L'artillerie française de la Grande Guerre
par Jean-Philippe LIARDET, dr

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Reconstituer le bouclier

 

Une situation géostratégique fragilisée

Après la défaite, la France va d’abord chercher à reconstituer son armée, pour repousser une nouvelle attaque allemande. La perte de la frontière naturelle du Rhin et des places fortes de l’Est rend le pays et sa capitale vulnérable.

De 1874 à 1884, la France va alors entreprendre le plus gros effort de fortification depuis Vauban. Le système Séré de Rivières, du nom du général (Raymond-Adolphe) qui dirigea le projet, se compose de 166 forts, 43 ouvrages secondaires et 250 batteries. La première ligne de défense ne laisse à l’ennemi que deux axes de pénétration vulnérables aux contre-attaques : au nord de Verdun (trouée de Stenay) et entre Toul et Epinal (trouée de Charmes). En cas de défaite, la seconde ligne doit ralentir la progression de l’adversaire et protéger le regroupement des armées françaises.

Malgré des bombardements massifs, les fortifications françaises vont bien résister au feu ennemi.
On voit ici une coupole du fort de Vaux qui sera pris par les Allemands lors de la bataille de Verdun puis repris par les Français


Ayant pris conscience de la supériorité démographique de l’Allemagne, la France ne peut désormais envisager la vaincre sans allié. Sur le plan diplomatique, elle reste isolée en raison de l’habile politique du chancelier allemand Bismarck. Celui-ci s’attire notamment la bienveillance de la Grande-Bretagne par l’absence de prétentions coloniales et celle de la Russie par une garantie des frontières à l’Est. Malgré une propagande républicaine qui réclame avec virulence la restitution de l’Alsace-Lorraine et entraîne derrière elle l’opinion publique, la revanche reste un rêve irréalisable. La France se lance alors dans l’aventure coloniale pour retrouver son statut de grande puissance ou du moins un certain prestige. Elle le fait pourtant avec retenu, en raison de la menace allemande aux frontières et utilisera pour ce faire des corps expéditionnaires construits autour de l’Armée d’Afrique et les troupes de marine


Le renouveau de l’artillerie

Les causes de la défaite font l’objet d’une analyse objective qui sert de base à la réorganisation de l’artillerie française. Le mauvais emploi des pièces, l’infériorité numérique et l’infériorité technique (portée et amorçages) sont mis en exergue.

Pièce de 155 long modèle 1879 en batterie dans la campagne française en 1914.
Les vieux canons furent ressortis en attendant les nouvelles armes.
Même modernisées, ces pièces lourdes étaient bien inférieures à leurs homologues allemandes.

 

Après quelques solutions provisoires, le choix se porte sur le système Bange : canons de 80 et de 90 mm (1877), 80mm de montagne et canon long de 120mm (1878), canon long de 155mm (1879), mortier de 220mm (1880) et canon court de 155mm (1881). Ce dernier envoie un obus de 40 kg à 9 km. Tous sont en acier trempé et se charge par la culasse. L’amélioration concerne aussi les fusées et les poudres.

Une fois les indemnités de guerre réglées, les dépenses d’armement augmentent rapidement et l’artillerie bénéficie d’une priorité sur la marine laissée intacte par le conflit. L’instruction des troupes est accrue et l’accent est porté sur le réglage des tirs. La Revue d’artillerie qui paraît à partir de 1872 sert à informer les officiers des progrès technologiques.


L’organisation

En 1871, il existe 24 régiments, puis 30 en 1873 et enfin 38. Les 19 corps d’armée français de la métropole comportent une brigade à deux régiments. Un des deux comporte 10 batteries montées et 3 batteries à pied.

Les deux divisons du corps se voient affecter chacune 4 des batteries montées. L’autre regroupe 10 batteries montées et 3 à cheval. Une de ces dernières est affectée à la division de cavalerie du corps. Toutes les batteries sans affectation forment la réserve du corps. En 1883, les batteries à pied forment 16 puis 18 bataillons indépendants, les régiments prennent l’appellation de "régiments d’artillerie de campagne".

 
Pièces de 90 de Bange modèle 1877. Bien que démodées ces pièces rendront de grands services en 1914-1916
notamment en raison de la grande quantité de munitions en stocks.

Le train d’artillerie est supprimé en 1883. Les deux régiments de pontonniers sont attribués au génie en 1894. Les pontonniers-artilleurs forment deux nouveaux régiments d’artillerie de campagne. Ils sont attribués en sureffectif au 20e corps qui garde la frontière avec l’Allemagne. Initialement formée de batteries détachées par chaque régiment, l’artillerie d’Afrique est regroupée au sein des 12e et 13e régiments de la brigade de Paris (1875). En 1889, le régiment d’artillerie de marine est dédoublé car il comporte 35 batteries.

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