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Le Général allemand
Christian Millotat fut, dans un passé récent, au
cour d'une controverse, comme les affectionnent tant nos amis
germaniques. Il commandait alors, comme général
de Brigade, la Führungsakademie de Hambourg, qui est à la
Bundeswehr, ce que le Collège interarmées de défense
de Paris est à l'armée française. On lui
avait reproché d'avoir écrit que la formation des
officiers d'Etat-Major devait naturellement être adaptée
aux exigences du temps, mais qu'elle devait aussi s'inscrire
dans la grande tradition allemande de formation des officiers,
appelés à exercer de hautes responsabilités.
Promu Général de Division, Christian Millotat est
actuellement général adjoint au Commandant de la
KFOR, le général de Corps d'Armée, français,
Marcel Valentin.
C'est es qualité, qu'il porte
un jugement critique sur la KFOR et la MINUK, ce qui somme toute
n'est pas des plus courant.
Il serait vain cependant de rechercher
dans ses critiques des attaques ad nominem dirigées contre
les alliés, et ce d'autant plus que l'Allemagne a toujours été très
impliquée dans le règlement du dossier Kosovar.
On se souvient que le Général
Reinhardt fut un prédécesseur du Général
Valentin, qui a succédé lui-même au général
norvégien Thorstein Skiaker, et on garde en mémoire
que c'est un diplomate allemand, Michael Steiner, qui est actuellement
le représentant au Kosovo du Secrétaire Général
de l'ONU, après le danois Hans Haekkerup et le français
Bernard Kouchner.
L'analyse critique du Général
Millotat est d'autant plus intéressante, que celui-ci
est destiné, à très court terme, à exercer
les fonctions d'adjoint au général commandant le
II° Corps d'armée multinational germano-américain
de ULM. Le II° Corps occupera en effet une place à part
dans le futur dispositif de défense allemand, puisque
c'est à lui que seront confiées :
La conduite des opérations interarmées, dites de PETERSBERG et
placées sous la responsabilité de l'Union Européenne,
Le commandement des grandes unités multinationales, mises à disposition,
dans le cadre de la défense collective de l'OTAN,
La planification haut le pied pour la préparation et la conduite des
exercices de l'OTAN et de l'UE, ou de ceux du "Programme de partenariat
pour la Paix".
Mais quelles critiques formule donc
le général Millotat, quand il s'exprime, en Mai
2002, dans la Revue " EUROPÄISCHE SICHERHEIT " ?
I) La principale critique formulée
porte sur l'absence de prise de position claire de la communauté internationale,
sur la finalité politique et militaire de son engagement
au Kosovo . Il manque à la MINUK et à la KFOR,
dit le Général, un concept englobant les aspects
politiques, économiques et militaires, et fixant les étapes
politico-stratégiques à franchir, pour que le Kosovo
puisse durablement accéder, dans la sécurité, à un
véritable statut démocratique, fondé sur
une situation économique assainie.
Le Général Millotat
ne méconnaît pas pour autant l'importance des documents
qui existent, c'est à dire, "la résolution
1244" du 10 Juin 1999 des Nations Unies, "l'accord
technique militaire" de la même année, "les
dispositions constitutionnelles relatives au Gouvernement autonome
provisoire du Kosovo", en date du 15 mai 2001, ainsi que
le "Document mixte MINUK- RFY", qui a vu le jour
après de difficiles négociations et qui est entré en
application le 5 novembre 2001. Il déplore cependant,
tout en en comprenant les raisons, que ces textes n' apportent
aucun élément de réponse aux questions de
savoir pendant combien de temps la MINUK, et donc la KFOR devront
accompagner le processus politique et économique en cours
au Kosovo, après la formation du gouvernement autonome
provisoire, et comment doivent évoluer ainsi les relations
de la MINUK avec cette nouvelle administration autonome.
S'il appelle de ses voeux la rédaction
d'un document clair à l'usage de la KFOR, le général
Millotat ne se méprend pas cependant sur la difficulté d'y
parvenir. Ce sont à la fois en effet, écrit-il,
des raisons techniques et politiques qui s'opposent à une
clarification du contexte de l'action des forces. Un outil statistique
fait certes, actuellement défaut au Kosovo, mais ce sont
surtout les positions respectives actuellement peu compatibles
entre elles des albano-kosovars et des serbo-kosovars, qui font
obstacle à la définition d'objectifs clairs pour
la KFOR. Les représentants des premiers s'expriment en
faveur de l'indépendance du Kosovo et la rédaction
d'une constitution, tandis que les représentants des seconds "offrent
la coéxistence aux albano-Kosovars", sans prendre
position sur la façon dont ils se comporteront à Mitrovica,
pour régler les tensions locales. Les dernières
déclarations du Docteur Covic sont certes encourageantes,
puisqu'il a prononcé des mots très durs contre
les faucons du clan serbe, qui font obstacle en permanence au
processus en cours, et qu'il a déclaré que les
députés serbes du Parlement du Kosovo avaient l'intention
de travailler de façon constructive avec la communauté internationale.
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