L'artillerie française de la Grande Guerre
par Jean-Philippe LIARDET, dr

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La guerre de 1870-1871


Une meilleure préparation prussienne

L’organisation et l’équipement de l’artillerie prussienne et de l’artillerie française au début du conflit tiennent compte des précédentes guerres. Lors de la campagne d’Italie de 1859, les pièces françaises en bronze modèle 1858, rayées et se chargeant par la culasse ont dominé les pièces à canon lisse des Autrichiens. Or, malgré la cuisante défaite contre la Prusse en 1866, l’artillerie autrichienne s’est avérée supérieure, bien que les deux tiers des canons prussiens soient rayés avec un chargement par la culasse. L’instruction et la doctrine sont déficientes, même lors de la brillante victoire prussienne de Sadowa. Les pièces sont dispersées et interviennent trop tardivement. Quatre ans plus tard, ce problème de doctrine est résolu. Par ailleurs, les Prussiens disposent de deux fois plus de pièces que des Français (2.000 contre 1.000), toujours convaincus de leur supériorité.

La cavalerie lourde française va être décimée par l’artillerie allemande dans des charges désespérées,
à Morsbronn et à Froeschwiller, le 6 août 1870, pour protéger la retraite française.

(Musée de l'Empéri de Salon-de-Provence - photo Empéri Multimédi@)

La concentration des moyens est obtenue grâce à l’artillerie de corps d’armée qui s’est substituée à la réserve d’artillerie. Le réglage des tirs et la portée plus grande des pièces permet en outre une concentration des feux sur le champs de bataille. Devant le net avantage du fusil Chassepot sur le Dreyse, la neutralisation de l’infanterie française devient vite une priorité. Les pertes sont néanmoins très lourdes pour les assaillants. La cavalerie lourde française va être décimée par l’artillerie allemande dans des charges désespérées, à Morsbronn et à Froeschwiller le 6 août 1870, pour protéger la retraite française.


Les insuffisances françaises

Du côté français, les batteries sont engagées en ordre dispersé, les unités de réserves interviennent trop tardivement et la liaison avec l’infanterie demeure déficiente.
Les artilleurs combattent pourtant avec courage et obtiennent quelques succès, à Gravelotte et Saint-Privat notamment, avant d’être décimés.
Les mitrailleuses (appelées "canons à balles") ne sont pas employées sur la ligne de front et n’ont aucune influence sur le déroulement des combats. Pour conserver le secret sur ce matériel nouveau, l’instruction est d’ailleurs restée fort succincte. D’une portée encore inférieure aux autres pièces françaises, elles subissent le même sort tragique sous les tirs de contrebatteries ennemis.

Malgré le mauvais emploi des premières mitrailleuses françaises lors de la guerre contre la Prusse, cette arme va rapidement se développer dans toutes les armées du monde. Lors de la première guerre mondiale les mitrailleuses françaises comme cette Saint-Etienne modèle 1907 vont avoir un rôle déterminant, essentiellement en position défensive car l’arme pèse lourd (50 kg). D’un calibre de 8 mm, elle fonctionne par emprunt de gaz avec un refroidissement par air. L’alimentation se fait par bandes rigides métalliques de trente cartouches de fusil Lebel.

 

Colonel en grande tenue et trompette-major du régiment d’artillerie à cheval de la garde impériale.
L’uniforme de grande tenue et le harnachement appartenaient au colonel Clappier, commandant cette unité.

(Musée de l'Empéri de Salon-de-Provence - photo : Empéri Multimédi@)

Avec l’investissement de Metz et le désastre de Sedan, l’essentiel de l’artillerie française est perdue. Le redressement est toutefois réel avec l’emploi des pièces de marine, la modernisation des vieilles pièces et des constructions nouvelles. Il contribue au prolongement de la résistance en encadrant les unités d’infanterie hâtivement constituées de la Défense Nationale, réminiscence des dernières campagnes napoléoniennes.

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