Les troupes d'élite de la Bundesweh
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par Daniel ROUDEILLAC, général

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En obtenant du Bundestag que la Bundeswehr puisse s'engager en opération, hors d'Europe, dans des missions autres que de maintien ou de rétablissement de la Paix, le chancelier Schröder a définitivement placé l'Allemagne au même rang "militaire" que ses alliés de l'OTAN. L'engagement américain en Afghanistan, au titre de la lutte contre le terrorisme islamique, aura donc eu notamment pour conséquence d'accélérer le retour de la Bundeswehr à la pleine "normalité". Parmi les 3.900 hommes que Berlin va envoyer sur zone, les observateurs auront noté la présence d'une centaine de soldats appartenant au Groupement des Forces Spéciales de la Bundeswehr. KSK). La presse internationale va se faire ainsi l'écho des actions conduites par les troupes d'élite de la Bundeswehr, au sein de laquelle les Brigades aéroportées (LLB) et la Division des opérations spéciales (DSO) occupent une place, désormais en vue.

D'où viennent ces hommes ? Qui sont-ils ? Quelles sont leurs missions ? Comment les choisit-on ? Quelle formation reçoivent-ils ? Quelle position occupent-ils au sein de la nouvelle Bundeswehr en cours de réorganisation ?

Le Groupement des Forces Spéciales de la Bundeswehr (KSK)


Une mise sur pied tardive et à peine remarquée :

La nécessité de disposer de forces spéciales est apparue clairement en Allemagne en 1994, à l'occasion de la libération, effectuée par d'autres, des collaborateurs de la Radio "Deutsche Welle", retenus à KIGALI. Les premiers travaux de planification remontaient cependant bien avant cet événement et le journal "Die Welt" en avait fait état à l'aube de l'année 1995. Il annonçait notamment : "Loin des feux de la rampe, faisant l'objet de travaux préparatoires depuis des années, le Groupement des Forces Spéciales (KSK) de la Bundeswehr va être créé."
C'est l'ancien ministre CDU de la Défense, Volker Rühe, spécialiste par ailleurs des services secrets allemands, qui a annoncé la création du Groupement, le 15 mars 1995. Ses premières directives ont été entérinées par le cabinet fédéral en juin de la même année. Les personnels initialement affectés au Groupement, à CALW en Forêt Noire, provenaient des compagnies de recherche profonde n° 100 et 300.

Le Groupement est officiellement créé le 20 septembre 1996. Il fait ses premiers pas en public à MENDIG et BAUMHOLDER, le 12 septembre 1997, à l'occasion de l'exercice "Schneller Adler". Les Verts et les courants anti-militaristes d'outre-Rhin font alors connaître leur opposition à la création de cette formation, mais l'opinion publique dans son ensemble, comprend la nécessité pour l'Allemagne de disposer de forces adaptées au nouveau rôle que la communauté internationale entend lui faire jouer, compte tenu des changements intervenus depuis la chute du mur en matière de politique de sécurité et de défense.

Le 15 juin 1998, les hommes du Groupement vont avoir leur baptême du feu en BOSNIE. Ils interviennent en liaison avec les soldats français au sud-est du pays et parviennent à arrêter Milorad Knrojelae, criminel de guerre recherché pour avoir commandé un camp de prisonniers. Les soldats allemands ont été appuyés à cette occasion par les forces régulières allemandes et françaises de la SFOR. Le ministre Rühe faisant part de sa satisfaction a parlé de "performances tout à fait convaincantes", mais aucun rapport de mission n'a été publié.

On retrouve la KSK à OLPENITZ, le 23 septembre 1998, lors de l' exercice d'évacuation de ressortissants, baptisé "Schneller Seewolf". Selon des informations non confirmées, 120 hommes du Groupement séjourneraient en Macédoine, pour être en mesure d'évacuer le pilote de Tornado allemand, qui serait abattu ou se "cracherait" en zone de combat.

Avec le Groupement des Forces Spéciales (KSK), l'Allemagne est donc enfin en mesure de mener des opérations, qu'elle ne pouvait se permettre d'effectuer faute de moyens adaptés. La montée en puissance du Groupement n'est pas encore achevée. Mais que demande-t-on exactement à ces forces, placées aux ordres du général Reinhard Günzel ?

Des missions à caractère militaire :

Quel que soit le caractère confidentiel des missions imparties au Groupement des Forces Spéciales (KSK) de la Bundeswehr, celles-ci- s'inscrivent au chapitre des savoir-faire militaires. Il s'agit en effet pour le Groupement :

  • D'observer et de se renseigner sur les objectifs militaires importants situés en zone de crise ou de conflit, en vue de recueillir les informations clés sur l'adversaire,
  • De mener le combat contre les objectifs désignés, prioritairement en territoire adverse et/ou occupé par l'ennemi,
  • D'assurer la protection des forces et des installations amies, en zone de crise et de conflit, y compris contre les menaces terroristes,
  • De sauver, libérer, évacuer les personnes sous menaces terroristes ou retenues en zone des combat,
  • De guider les feux dans la profondeur, en coopération avec les autres armées.

Pour accomplir ces missions, les 1.000 hommes du Groupement, officiers et sous-officiers sont sélectionnés dans l'ensemble de la Bundeswehr et disposent de soutien spécialisés et diversifiés.

Une articulation souple :

Les éléments opérationnels du Groupement des Forces Spéciales (KSK) de la Bundeswehr sont articulés en une compagnie de recherche dans la profondeur et quatre compagnies commando. Les deux dernières compagnies ayant vu le jour en 1998.

La compagnie de recherche compte 100 hommes sur ses rangs et dispose de deux sections. La première assure le soutien des sections commandos en opération, tandis que la deuxième section peut agir seule.

Les quatre compagnies Commando forment le noyau dur du Groupement. Chaque compagnie regroupe environ 80 hommes et est articulée en une section de commandement et quatre sections Commando. Les sections commandos peuvent être, elles-mêmes, articulées à la demande en fonction des spécialités et des missions. La cellule de base est composée de quatre équipiers polyvalents, renforcés par des spécialistes, armement, explosifs, transmissions, santé et langues étrangères. La plus grande souplesse caractérise l'affectation des personnels entre les différentes équipes, suivant les spécialités. Il n'en demeure pas moins que les sections reçoivent une formation spécialisée . La première est plus particulièrement apte aux infiltrations à terre. La seconde est formée pour la pénétration par la troisième dimension. La troisième est orientée sur les opérations amphibies, tandis que la quatrième est spécialisé dans le combat en terrain difficile, sous conditions climatiques extrêmes.

Le Groupement des Forces Spéciales (KSK) dispose depuis 1996 d'un Centre d'instruction et d'expérimentation (AVZ) , qui participe à la sélection et à la formation commando des personnels. Une section spéciale du Génie y est affectée.

On compte 150 appelés spécialement choisis sur les 1.000 hommes du Groupement. Ceux-ci sont affectés exclusivement dans les services et à l'Etat-Major . La Compagnie de Quartier Général et de Transmissions regroupe ces personnels. Elle dispose d'une section de quartier général et de trois sections de Transmissions. Le domaine des soutiens englobe l'entretien des parachutes et des élingues, les transports de toute nature, le ravitaillement par air, la mise en ouvre d'une antenne médicale aéromobile, l'entretien des véhicules et l'établissement des liaisons transmissions.

Des personnels hautement qualifiés :

Les officiers (moins de 30 ans) et les Sous-Officiers (moins de 28 ans pour les subalternes et moins de 32 ans pour les supérieurs), qui rejoignent, pour un minimum de six ans les rangs du Groupement des Forces Spéciales (KSK) de la Bundeswehr sont issus des trois armées.

Leur sélection et leur formation diffèrent peu de celles qui prévalent dans toutes les armées du monde, qui disposent de telles unités. La sélection, qui dure près de trois mois, alterne des tests d'évaluation psychologique (à STUTTGART), étalés sur plusieurs jours et physique d'une durée de 10 jours. La sélection s'achève par un stage de survie au combat adapté aux forces spéciales. Ce stage se déroule à PFULLENDORF, sur les bords du lac de CONSTANCE, au sein de "l'Ecole du renseignement de l'OTAN". A l'issue des trois mois, les candidats retenus rejoignent alors le Groupement, où ils vont poursuivre leur formation pendant trois ans.

La formation Commando se déroule à CALW, sous la responsabilité du centre d'instruction et d'expérimentation du Groupement, mais également dans les écoles d'arme de l'armée de terre, et dans certaines unités des forces spéciales, en Allemagne et à l'étranger (pour l'essentiel US et Britannique). La formation se déroule en trois phases.

La formation de base N°1 dure 3 mois, la formation de base n°2 dure 9 mois. Ces deux phases, qui sont elles-mêmes des composantes de la formation des officiers de l'armée de terre, se déroulent à HAMMELBURG et ALTENSTADT, à l'Ecole des Troupes aéroportées.

La Formation collective constitue la troisième phase. Elle se déroule, au sein du Groupement, à l'échelon du Groupe, de la Section et de la Compagnie Commando. Les spécialistes Montagne sont formés à MITTENWALD, tandis que les spécialistes Transmissions le sont à FELDAFING. Des exercices d'entraînement se font en liaison avec le GSG9 du Bundesgrenzschutz, les bérets verts des US special forces, les SAS britanniques et les US navy seals. Les commandos pratiquent la dérive sous voile ainsi que la chute à très haute altitude.

L'entraînement met en oeuvre des équipements standards et spécialisés (véhicules avec plate-forme d'armes, engins neige, canaux de franchissement, appareils de vision nocturne, GPS, armes de précision, dont le célèbre G22, des postes HF-VHF, des appareils de transmissions par satellite et des laptops). L'équipement global peut peser jusqu'à 50 kilos. Les hommes sont également formés à la manoeuvre avec les appareils de l'ALAT.

 

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