Andrinople 378
par Philippe RICHARDOT, dr

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Les pertes romaines

 

Selon Ammien seul un tiers de l'armée échappe au désastre. Les généraux Trajan et Sébastien restent parmi les morts ainsi que trente-cinq tribuns avec ou sans commandement. L'administration militaire, conservée à Andrinople, a pu permettre le décompte des officiers tués, mais aucune source ne chiffre les pertes des simples soldats. Les contemporains assimilent cette défaite à celle de Cannes en 216 avant Jésus-Christ où une armée romaine avait été anéantie par Hannibal. Stratégiquement, le coup est rude. Le corps de bataille de l'Empire d'Orient est anéanti, des cadres précieux ont été tués, toutes les fabriques d'armes de la zone danubienne sont détruites. Une armée de valeur ne se refait pas rapidement. César estimait que huit ans de campagne ne suffisaient pas à faire une légion aguerrie. D'autre part, l'armée du Bas-Empire est une armée professionnelle qui connaît une grave crise de recrutement et ne dispose pas de réserves. L'impact moral de cette défaite sur les Romains est immense.

 

Les erreurs du commandement romain

Une bataille est largement une suite d'imprévus, la fille du hasard. Végèce, auteur militaire romain qui écrit une dizaine d'années après Andrinople, se méfie de la bataille rangée qui, en deux ou trois heures, décide du sort d'une nation. Andrinople reproduit le schéma tactique de la bataille de Cannes où Hannibal était parvenu à anéantir une armée romaine double de la sienne. On a voulu faire d'Andrinople une date décisive de l'histoire militaire: l'avènement de la cavalerie lourde et le déclin de l'infanterie héritière des traditions antiques. En quelque sorte, le Moyen Age commencerait à Andrinople où le cavalier impose pour mille ans sa primauté à la piétaille. L'arrivée de la cavalerie de Saphrax et d'Alathée marque certes le tournant décisif de la bataille.

Cavalier draconaire (bas relief, Eursvenor Museum, Chester)

Mais ce sont des négligences de commandements qui ont précipité le désastre: reconnaissance imcomplète de l'ennemi, absence d'un camp fortifié pour trouver refuge en cas de retraite, absence de ravitaillement et de repos. D'autre part le commandement a méconnu la psychologue des combattants. Valens n'a pas harangué ou consulté ses troupes avant la bataille. Au contraire, en choisissant de négocier avec Fritigern, Valens agit en politique et non en général. Il irrite ses soldats déjà physiquement éprouvés par une longue marche.

Andrinople est ce qu'on appelle une bataille de soldats, commencée et livrée sans intervention du commandant en chef. A aucun moment on ne voit l'empereur donner un ordre. L'armée se range d'elle-même en bataille, la cavalerie aux ailes, l'infanterie au centre comme dans toute bataille antique. Aucune disposition tactique n'est relevée si ce n'est l'existence d'une réserve composée des Bataves. L'empereur Valens se contente d'assister à un spectacle qu'il ne contrôle plus.

 

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