La réorganisation de la Bundesweh
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par Daniel ROUDEILLAC, général

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Quantitativement, la Bundeswehr du temps de Paix ne se démarque pas considérablement de l'armée française, compte tenu en particulier du différentiel démographique existant. On sent néanmoins chez les responsables de la Bundeswehr la volonté de ne pas tout sacrifier à la modularité, et à la souplesse, au détriment des "gros bataillons" de la guerre froide. Les notions de mobilisation et de montée en puissance des forces restent d'actualité, plus, semble-t-il que dans les bureaux parisiens. L'armée de terre allemande demeure l'outil privilégié de la défense du territoire, alors que tout indique qu'en France les responsables politiques tablent plus sur la gendarmerie. qui n'existe pas au delà du Rhin . Les choix opérés à cet égard en Allemagne viennent donc contredire ceux qui pensaient que l'affirmation de la souveraineté nationale pouvait sinon se passer de l'outil militaire du moins en marginaliser le rôle. Berlin restera donc en mesure d'exprimer militairement ses ambitions au sein d'une coalition, et d'y occuper numériquement la première place si ses intérêts politiques le commandent.

Qualitativement, les choses se compliquent. La Bundeswehr reste une armée de conscription, et l'Allemagne a pu reprocher à la France de ne pas l'avoir consultée, quand elle a pris la décision de professionnaliser ses forces et de mettre en suspens la conscription. L'Allemagne, fraîchement réunifiée, pouvait-elle politiquement se permettre un retour à la Reichswehr, cette armée de métier de 100.000 hommes qui fut en fait une armée de cadres ? Poser la question, c'est y répondre. Il reste à savoir si le maintien proclamé du contingent ne relève pas de l'incantation quand on met bout à bout les perspectives démographiques peu réjouissantes et les insuffisances connues d'un service militaire fractionné à 9 mois. Certaines voix se font déjà entendre en Allemagne pour réclamer sur le tard les "dividendes de la Paix" . Sera-t-il dès lors possible de maintenir à la hauteur prévue le nombre des postes budgétaires votés, tout en cherchant à porter à 30% la part faite aux investissements dans le budget de la défense. La cohabitation de professionnels français avec les appelés allemands ne devrait pas poser de problèmes majeurs, en ce sens que les mesures d'incitation que déploie la Bundeswehr, pour inciter les appelés à opter pour un service long, feront que cohabitent en fait des gens de qualification très proche.

Le législateur allemand s'est fixé en effet pour objectif d'améliorer les incitations à servir dans les armées. Il entend également diminuer les coûts de fonctionnement et rationaliser le soutien des forces. Le législateur français s'y emploie également, mais les moyens financiers ne sont pas les mêmes et le contexte socioprofessionnel de ce côté ci du Rhin, lui interdit de développer le vaste programme de coopération qu'initie la Bundeswehr avec les entreprises, l'artisanat, les chambres des métiers et les syndicats. Le système mis en place par l'Allemagne porte cependant en germe quelques rigidités dans l'exercice du soutien et il n'est donc pas vain de s'interroger sur les difficultés prévisibles au sein d'un contingent mixte, en situation de crise grave.

Le Président de la République vient de rappeler à Bruxelles la place première que joue toujours la dissuasion nucléaire dans la politique de défense de la France, et même si l'arsenal nucléaire français a été revu à la baisse, les moyens existent, en national. L'Allemagne pour sa part persiste à s'en remettre à cet égard à l'OTAN. Elle fait donc, au passage l'économie du nucléaire, et souscrit de plein gré une police d'assurance auprès du courtier américain. Rien n'est ainsi changé en la matière, par rapport à la guerre froide et on comprend mieux dès lors pourquoi, la Bundeswehr se doit d'être d'abord compatible avec l'OTAN, avant que de l'être avec son voisin français. En conservant les niveaux du Corps d'armées et des divisions, la Bundeswehr demeure intégrée dans les structures de l'OTAN, au sein desquelles elle s'assure ainsi de pouvoir jouer un rôle majeur, comme elle le fait au sein de la future force d'intervention européenne, au profit de laquelle elle s'engage à fournir le plus fort des contingents. Le fait que la France assure pour un an le commandement des 40.000 hommes de l'OTAN engagés dans les Balkans ne change rien à la philosophie générale de l'affaire.

Une nouvelle Bundeswehr voit donc ainsi le jour. La France ne peut que se féliciter de la détermination de son voisin à prendre sa part dans la défense de l'Europe. Elle ne doit pas se méprendre pour autant sur les ambitions de l'Allemagne, qui entend bien répondre à l'invitation que lui lance l'Amérique, de jouer sur le vieux continent le rôle de leader.

 

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