La réorganisation de la Bundesweh
r
par Daniel ROUDEILLAC, général

page 1 - page 2 - page 3 - page 4 - page 5 - page 6

 

De sérieux déficits

Un rapport du ministère de la défense en date du 3 mai 1999 avait fait ressortir les déficits et les insuffisances de capacités.
Ce rapport soulignait ainsi la trop grande faiblesse quantitative et qualitative des moyens humains et matériels ayant vocation à la recherche du renseignement stratégique, aux transports stratégiques et opératifs, aux communications à longue distance. Il rappellait l'absence de munitions de précision pouvant être tirées à distance, l'insuffisance des moyens de guerre électronique, l'absence de systèmes performants pour les opérations de sauvetage aériennes. Mais ce que soulignait surtout ce rapport, sans le dire trop crûment c'est avant tout l'incapacité de la Bundeswehr à tenir le rang qu'elle entend occuper désormais au sein des structures de commandement de l'OTAN et de l'Europe de la défense et son incapacité à soutenir les autorités gouvernementales dans leurs responsabilités nouvelles de commandement national.
La refondation des armées va donc consister en d'autres termes à doter le pays, à moindre coût, sans revenir sur la conscription, d'un outil de défense adapté aux nouvelles ambitions allemandes, qui ne manqueront pas de s'exprimer dans un cadre collectif, au travers d'un panel de missions élargies. Tout en reconnaissant les vertus de la modularité et de la souplesse en matière de défense, l'Allemagne va rester attachée cependant à la vertu du nombre et va préserver jalousement dans cette logique, ses capacités de montée en puissance. Loin d'être l'outil d'une ambition hégémonique dépassée, la Bundeswehr du futur doit toutefois permettre en effet de jouer ce rôle de leader dans l'Europe de la Défense, que lui ont reconnu les Etats-Unis d'Amérique.

La France se doit d'être consciente de cette normalité retrouvée allemande, elle doit en comprendre l'expression militaire et en admettre la finalité, qui ne doit pas tromper.

Les grandes innovations

Cinq nouveaux organismes voient le jour au sein du ministère de la défense. Ils sont destinés à renforcer les moyens mis à la disposition du "détenteur du commandement", qu'est le ministre de la défense en Allemagne, pour mieux apprécier les modalités d'engagement de la Bundeswehr et pour accroître le rendement et l'efficacité de l'outil de défense.
Deux conseils sont ainsi créés. Placés sous la présidence du général Inspecteur général de la Bundeswehr, le général KUJAT, ces instances sont chargées, en ce qui concerne le "conseil opérationnel", d'aider le ministre à préparer, planifier et conduire les interventions de la Bundeswehr, et pour ce qui concerne le "conseil de l'armement", à conduire la planification des programmes et à préparer les décisions du ministre en la matière. Un Etat-Major de contrôle, situé à la même hauteur que le "Planungstab", va aider directement le ministre à réaliser et à piloter les grands projets au niveau central. Un Directeur des technologies de l'information est en outre mis en place pour apporter plus de cohérence, plus d'homogénéité et de rentabilité dans la gestion des moyens matériels et humains d'Information de la Bundeswehr. On peut s'attendre par ailleurs à ce que ce Directeur donne les impulsions nécessaires pour que soient prises, à l'instar de ce qui se passe au sein des armées US, les premières décisions concrètes en matière de lutte contre la "guerre informatique". Le Ministre est enfin assisté par le tout nouvel Inspecteur des "Bases interarmées de soutien", qui devra pouvoir rendre compte des mesures prises pour améliorer la gestion globale du "système Bundeswehr".

Au niveau de la Bundeswehr dans son ensemble, la création des " bases interarmées de soutien " constitue l'acte novateur essentiel. Les " bases interarmées de soutien ", sont en fait des forces interarmées de soutien général, placées aux ordres d'un général Inspecteur, comme le sont les trois autres composantes des forces. Elles regroupent des personnels en provenance des trois autres armées et du service de santé et ont pour vocation de fournir des prestations de services très diverses pour l'ensemble des armées. La réforme supprime le distinguo, fait jusqu'ici entre les "forces d'action rapide" et les "forces de défense principale".On parle désormais des "forces d'intervention", d'un volume de 150.000 hommes et femmes et de "l'organisation militaire de base", qui assurera avec un effectif de 108.000 personnes en tenue, le commandement national, le soutien logistique, et le soutien santé, l'instruction militaire centralisée, ainsi que la montée en puissance des forces, pour parvenir, à la mobilisation, aux effectifs nécessaires à la défense du territoire national. 22.000 postes supplémentaires seront consacrés à la qualification civile des militaires de carrière, si bien qu'au total l'effectif en tenue de la Bundeswehr sera de 280.000 postes budgétaires, aux quels s'ajouteront 2.000 postes de Réservistes en période.

 

page 1 - page 2 - page 3 - page 4 - page 5 - page 6

© 1997-2008
Conflits & Stratégie
Tous droits réservés