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Les pertes romaines
Selon
Ammien seul un tiers de l'armée échappe au désastre. Les généraux
Trajan et Sébastien restent parmi les morts ainsi que trente-cinq
tribuns avec ou sans commandement. L'administration militaire,
conservée à Andrinople, a pu permettre le décompte des officiers
tués, mais aucune source ne chiffre les pertes des simples soldats.
Les contemporains assimilent cette défaite à celle de Cannes
en 216 avant Jésus-Christ où une armée romaine avait été anéantie
par Hannibal. Stratégiquement, le coup est rude. Le corps de
bataille de l'Empire d'Orient est anéanti, des cadres précieux
ont été tués, toutes les fabriques d'armes de la zone danubienne
sont détruites. Une armée de valeur ne se refait pas rapidement.
César estimait que huit ans de campagne ne suffisaient pas à faire
une légion aguerrie. D'autre part, l'armée du Bas-Empire est
une armée professionnelle qui connaît une grave crise de recrutement
et ne dispose pas de réserves. L'impact moral de cette défaite
sur les Romains est immense.
Les erreurs du
commandement romain
Une
bataille est largement une suite d'imprévus, la fille du hasard.
Végèce, auteur militaire romain qui écrit une dizaine d'années
après Andrinople, se méfie de la bataille rangée qui, en deux
ou trois heures, décide du sort d'une nation. Andrinople reproduit
le schéma tactique de la bataille de Cannes où Hannibal était
parvenu à anéantir une armée romaine double de la sienne. On
a voulu faire d'Andrinople une date décisive de l'histoire militaire:
l'avènement de la cavalerie lourde et le déclin de l'infanterie
héritière des traditions antiques. En quelque sorte, le Moyen
Age commencerait à Andrinople où le cavalier impose pour mille
ans sa primauté à la piétaille. L'arrivée de la cavalerie de
Saphrax et d'Alathée marque certes le tournant décisif de la
bataille.

Cavalier
draconaire (bas relief, Eursvenor Museum, Chester)
Mais
ce sont des négligences de commandements qui ont précipité le
désastre: reconnaissance imcomplète de l'ennemi, absence d'un
camp fortifié pour trouver refuge en cas de retraite, absence
de ravitaillement et de repos. D'autre part le commandement a
méconnu la psychologue des combattants. Valens n'a pas harangué ou
consulté ses troupes avant la bataille. Au contraire, en choisissant
de négocier avec Fritigern, Valens agit en politique et non en
général. Il irrite ses soldats déjà physiquement éprouvés par
une longue marche.
Andrinople
est ce qu'on appelle une bataille de soldats, commencée et livrée
sans intervention du commandant en chef. A aucun moment on ne
voit l'empereur donner un ordre. L'armée se range d'elle-même
en bataille, la cavalerie aux ailes, l'infanterie au centre comme
dans toute bataille antique. Aucune disposition tactique n'est
relevée si ce n'est l'existence d'une réserve composée des Bataves.
L'empereur Valens se contente d'assister à un spectacle qu'il
ne contrôle plus.
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