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Quantitativement,
la Bundeswehr du temps de Paix ne se démarque pas considérablement
de l'armée française, compte tenu en particulier
du différentiel démographique existant. On sent
néanmoins chez les responsables de la Bundeswehr la volonté de
ne pas tout sacrifier à la modularité, et à la
souplesse, au détriment des "gros bataillons" de
la guerre froide. Les notions de mobilisation et de montée
en puissance des forces restent d'actualité, plus, semble-t-il
que dans les bureaux parisiens. L'armée de terre allemande
demeure l'outil privilégié de la défense
du territoire, alors que tout indique qu'en France les responsables
politiques tablent plus sur la gendarmerie. qui n'existe pas
au delà du Rhin . Les choix opérés à cet égard
en Allemagne viennent donc contredire ceux qui pensaient que
l'affirmation de la souveraineté nationale pouvait sinon
se passer de l'outil militaire du moins en marginaliser le rôle.
Berlin restera donc en mesure d'exprimer militairement ses ambitions
au sein d'une coalition, et d'y occuper numériquement
la première place si ses intérêts politiques
le commandent.
Qualitativement,
les choses se compliquent. La Bundeswehr reste une armée
de conscription, et l'Allemagne a pu reprocher à la France
de ne pas l'avoir consultée, quand elle a pris la décision
de professionnaliser ses forces et de mettre en suspens la conscription.
L'Allemagne, fraîchement réunifiée, pouvait-elle
politiquement se permettre un retour à la Reichswehr, cette
armée de métier de 100.000 hommes qui fut en fait
une armée de cadres ? Poser la question, c'est y répondre.
Il reste à savoir si le maintien proclamé du contingent
ne relève pas de l'incantation quand on met bout à bout
les perspectives démographiques peu réjouissantes
et les insuffisances connues d'un service militaire fractionné à 9
mois. Certaines voix se font déjà entendre en Allemagne
pour réclamer sur le tard les "dividendes de la Paix" .
Sera-t-il dès lors possible de maintenir à la hauteur
prévue le nombre des postes budgétaires votés,
tout en cherchant à porter à 30% la part faite aux
investissements dans le budget de la défense. La cohabitation
de professionnels français avec les appelés allemands
ne devrait pas poser de problèmes majeurs, en ce sens que
les mesures d'incitation que déploie la Bundeswehr, pour
inciter les appelés à opter pour un service long,
feront que cohabitent en fait des gens de qualification très
proche.
Le
législateur allemand s'est fixé en effet pour objectif
d'améliorer les incitations à servir dans les armées.
Il entend également diminuer les coûts de fonctionnement
et rationaliser le soutien des forces. Le législateur
français s'y emploie également, mais les moyens
financiers ne sont pas les mêmes et le contexte socioprofessionnel
de ce côté ci du Rhin, lui interdit de développer
le vaste programme de coopération qu'initie la Bundeswehr
avec les entreprises, l'artisanat, les chambres des métiers
et les syndicats. Le système mis en place par l'Allemagne
porte cependant en germe quelques rigidités dans l'exercice
du soutien et il n'est donc pas vain de s'interroger sur les
difficultés prévisibles au sein d'un contingent
mixte, en situation de crise grave.
Le
Président de la République vient de rappeler à Bruxelles
la place première que joue toujours la dissuasion nucléaire
dans la politique de défense de la France, et même
si l'arsenal nucléaire français a été revu à la
baisse, les moyens existent, en national. L'Allemagne pour sa
part persiste à s'en remettre à cet égard à l'OTAN.
Elle fait donc, au passage l'économie du nucléaire,
et souscrit de plein gré une police d'assurance auprès
du courtier américain. Rien n'est ainsi changé en
la matière, par rapport à la guerre froide et on
comprend mieux dès lors pourquoi, la Bundeswehr se doit
d'être d'abord compatible avec l'OTAN, avant que de l'être
avec son voisin français. En conservant les niveaux du
Corps d'armées et des divisions, la Bundeswehr demeure
intégrée dans les structures de l'OTAN, au sein
desquelles elle s'assure ainsi de pouvoir jouer un rôle
majeur, comme elle le fait au sein de la future force d'intervention
européenne, au profit de laquelle elle s'engage à fournir
le plus fort des contingents. Le fait que la France assure pour
un an le commandement des 40.000 hommes de l'OTAN engagés
dans les Balkans ne change rien à la philosophie générale
de l'affaire.
Une
nouvelle Bundeswehr voit donc ainsi le jour. La France ne peut
que se féliciter de la détermination de son voisin à prendre
sa part dans la défense de l'Europe. Elle ne doit pas
se méprendre pour autant sur les ambitions de l'Allemagne,
qui entend bien répondre à l'invitation que lui
lance l'Amérique, de jouer sur le vieux continent le rôle
de leader.
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