Réflexions allemandes sur la MINUK et la KFOR

par Daniel ROUDEILLAC, général

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Le Général allemand Christian Millotat fut, dans un passé récent, au cour d'une controverse, comme les affectionnent tant nos amis germaniques. Il commandait alors, comme général de Brigade, la Führungsakademie de Hambourg, qui est à la Bundeswehr, ce que le Collège interarmées de défense de Paris est à l'armée française. On lui avait reproché d'avoir écrit que la formation des officiers d'Etat-Major devait naturellement être adaptée aux exigences du temps, mais qu'elle devait aussi s'inscrire dans la grande tradition allemande de formation des officiers, appelés à exercer de hautes responsabilités. Promu Général de Division, Christian Millotat est actuellement général adjoint au Commandant de la KFOR, le général de Corps d'Armée, français, Marcel Valentin.

C'est es qualité, qu'il porte un jugement critique sur la KFOR et la MINUK, ce qui somme toute n'est pas des plus courant.

Il serait vain cependant de rechercher dans ses critiques des attaques ad nominem dirigées contre les alliés, et ce d'autant plus que l'Allemagne a toujours été très impliquée dans le règlement du dossier Kosovar.

On se souvient que le Général Reinhardt fut un prédécesseur du Général Valentin, qui a succédé lui-même au général norvégien Thorstein Skiaker, et on garde en mémoire que c'est un diplomate allemand, Michael Steiner, qui est actuellement le représentant au Kosovo du Secrétaire Général de l'ONU, après le danois Hans Haekkerup et le français Bernard Kouchner.

L'analyse critique du Général Millotat est d'autant plus intéressante, que celui-ci est destiné, à très court terme, à exercer les fonctions d'adjoint au général commandant le II° Corps d'armée multinational germano-américain de ULM. Le II° Corps occupera en effet une place à part dans le futur dispositif de défense allemand, puisque c'est à lui que seront confiées :
La conduite des opérations interarmées, dites de PETERSBERG et placées sous la responsabilité de l'Union Européenne,
Le commandement des grandes unités multinationales, mises à disposition, dans le cadre de la défense collective de l'OTAN,
La planification haut le pied pour la préparation et la conduite des exercices de l'OTAN et de l'UE, ou de ceux du "Programme de partenariat pour la Paix".

Mais quelles critiques formule donc le général Millotat, quand il s'exprime, en Mai 2002, dans la Revue " EUROPÄISCHE SICHERHEIT " ?

I) La principale critique formulée porte sur l'absence de prise de position claire de la communauté internationale, sur la finalité politique et militaire de son engagement au Kosovo . Il manque à la MINUK et à la KFOR, dit le Général, un concept englobant les aspects politiques, économiques et militaires, et fixant les étapes politico-stratégiques à franchir, pour que le Kosovo puisse durablement accéder, dans la sécurité, à un véritable statut démocratique, fondé sur une situation économique assainie.

Le Général Millotat ne méconnaît pas pour autant l'importance des documents qui existent, c'est à dire, "la résolution 1244" du 10 Juin 1999 des Nations Unies, "l'accord technique militaire" de la même année, "les dispositions constitutionnelles relatives au Gouvernement autonome provisoire du Kosovo", en date du 15 mai 2001, ainsi que le "Document mixte MINUK- RFY", qui a vu le jour après de difficiles négociations et qui est entré en application le 5 novembre 2001. Il déplore cependant, tout en en comprenant les raisons, que ces textes n' apportent aucun élément de réponse aux questions de savoir pendant combien de temps la MINUK, et donc la KFOR devront accompagner le processus politique et économique en cours au Kosovo, après la formation du gouvernement autonome provisoire, et comment doivent évoluer ainsi les relations de la MINUK avec cette nouvelle administration autonome.

S'il appelle de ses voeux la rédaction d'un document clair à l'usage de la KFOR, le général Millotat ne se méprend pas cependant sur la difficulté d'y parvenir. Ce sont à la fois en effet, écrit-il, des raisons techniques et politiques qui s'opposent à une clarification du contexte de l'action des forces. Un outil statistique fait certes, actuellement défaut au Kosovo, mais ce sont surtout les positions respectives actuellement peu compatibles entre elles des albano-kosovars et des serbo-kosovars, qui font obstacle à la définition d'objectifs clairs pour la KFOR. Les représentants des premiers s'expriment en faveur de l'indépendance du Kosovo et la rédaction d'une constitution, tandis que les représentants des seconds "offrent la coéxistence aux albano-Kosovars", sans prendre position sur la façon dont ils se comporteront à Mitrovica, pour régler les tensions locales. Les dernières déclarations du Docteur Covic sont certes encourageantes, puisqu'il a prononcé des mots très durs contre les faucons du clan serbe, qui font obstacle en permanence au processus en cours, et qu'il a déclaré que les députés serbes du Parlement du Kosovo avaient l'intention de travailler de façon constructive avec la communauté internationale.

 

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