connu .Il demeure cependant que la communauté internationale devrait avoir dégagé des enseignements de ses engagements antérieurs. Il revient en effet au niveau politico-stratégique de placer les forces dans les meilleurs conditions possibles, pour que les buts généraux que définit cette communauté ne relèvent pas du domaine du voux pieu et pour que les contingents mis en place sur des zones fragilisées ne soient pas ressentis, à terme, par toutes les parties prenantes, comme des forces d'occupation, qu'il convient d'évacuer au besoin par la force..
On ne réécrit certes pas l'Histoire, mais les péripéties vécues par l'auteur de cet article, au Liban, restent toujours vivaces à son esprit !

(1) Pilier I = Police et Justice; Pilier II = Administration Civile; Pilier III = Démocratisation et mise en place des institutions ; Piler IV = Reconstruction et développement économique.

 

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