L'artillerie française de la Grande Guerre
par Jean-Philippe LIARDET, dr

pages :
1
- 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - 7 - 8 - 9 - 10 - 11
12 - 13 - 14 - 15 - 16 - 17 - 18 - 19 - 20

 

Vers la revanche

 

L’évolution de la situation géostratégique

La démission de Bismarck (18 mars 1890), provoquée par le soutien apporté aux expansionnistes par le nouveau kaiser Guillaume II, rompt l’isolement de la France. Au mois d’août 1891, celle-ci noue une alliance avec la Russie, inquiète de l’évolution de la politique extérieure allemande. La France conserve par ailleurs une attitude conciliante avec la Grande-Bretagne dans la délimitation des conquêtes coloniales (concession de Fachoda en novembre 1898).

La banderole au-dessus de ces soldats partant au front reprend quelques mots de la Marseillaise " le jour de gloire est arrivé ".
Sous la IIIe République l’esprit de revanche sera constamment entretenu, notamment à l’aide de l’école de Jules Ferry.
La restitution de l’Alsace et de la Lorraine reste un objectif majeur pour les gouvernements successifs qui préparent les conditions de la victoire.
En ce sens la responsabilité de la France est également engagée dans la logique de guerre qui s’installe au début du XXe siècle.

 

L’agressivité de l’Allemagne dans ce domaine ainsi que le développement rapide de sa flotte de commerce et de sa flotte de guerre contribuent également au rapprochement entre la France et la Grande-Bretagne (1906). En 1907, ces deux pays forment avec la Russie la Triple Entente. En ce début de XXe siècle, c’est donc l’Allemagne qui se retrouve isolée avec pour seule grande puissance alliée, l’Autriche-Hongrie.
La revanche est désormais possible. L’armée française s’est préparée au combat avec notamment une conscription de plus en plus large. Néanmoins, les insuffisances subsistent, essentiellement en matière de doctrine puisque la manœuvre conserve la prépondérance sur la puissance de feu. L’évolution de l’artillerie jusqu’à la veille de la guerre illustre parfaitement cette situation.

 

La priorité accordée au canon de 75 à tir rapide

Avec la fin de siècle, l’artillerie française va faire de grands progrès techniques. Une nouvelle poudre beaucoup plus performante est adoptée en 1888 : la vitesse initiale du projectile double sans dommages pour l’âme des pièces et avec un dégagement de fumée réduit.

L’invention d’un nouvel explosif, la mélinite, accroît considérablement la puissance des obus. Le réglage du tir connaît également des améliorations importantes avec une meilleure instruction et l’introduction de nouveaux matériels. Le tir indirect est désormais possible mais le tir direct conserve les faveurs du commandement. Enfin, le tir rapide peut désormais être envisagé en raison de la diminution du recul provoquée par l’apparition de nouveau système de freinage (hydrauliques, hydropneumatique).

Le canon de 75 est une grande réussite technologique. Il servira encore avec efficacité lors de la Seconde Guerre mondiale
aux mains des troupes françaises mais aussi des forces de l’Axe après la défaite de 1940.

 

En 1892, deux matériels de 75 à tir rapide sont à l’étude en réponse aux spécifications du Comité de l’Artillerie. Après quelques déboires, la responsabilité du développement du 75 C est donnée au capitaine Sainte-Claire Deville. Les essais de 1897 sont satisfaisants avec 10 000 coups tirés sans incidents et une cadence possible de 20 coups minutes. Sa porté pratique est de 4 000 mètres. La construction en série commence avec les méthodes éprouvées pour le fusil Lebel. Pour ne pas alerter l’Allemagne, le financement se fait sous le couvert d’une modernisation des matériels existants. Le Parlement n’est même pas informé. Le canon de 75 modèle 1897 est présenté en public le 14 juillet 1899, lors du défilé sur l’hippodrome de Longchamp. Entre-temps L’Allemagne aura adopté le canon de 77, beaucoup moins performant.

Adopté trop précipitamment, le canon de 77 allemand restera inférieur au 75 français malgré quelques améliorations.


Les autres matériels

La supériorité manifeste du canon de 75 français aura cependant des répercutions néfastes puisqu’elle conduit le commandement français à négliger l’artillerie lourde et les obusiers à tirs plongeants. La volonté du Comité de l’artillerie d’obtenir un obusier conduit à sa dissolution (22 octobre 1910). Le ministère de la guerre est en effet peu enclin à renouveler des dépenses du même ordre que celles réalisées pour le 75. Son directeur, le général Lamothe, deviendra directeur des études et expériences techniques de l’artillerie. Il sera à l’origine de la réorganisation et du redressement pendant la guerre.

En 1906, le canon de 155 court à tir rapide Rimailho est adopté. Mais malgré ses qualités, il s’avère trop lourd pour les manœuvres rapides et trop léger pour les actions de siège. Les troupes de montagne sont dotées la même année d’un canon de 65 décomposable en 4 fardeaux mais incapable de soutenir un tir prolongé.

Certaines batteries montées reçoivent le canon de 75 Schneider en 1912. Le 75 modèle 1897 n’a pu être suffisamment allégé pour répondre aux spécifications demandées mais il gardera la préférence de la troupe au feu.

Pièce de 155 courte à tir rapide modèle 1904. Proposée en 1898 par le capitaine Rimailho, cette pièce reprend la plupart des avancées technologiques du canon de 75. Sa portée est de 6 km pour un obus de 43 kg. Pour les déplacements, la pièce utilise un attelage de deux voitures de 2 tonnes chacune. Les pièces lourdes allemandes sont à la fois plus mobiles et plus performantes mais ce modèle permettra d’assurer la transition en attendant l’arrivée de pièces plus modernes en 1916.


Bien qu’en dotation dans l’infanterie, la conception des mitrailleuses reste du ressort du Service de l’artillerie. Expérimentée à partir de 1899, la Hotchkiss conservera la faveur des combattants en raison de sa fiabilité même dans les pires conditions. Sa version plus sophistiquée, la Saint-Etienne modèle 1907, connaîtra en effet de nombreux enrayages dans la boue des tranchées.

Mitrailleuse Hotchkiss modèle 1914. Malgré son poids élevé (25 kg pour l’arme et 27 kg pour le trépied) cette arme conservera les faveurs de la troupes en raison de sa robustesse. En 1916 à Verdun, deux Hotchkiss tirèrent plus de 150 000 cartouches en deux jours. Calibre 8 mm, fonctionnement par emprunt de gaz, refroidissement par air, alimentation par bandes rigides de 30 cartouches, cadence de tir de 500 coups par minute. Le fantassin français en arrière plan porte la tenue bleue " horizon ", fournie aux troupes françaises à partie de 1915. Cette photo montre une partie d’une des nombreuses vitrines consacrées à la Première Guerre mondiale au musée de l’Empéri de Salon-de-Provence
(photo : Empéri Multimédi@)

pages :
1
- 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - 7 - 8 - 9 - 10 - 11
12 - 13 - 14 - 15 - 16 - 17 - 18 - 19 - 20

© 1997-2008
Conflits & Stratégie
Tous droits réservés