La réorganisation de la Bundesweh
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par Daniel ROUDEILLAC, général

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[Daniel Roudeillac est général de Division (2s) de l'armée de terre. Saint-Cyrien (57/59), officier parachutiste. A servi dans les troupes aéroportées du grade de Lieutenant à celui de général de Brigade. Ses affectations l'on conduit en Algérie, en Afrique, au Moyen-Orient, en Caraïbe. Il a servi de 1989 à 1992 comme Attaché de défense près l'Ambassade de France à Bonn et a terminé sa carrière comme Général Commandant supérieur aux Antilles (92/94). Le général Roudeillac est commandeur de la légion d'honneur et de l'ordre national du Mérite. Il est Officier de l'ordre du Mérite d'Allemagne Fédérale. Ancien auditeur du Centre des Hautes Etudes militaires et de l'Institut des Hautes Etudes de Défense national, il est co-auteur d'un dictionnaire de défense publié chez Larousse en 1988.]

L'Allemagne procède actuellement à une réorganisation majeure de son appareil de défense. Les changements en cours, et à venir, sont d'une ampleur telle, qu'il n'est pas exagéré de parler d'une véritable refondation de la Bundeswehr. Mais les restructurations militaires ne passionnent pas généralement les opinions publiques internes et a fortiori celles des voisins. C'est donc dans la plus totale indifférence de ce côté-ci du Rhin, que se transforment les armées allemandes. Nul commentateur ne s'est posé la question de savoir pourquoi Berlin avait attendu le début du 21° siècle pour adapter son outil de défense aux nouvelles exigences géopolitiques. Nul commentateur n'a cherché à savoir en quoi les décisions prises en Allemagne pouvaient être compatibles ou non avec celles que la France a pu prendre en 1996. Or s'il est un partenaire que l'opinion publique française devrait écouter attentivement, dès lors qu'il parle de sa défense, c'est bien le partenaire allemand, puisque Paris a fait le choix de la raison, en liant son destin, à celui d'un pays, longtemps considéré comme adversaire .

Pourquoi la "refondation" de la Bundeswehr intervient elle maintenant ?

En quoi peut elle rendre plus complexe la coopération militaire franco-allemande ?

En quoi consiste-t-elle vraiment ?

L'aboutissement d'un long processus.

Au lendemain de la chute du mur, la Bundeswehr a été confrontée à un triple défit. Il lui a fallu simultanément dissoudre l'armée nationale populaire, tout en absorbant ce qui pouvait être préservé au nom de l'unité de la nation allemande et de la solidarité avec " les frères de l'Est ". Dissolutions et intégrations ont entraîné de facto une adaptation des structures de la Bundeswehr dans son ensemble, afin qu'elle soit en mesure de matérialiser la souveraineté allemande sur tout le territoire national, tout en respectant les engagements pris par le chancelier KOHL, lors de ses entretiens avec GORBATCHEV, et à l'occasion des accords 4+2 . A l'heure où les alliés occidentaux se félicitaient de pouvoir engranger sans attendre "les dividendes de la Paix", l'Allemagne, elle, assignait à ses forces la mission de contribuer à l'unification allemande. La Bundeswehr a en outre largement contribué, au cours de cette période, à accélérer le retrait des forces soviétiques stationnées en Allemagne, elle a, de plus, pris une part notable à l'effort entrepris par les anciens membres du Pacte de Varsovie pour adapter leurs outils de défense aux nouvelles donnes démocratiques. Ainsi, de 1989 à 1992 la Bundeswehr a-t-elle été quasiment engagée dans une vaste opération pacifique, mais cependant exigeante, sur son propre territoire national.

Il est clair que la priorité des armées, au cours de cette période, a été de faire en sorte que se développent "des capacités de projection interieure", et on comprend dès lors son peu de disponibilité pour accompagner, militairement, l'effort de ses alliés engagés dans la "guerre du Golfe", c'est à dire dans un exercice de "haute volée" de projection extérieure! Le haut Commandement allemand aura cependant pris note de la pression de ses partenaires de l'OTAN, voire de l'incompréhension de certains. Il aura saisi l'appel de tous à devoir participer à l'effort collectif de sécurité, compte tenu de la puissance économique et démographique de la nouvelle Allemagne, et en dépit, pour l'heure, des freins d'ordre constitutionnel.

Mais s'il est un domaine dans lequel la nouvelle Allemagne ne pouvait pas se risquer à faire cavalier seul, c'était bien celui de la défense et des grands choix politico-militaires. Berlin a donc du attendre que l'OTAN fasse elle-même son aggiornamento et diffuse, en 1991, un nouveau concept stratégique accompagné d'une offre à la Russie de partenariat pour la Paix. On a assisté alors à la mise en application de nouvelles règles d'emploi des forces, sans toutefois que les dispositions constitutionnelles soient encore modifiées. Parallèlement la Bundeswehr n'a eu de cesse de manifester sa volonté de coopération bilatérale avec la France notamment, mais également, bien sûr, avec ses alliés anglo-saxons. C'est au cours de cette période que la Bundeswehr a définitivement opté pour la multinationalité des corps d'armée et que cette volonté s'est véritablement concrétisée.

Avec la crise des Balkans, l'Allemagne a vu se resserrer sur elle les exigences de ses alliés. La Bundeswehr, confortée par les accords de Petersberg de 1992 a donc commencé à faire l'apprentissage de la modularité et de la projection hors du territoire national, dans le cadre des missions de paix. Les rapports se sont multipliés en son sein pour faire ressortir l'inadaptation d'une armée du temps de Paix, conçue pour agir au profit de la défense de l'Alliance, dans un dispositif préétabli sous menace nucléaire. Il faudra attendre 1994 pour que la cour constitutionnelle fixe à la Bundeswehr les grandes règles qui lui permettent de prendre en compte des missions hors de la zone d'application du Traité de l'Atlantique Nord.

L'OTAN aura donc été le cadre des réflexions initiales qui vont conduire l'Allemagne à reconnaître l'urgence d'une profonde transformation de ses forces. L'Europe, longtemps considérée avec méfiance au sein de la Bundeswehr, va cependant jouer un rôle déterminant au cours des dernières années de la décennie. C'est sous son impulsion que va être prise la décision de créer une force d'intervention de 60.000 hommes au sein de laquelle l'Allemagne entend bien jouer un rôle majeur. Et Berlin souhaite d'autant plus s'exprimer militairement au sein de l'Europe, qu'une nouvelle majorité SPD, s'affiche désireuse de souligner la normalité retrouvée de l'Allemagne. Cette nouvelle majorité s'est d'ailleurs fixé d'emblée pour objectif de faire un état des lieux de la Bundeswehr et de la politique de défense du pays. Ce sont ses conclusions, déposées au cours du premier trimestre 2000, qui vont servir de références à la plus ambitieuses des réformes, que va connaître l'outil de défense germanique.

 

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