L'artillerie française de la Grande Guerre
par Jean-Philippe LIARDET, dr

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L'année 1918 :
l'Allemagne reprend l'initiative

La stratégie pour 1918

En janvier 1918, la réserve générale d’artillerie française passe à quatre divisions. Les groupements d’artillerie lourde hippomobiles affectés aux armées sont transformés en régiments (numérotés 301 à 330) et rattachés à la 2e division qui devient " d’artillerie lourde à tracteur et hippomobile ". L’artillerie de tranchée constitue la 4e division.

Les régiments de 75 de corps d’armée deviennent des régiments à trois groupes portés sur camions en juin 1917 car les chevaux et le fourrage se raréfient. En juin 1918, ils sont affectés à la réserve générale d’artillerie dont ils forment la 5e division. Le 11 novembre 1918, celle-ci sera passée de 27 à 35 régiments.

Cette montée en puissance survient alors que l'Allemagne est en train de reprendre l'initiative stratégique.


Les offensives allemandes de 1918

Avec l’effondrement de la Russie, Pétain prévoit une nouvelle série d’offensive allemande en France après le redéploiement des divisions allemandes du front de l’Est. Il opte pour une stratégie défensive en attendant que les troupes américaines achèvent leur déploiement et leur entraînement.

En Picardie (mars 1918), les régiments de 75 portés sont les premiers à soutenir les Britanniques dont les lignes sont enfoncées par les attaques allemandes. Les Allemands emploient les tactiques victorieuses sur le front de l’Est et en Italie à Caporetto : les troupes d’assaut suivent le feu roulant de l’artillerie au plus près et s’infiltre dans les positions ennemies sans attendre la réduction des poches de résistance. Devant l’ampleur de la menace, les gouvernements font du général Foch le commandant en chef de toutes les armées alliées sur le front de l’Ouest, ce qui lui permet de mieux coordonner leurs opérations.

Des escouades de Stosstruppens comme celle-ci s’infiltraient dans les lignes ennemies après un cours et violent bombardement d’artillerie. En plus de leurs fusils Mauser et de leurs grenades à manches, elles étaient dotées de mitrailleuses Maxim modèle 1915 allégées et, pour certaines, des premiers pistolets-mitrailleurs en complément des pistolets automatiques Mauser et Lüger.

 

Dans les Flandres, en avril, le front britannique est de nouveau percé. Foch fait tenir les bords de la brèche et y concentre une puissante artillerie, puis il écrase les assaillants sous ses feux.

Au Chemin des Dames (27 mai), l’artillerie française est en partie neutralisée par des obus toxiques (ypérite notamment).

Une vue aérienne saisissante d'un barrage d'artillerie utilisant les gaz.

 

Les Allemands atteignent la Marne le 1er juin. L’artillerie française se concentre de nouveau sur les flancs de l’offensive allemande qui prend la direction de Paris. Les chars légers sont employés pour la première fois en nombre à l’est de la forêt de Villers-Cotterets en soutien de 5 divisions américaines. L’attaque est finalement bloquée.

L’offensive suivante vise le saillant du Matz. Le décryptage d’un télégramme allemand le 3 juin permet l’acheminement de réserves. L’attaque commence le 9 mais ne progresse guère. Le 11 le général Mangin lance une contre-attaque décisive avec 4 divisions et 150 chars. L’aviation d’assaut et des régiments de 75 soutiennent l’opération.

Un Spad VII armé d’une mitrailleuse Vickers. Tous les plus grand as français préféreront cet appareil.
A cet période de la guerre l’acquisition de la supériorité aérienne commence à devenir
un facteur important de succès, en bloquant les reconnaissance aériennes ennemies
mais aussi avec un appui au sol de plus en plus efficace.


Les Allemands décident d’attirer les réserves françaises à l’Est pour briser définitivement un corps expéditionnaire britannique déjà très affaibli par les précédentes offensives. Les stocks de munitions français sont alors bien entamés avec une moyenne de 240.000 coups de 75 tirés par jours entre le 21 mars et le 1er juillet, soit 24 millions de coups au total. Or, la production journalière n’est que de 170.000 coups.

L’offensive allemande se déclenche en Champagne entre Château-Thierry et l’Argonne. Son axe principal se situe de part et d’autre de Reims. Pétain opte pour une défense en profondeur pour enrayer progressivement l’assaut ennemi. Si la 4e armée exécute parfaitement ses ordres, il n’en est pas de même pour la 5e et les 6e qui s’accrochent trop longtemps au terrain. Les Allemands franchissent la Marne et se dirigent vers Epernay. C’est la division aérienne du général Duval, opérationnelle depuis mai, qui va sauver la situation en harcelant les passages ennemis sur le fleuve.

Une pièce de 120 long placé en contre pente. Elle peut ainsi battre la crête
lorsque l’infanterie allemande passera à l’assaut, tout en restant à l’abri.
On s’aperçoit également que la préparation d’artillerie allemande
à causé de nombreux éboulement et que des travaux de déblaiement sont en cours.

 

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