L'artillerie française de la Grande Guerre
par Jean-Philippe LIARDET, dr

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L'année 1914 :
Les adaptations technologiques à la guerre des tranchées


Avec la fin de la guerre de mouvement, il faut désormais s’adapter à la guerre des tranchées et aux perspectives d’une guerre longue. L’intensité des combats a entraîné une consommation imprévue de munitions. Par ailleurs, il faut maintenant des obus explosifs car les obus à balles s’avèrent peu efficaces contre les fortifications de campagne.

La consommation en munitions va dépasser les prévisions les plus pessimistes. Pour répondre à la demande,
l’industrie française va être mobilisée sur une échelle encore inconnue à ce jour. Les ouvriers spécialisés
vont être rapidement rappelés du front mais cette mesure s’avèrent insuffisante.
Il faut, dans une large mesure, faire appel à la main-d’œuvre féminine.

Cette crise des munitions touche aussi les Allemands et dans les deux camps on mobilise les capacités industrielles pour produire les armes et les munitions nécessaires. En juin 1915, 70 000 coups de 75 sont produits mais la qualité décroît ce qui provoque l’éclatement de nombreux tubes (près de 500 début mai 1915). La poudre et les explosifs commencent également à manquer et il faut prendre des mesures énergiques. L’emploi de l’arme chimique par les Allemands à Ypres, début 1915, impose la fabrication d’obus toxiques.

L’impôt sur le revenu, voté à la veille de la guerre ne sera appliqué qu’en 1917 en même temps qu’un impôt sur les bénéfices de guerre. Malgré cela, les recettes de l’Etat (6,8 milliards) restent largement inférieures à ses dépenses (54,2 milliards). L’emprunt devient nécessaire avec des bons de la Défense nationale à court terme renouvelables (5% d’intérêt). La dette à long terme double pour atteindre 62 milliards et la dette flottante passa de 1,5 à 41,8 milliards.

Avec le développement des tranchées, les armes à tir courbe se généralisent.
On trouve des pièces lourdes comme ce de 220 modèle 1891 mais aussi
des pièces plus légères qui offrent aux unités d’infanterie une puissance de feu encore plus grande.



Avec l’allongement des portées, les objectifs sont désormais défilés aux vues. L’observation et la technique de tir doivent donc prendre en compte cette évolution. Un service des renseignements de l’artillerie est créé en novembre 1915 au niveau de l’artillerie de corps d’armée, puis au niveau de celle des armées. Ils doivent traiter les informations recueillies par les sections de repérage par observation terrestre, par les sections de repérage par son et par l’aéronautique. Les nouveaux ballons en forme de saucisses peuvent être employés avec un vent allant jusqu’à 15 mètres par seconde. Chaque corps d’armée dispose maintenant d’une escadrille d’avions d’observation, appelée Section d’artillerie lourde 

Avec l’allongement des portés, l’observation des lignes ennemies par voie aérienne devient vite une nécessitée. Ce Farman F40 survole les tranchées de la ligne de front en 1914. En attendant l’apparition des synchroniseurs de tir à travers l’hélice, l’efficacité de l’armement se fait au détriment de l’aérodynamique avec un moteur propulsif à l’arrière de la nacelle.


La technique de tir évolue. Des canevas de tir relient l’objectif, l’observatoire et les unités d’artillerie avec des situations précises sur des plans directeurs quadrillés élaborés à partir de relevés topographiques. Les tables de tir servent au pointage des pièces mais doivent être pondérées en fonction de leur usure. L’homogénéité des salves est encore renforcée par l’emploi de poudres d’un même lot de fabrication et d’obus de même poids. La concentration massive des tirs devient possible.

La coordination de ces divers moyens demande des moyens de communication performants. Le téléphone se développe mais les signaux visuels restent nécessaires pour pallier aux éventuels défaillances ou pour signaler les positions amies.

Malgré l’impression de tranquillité offerte par ce central téléphonique, cette arme va souffrir de nombreuses pertes,
notamment quand il s’agira de poser ou de rétablir les lignes téléphoniques sous le feu de l’ennemi.

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