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Les forces en présence
"L'erreur
n'est pas certaine, mais au témoignage des éclaireurs, tout ce
qu'ils ont vu de cette multitude atteignait dix-mille personnes",
rapporte l'historien Ammien Marcellin. Ce chiffre semble comprendre
les civils et l'infanterie des Goths Thervingues. La cavalerie
de Saphrax et d'Alathée n'est pas évaluée par les sources. L'historien
grec Eunape indique 200.000 combattants: exagération qui rend
compte de l'échec romain. Des évaluations modernes ont situé les
Goths à 15.000 guerriers et 30.000 civils. Ce qui donnerait une
armée de 10.000 fantassins et 5000 cavaliers. Néanmoins, il ne
faut pas donner une valeur absolue au chiffre rapporté par les éclaireurs
romain, ce qu'Ammien, militaire de carrière, se garde bien de
faire. Les éclaireurs ont localisé de loin un groupe important
de Goths, sans pouvoir faire la distinction entre civils et guerriers,
et les compter précisément. Ces derniers ne doivent même pas
atteindre un tiers des 10.000 reconnus.
Les
troupes de Valens sont augmentées de vétérans, comme Trajan récemment
mis à la retraite puis rappelé. Ammien parle de troupes aguerries,
diverses, mais ne donne pas d'estimation chiffrée. Cette armée
rapidement formée dans le mois de juillet est hétérogène. Contrairement à son
habitude, Ammien n'en donne pas d'estimation chiffrée. Il a fallu
près de trois années à Valens pour rassembler ce corps de bataille,
ultime espoir des Balkans. Cette armée compte sept grandes unités
d'infanterie (légions et auxiliaires palatins) de 700 à 1000
hommes. Certaines unités sont reconnues. Pour l'infanterie, les
Lanciers, les Mattiaires sont des troupes d'élite (légions palatines
ou d'accompagnement). Pour la cavalerie, les Scutaires-Archers
et les Gens d'Armes sont des scholes palatines de la garde impériale.
Les Bataves sont probablement une vexillation de cavalerie. La
cavalerie n'est pas le point fort de l'armée de Valens, car elle
s'enfuit à l'arrivée des cavaliers goths dans la seconde phase
de la bataille. Amenés d'Orient par Valens, les cavaliers sarrasins
devaient être présents à la bataille. Dans la liste des pertes,
il est en effet question du tribun des Promus. Or en Orient,
la Notitia Dignitatum indique huit unités de Cavaliers Indigènes
Promus et trois escadrons de Sarrasins. D'autre part, après Andrinople,
il est question des exploits d'un escadron de cavaliers sarrasins
qu'Ammien déclare "plus aptes à la guérilla qu'aux batailles
rangées". Cette cavalerie légère sarrasine est utile dans
la surveillance des confins désertiques ou le harcèlement, mais
il n'est pas étonnant de la voir lâcher dans un combat frontal étranger à la
tradition des peuples bédouins. Nulle part dans les batailles
contre les Goths, ne sont évoqués les cataphractaires (cavaliers
totalement cuirassés aux montures caparaçonnées), arme de prestige
par excellence du Bas-Empire. A Andrinople, la force de rupture
appartient à la cavalerie gothique, non aux Romains.

Cataphractaire
ou clibanaire, masqué et cuirassé. Le cheval est carapaçonné
(source : graffito et caparaçon du IIIe siècle trouvés à Doura Europos, et
stèle du Musée gallo-romain de Lyon).
Deux éléments prouvent que les Romains
ont l'avantage du nombre: sur une simple évaluation des Goths à 10.000
personnes tant civils que guerriers, Valens engage la bataille;
sur place, la faiblesse numérique des Goths incite les soldats
romains à les attaquer spontanément. L'armée romaine d'Andrinople
peut être évaluée à 3000 cavaliers et moins de 7000 fantassins.
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