L'artillerie française de la Grande Guerre
par Jean-Philippe LIARDET, dr

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Les deux armées

Les effectifs en 1914

La tension croissante sur le plan diplomatique se traduit par un renforcement des effectifs de l’artillerie dans les quelques années précédents le conflit. Le nombre de régiments de campagne est porté de 41 à 62. Tous sont équipés de 3 groupes de 75 modèle 1897. Deux régiments de montagne sont créés avec chacun trois groupes de 65 modèle 1906. 10 groupes autonomes d’Afrique sont également mis sur pied.

Une vue impressionnante de pièces de 90 de Bange avec leurs attelages. Le manque de chevaux,
malgré les réquisitions, puis le manque de fourrage, contraindront à motoriser un nombre croissant d’unités.

 

En 1913, cinq groupes d’artillerie lourde à quatre groupes sont mis en place. Ils sont équipés de 155 court modèle 1904 Rimailho, d’obusiers de 120 courts modèle 1890 Baquet et de 120 longs modèle 1878 de Bange. Un des groupes de 120 est tracté par des véhicules automobiles, ce qui constitue une première pour l’Armée française.

Pièce de 120 long tirée par un tracteur. Dès avant la guerre la France utilise des tracteurs d’artillerie pour ce type de pièce.
Néanmoins, si la mobilité est bonne en tout terrain, elle surpasse encore difficilement la traction animale en raison de moteur
peu fiable et peu puissant. Ce tracteur est en effet similaire au modèle agricole.

 

Après deux semaines de mobilisation, l’artillerie française comporte 65 régiments d’artillerie divisionnaire (à 2 ou 3 groupes de 75), 20 régiments de corps d’armée (à 4 groupes de 75), deux régiments de montagne, 10 artilleries de divisions de cavalerie, 5 régiments d’artillerie lourde, 9 régiments d’artillerie à pied, plus quelques éléments épars.

Les troupes de marines, devenues troupes coloniales en 1900, comportent notamment 3 régiments attribués au corps d’armée colonial stationné en France. Le canon de 75 forme l’ossature de l’artillerie française. 21 parcs d’artillerie de corps d’armée et 29 de places soutiennent ces unités et les pièces des fortifications.

Pièces de 75 en action. Installée à découvert, les batteries de 75 vont subir des pertes sévères sous le feu
de l’artillerie lourde allemande placée hors de porté. Par contre, le bouclier fournira un abris efficace contre
les mitrailleuses allemandes capables de tirer jusqu’à 4.000 mètres.


La doctrine en France et en Allemagne

Le haut commandement français était partisan d’une offensive généralisée. Il comptait mener une guerre de mouvement qui ne devait pas excéder quelques mois. L’artillerie appuierait de ses feux les attaques de l’infanterie jusqu’à 400 mètres des lignes ennemies qui seraient alors prises à la baïonnette. Inspirée des Etudes sur le combat de Charles Ardent du Picq, cette théorie reposait sur la prépondérance du facteur moral au combat. Le choc est donc préféré au feu.

L’infanterie française charge sabre au clair et baïonnettes au canon. Les pertes seront
immenses en raison même de la vaillance des troupes qui croient en une victoire rapide.

Les études des campagnes récentes montrent d’ailleurs que les pertes infligées par l’artillerie s’échelonnent de 5 à 25%. Un ennemi retranché doit donc être délogé pour être exposé aux tirs de l’artillerie. Pour cela, il n’était point besoin de disposer d’artillerie lourde : plusieurs petits obus semblaient devoir être plus efficaces qu’un obus de fort calibre. Néanmoins, les rapports du 2e bureau sur la place accordée à l’artillerie lourde en Allemagne finirent par inquiéter le Parlement. En 1912 et en 1913, de nouveaux matériels (canon de 105 long et mortier de 280 Schneider, mortier de 370 Filloux) et des améliorations sur des modèles anciens (155 long modèle 1877 de Bange modifié 1914 par Schneider, 155 court modèle 1881 modifié 1912, canon de 155 court à tir rapide Rimailho) sont testés et commence à être mis en service.

Le canon de 155 court à tir rapide Rimailho constitue une avancée certain par rapport aux autres
pièces d’artillerie lourde françaises. Il n’est cependant pas exempt de défaut.
Lors de tirs prolongés, l’ensemble tube frein peu se bloquer et faire basculer la pièce vers l’avant.


Cet effort est néanmoins insuffisant et tardif en face d’une artillerie allemande mieux équipée. Les responsables allemands sont en effet parfaitement conscients de la supériorité du 75 français sur leur 77 et de la qualité des fortifications françaises. L’artillerie lourde dispose de la supériorité tant sur le plan qualitatif, avec une portée et une mobilité supérieures, que sur le plan quantitatif avec 2.000 pièces contre 308. Aux pièces de siège de 305 et de 420, aux canons longs de 105 et de 130 et aux mortiers de 210 viennent s’ajouter des obusier de 150 qui font la transition entre l’artillerie lourde et l’artillerie de campagne. Ils doivent détruire l’artillerie française par une concentration de feux à grande portée. Dans cette optique, l’aviation d’observation est nombreuse et bien entraînée.

 

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