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Vers la revanche
Lévolution
de la situation géostratégique
La
démission de Bismarck (18 mars 1890), provoquée par le soutien
apporté aux expansionnistes par le nouveau kaiser Guillaume
II, rompt lisolement de la France. Au mois daoût
1891, celle-ci noue une alliance avec la Russie, inquiète de
lévolution de la politique extérieure allemande. La France
conserve par ailleurs une attitude conciliante avec la Grande-Bretagne
dans la délimitation des conquêtes coloniales (concession de
Fachoda en novembre 1898).

La
banderole au-dessus de ces soldats partant au front reprend
quelques mots de la Marseillaise " le jour de gloire
est arrivé ".
Sous la IIIe République lesprit de revanche sera constamment
entretenu, notamment à laide de lécole de Jules Ferry.
La restitution de lAlsace et de la Lorraine reste un objectif majeur
pour les gouvernements successifs qui préparent les conditions de la victoire.
En ce sens la responsabilité de la France est également engagée dans la logique
de guerre qui sinstalle au début du XXe siècle.
Lagressivité de
lAllemagne dans ce domaine ainsi que le développement rapide
de sa flotte de commerce et de sa flotte de guerre contribuent également
au rapprochement entre la France et la Grande-Bretagne (1906).
En 1907, ces deux pays forment avec la Russie la Triple Entente.
En ce début de XXe siècle, cest donc lAllemagne
qui se retrouve isolée avec pour seule grande puissance alliée,
lAutriche-Hongrie.
La revanche est désormais possible. Larmée française sest préparée
au combat avec notamment une conscription de plus en plus large. Néanmoins,
les insuffisances subsistent, essentiellement en matière de doctrine puisque
la manuvre conserve la prépondérance sur la puissance de feu. Lévolution
de lartillerie jusquà la veille de la guerre illustre parfaitement
cette situation.
La priorité accordée au canon
de 75 à tir rapide
Avec
la fin de siècle, lartillerie française va faire de grands
progrès techniques. Une nouvelle poudre beaucoup plus performante
est adoptée en 1888 : la vitesse initiale du projectile
double sans dommages pour lâme des pièces et avec un dégagement
de fumée réduit.
Linvention
dun nouvel explosif, la mélinite, accroît considérablement
la puissance des obus. Le réglage du tir connaît également des
améliorations importantes avec une meilleure instruction et lintroduction
de nouveaux matériels. Le tir indirect est désormais possible
mais le tir direct conserve les faveurs du commandement. Enfin,
le tir rapide peut désormais être envisagé en raison de la diminution
du recul provoquée par lapparition de nouveau système de
freinage (hydrauliques, hydropneumatique).

Le
canon de 75 est une grande réussite technologique. Il servira
encore avec efficacité lors de la Seconde Guerre mondiale
aux mains des troupes françaises mais aussi des forces de lAxe après
la défaite de 1940.
En
1892, deux matériels de 75 à tir rapide sont à létude en
réponse aux spécifications du Comité de lArtillerie. Après
quelques déboires, la responsabilité du développement du 75 C
est donnée au capitaine Sainte-Claire Deville. Les essais de
1897 sont satisfaisants avec 10 000 coups tirés sans incidents
et une cadence possible de 20 coups minutes. Sa porté pratique
est de 4 000 mètres. La construction en série commence avec
les méthodes éprouvées pour le fusil Lebel. Pour ne pas alerter
lAllemagne, le financement se fait sous le couvert dune
modernisation des matériels existants. Le Parlement nest
même pas informé. Le canon de 75 modèle 1897 est présenté en
public le 14 juillet 1899, lors du défilé sur lhippodrome
de Longchamp. Entre-temps LAllemagne aura adopté le canon
de 77, beaucoup moins performant.

Adopté trop
précipitamment, le canon de 77 allemand restera inférieur au
75 français malgré quelques améliorations.
Les autres matériels
La
supériorité manifeste du canon de 75 français aura cependant
des répercutions néfastes puisquelle conduit le commandement
français à négliger lartillerie lourde et les obusiers à tirs
plongeants. La volonté du Comité de lartillerie dobtenir
un obusier conduit à sa dissolution (22 octobre 1910). Le ministère
de la guerre est en effet peu enclin à renouveler des dépenses
du même ordre que celles réalisées pour le 75. Son directeur,
le général Lamothe, deviendra directeur des études et expériences
techniques de lartillerie. Il sera à lorigine de
la réorganisation et du redressement pendant la guerre.
En
1906, le canon de 155 court à tir rapide Rimailho est adopté.
Mais malgré ses qualités, il savère trop lourd pour les
manuvres rapides et trop léger pour les actions de siège.
Les troupes de montagne sont dotées la même année dun canon
de 65 décomposable en 4 fardeaux mais incapable de soutenir un
tir prolongé.
Certaines
batteries montées reçoivent le canon de 75 Schneider en 1912.
Le 75 modèle 1897 na pu être suffisamment allégé pour répondre
aux spécifications demandées mais il gardera la préférence de
la troupe au feu.
Pièce
de 155 courte à tir rapide modèle 1904. Proposée en 1898
par le capitaine Rimailho, cette pièce reprend la plupart
des avancées technologiques du canon de 75. Sa portée est
de 6 km pour un obus de 43 kg. Pour les déplacements, la
pièce utilise un attelage de deux voitures de 2 tonnes
chacune. Les pièces lourdes allemandes sont à la fois plus
mobiles et plus performantes mais ce modèle permettra dassurer
la transition en attendant larrivée de pièces plus
modernes en 1916.
Bien
quen dotation dans linfanterie, la conception des
mitrailleuses reste du ressort du Service de lartillerie.
Expérimentée à partir de 1899, la Hotchkiss conservera la faveur
des combattants en raison de sa fiabilité même dans les pires
conditions. Sa version plus sophistiquée, la Saint-Etienne modèle
1907, connaîtra en effet de nombreux enrayages dans la boue des
tranchées.

Mitrailleuse
Hotchkiss modèle 1914. Malgré son poids élevé (25 kg pour
larme et 27 kg pour le trépied) cette arme conservera
les faveurs de la troupes en raison de sa robustesse. En
1916 à Verdun, deux Hotchkiss tirèrent plus de 150 000
cartouches en deux jours. Calibre 8 mm, fonctionnement par
emprunt de gaz, refroidissement par air, alimentation par
bandes rigides de 30 cartouches, cadence de tir de 500 coups
par minute. Le fantassin français en arrière plan porte la
tenue bleue " horizon ", fournie aux
troupes françaises à partie de 1915. Cette photo montre une
partie dune des nombreuses vitrines consacrées à la
Première Guerre mondiale au musée de lEmpéri de Salon-de-Provence
(photo : Empéri Multimédi@)
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