L'artillerie française de la Grande Guerre
par Jean-Philippe LIARDET, dr

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L'année 1914 :
de la retraite à l'enlisement

Malgré le déclenchement de l’offensive allemande en Belgique, l’offensive française en Alsace et en Lorraine est maintenue. Néanmoins, 6 divisions de réserves, initialement attribuées à l’aile droite allemande, sont envoyées en Lorraine où le plan Schlieffen prévoit pourtant un repli contrôlé pour attirer les Français. Déjà affaiblie par des transferts d’unités successifs (12 corps d’armée au lieu des 17 prévus), les armées engagées en Belgique vont s’avérer incapables de déborder le front français, couvert sur sa gauche par le corps expéditionnaire britannique. De la même manière, il faudra abandonner l’enveloppement de Paris par l’Ouest en faveur d’une approche plus directe.

Les fantassins français montent à l’assaut des lignes allemandes en rangs serrés, la baïonnette au canon,
après une préparation d’artillerie minimale. C’est pendant l’année 1914 que les pertes françaises seront
les plus lourdes de toutes la guerre, notamment lors ces offensives des premières semaines.


Les fantassins français en pantalons garances (rouges) sont décimés par le tir des mitrailleuses lors des assauts en Alsace (7 août) et surtout en Lorraine (14 août). Dès le 24 août, le maréchal Joffre comprend le mal fondé de la doctrine française basée sur les attaques d’infanterie. Il demande une préparation d’artillerie systématique. Lors de ces combats, l’efficacité du 75 est évidente tant que les pièces d’artillerie lourdes allemandes ne sont pas engagées. Les pièces lourdes françaises, peu nombreuses et tardivement mise en action, sont incapables de répondre aux tirs à longue portée allemands.

La pantalon garance offre un excellent point de repère pour
le tir à longue portée des équipes de mitrailleuses allemandes.
Dès l’années suivante, l’armée adoptera la tenue bleue horizon,
moins visible mais aussi plus adaptée à la guerre dans les tranchées.

 

Lors des semaines suivantes, les pièces lourdes allemandes ne peuvent suivre le rythme de l’avance. Le siège de Maubeuge en immobilise en outre un grand nombre.

L’armée française profite de l’avantage temporaire de son artillerie pour placer plusieurs coups d’arrêt et protéger sa retraite et éviter qu’elle ne se transforme en retraite.

Une batterie de 75 pilonne un village pris par les Allemands pour ralentir leur avance.

 

Durant la bataille de la Marne, le rétablissement français doit beaucoup aux tirs d’une artillerie terriblement efficace en position défensive. Les officiers supérieurs d’artillerie font preuve d’initiative. Appelé à prendre le commandement de l’artillerie divisionnaire de la 6e division d’infanterie, le colonel Estienne, directeur de l’Etablissement d’aviation militaire, emmène avec lui deux avions légers à ailes repliables. L’aviation d’artillerie française est née. Le 6 septembre, grâce à une reconnaissance aérienne, Estienne réussit à détruire des concentrations ennemies près de Montceaux-les-Provins.

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La portée supérieure de l’artillerie lourde allemande
lui permet d’effectuer des tirs loin en profondeur dans
le dispositif français. Les tirs de contrebatterie français sont
impossibles et la troupe doit se contenter de subir et de compter sur la chance.
Ce petit groupe d’hommes échappe de peu à la mort.


Un peu partout sur la ligne de front, les troupes allemandes épuisées subissent des pertes sévères. Leurs attaques se ralentissent et, du 9 au 14 septembre, les Français contre-attaque avec le soutien du corps expéditionnaire britannique. Le manque de coordination entre les armées allemandes les obligent à faire retraite. Les deux adversaires tentent alors vainement de se déborder en se lançant dans une course à la mer (18 septembre - 19 octobre). Puis le front se stabilise et les troupes s’enterrent pour échapper aux coups d’une artillerie pourtant à cours de munitions.

La puissance de feu des mitrailleuses et de l’artillerie contraint les troupes des deux camps à s’enterrer.
Tous pensent d’abord que la situation est provisoire. Mais après quelques semaines il faut se rendre à l’évidence
et aménager le plus confortablement possible les positions en première ligne.
Des abris comme celui-ci qui protègent cependant mal du froid, de la boue et de la vermine.

 

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