Andrinople 378
par Philippe RICHARDOT, dr

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Les forces en présence

 

"L'erreur n'est pas certaine, mais au témoignage des éclaireurs, tout ce qu'ils ont vu de cette multitude atteignait dix-mille personnes", rapporte l'historien Ammien Marcellin. Ce chiffre semble comprendre les civils et l'infanterie des Goths Thervingues. La cavalerie de Saphrax et d'Alathée n'est pas évaluée par les sources. L'historien grec Eunape indique 200.000 combattants: exagération qui rend compte de l'échec romain. Des évaluations modernes ont situé les Goths à 15.000 guerriers et 30.000 civils. Ce qui donnerait une armée de 10.000 fantassins et 5000 cavaliers. Néanmoins, il ne faut pas donner une valeur absolue au chiffre rapporté par les éclaireurs romain, ce qu'Ammien, militaire de carrière, se garde bien de faire. Les éclaireurs ont localisé de loin un groupe important de Goths, sans pouvoir faire la distinction entre civils et guerriers, et les compter précisément. Ces derniers ne doivent même pas atteindre un tiers des 10.000 reconnus.

Les troupes de Valens sont augmentées de vétérans, comme Trajan récemment mis à la retraite puis rappelé. Ammien parle de troupes aguerries, diverses, mais ne donne pas d'estimation chiffrée. Cette armée rapidement formée dans le mois de juillet est hétérogène. Contrairement à son habitude, Ammien n'en donne pas d'estimation chiffrée. Il a fallu près de trois années à Valens pour rassembler ce corps de bataille, ultime espoir des Balkans. Cette armée compte sept grandes unités d'infanterie (légions et auxiliaires palatins) de 700 à 1000 hommes. Certaines unités sont reconnues. Pour l'infanterie, les Lanciers, les Mattiaires sont des troupes d'élite (légions palatines ou d'accompagnement). Pour la cavalerie, les Scutaires-Archers et les Gens d'Armes sont des scholes palatines de la garde impériale. Les Bataves sont probablement une vexillation de cavalerie. La cavalerie n'est pas le point fort de l'armée de Valens, car elle s'enfuit à l'arrivée des cavaliers goths dans la seconde phase de la bataille. Amenés d'Orient par Valens, les cavaliers sarrasins devaient être présents à la bataille. Dans la liste des pertes, il est en effet question du tribun des Promus. Or en Orient, la Notitia Dignitatum indique huit unités de Cavaliers Indigènes Promus et trois escadrons de Sarrasins. D'autre part, après Andrinople, il est question des exploits d'un escadron de cavaliers sarrasins qu'Ammien déclare "plus aptes à la guérilla qu'aux batailles rangées". Cette cavalerie légère sarrasine est utile dans la surveillance des confins désertiques ou le harcèlement, mais il n'est pas étonnant de la voir lâcher dans un combat frontal étranger à la tradition des peuples bédouins. Nulle part dans les batailles contre les Goths, ne sont évoqués les cataphractaires (cavaliers totalement cuirassés aux montures caparaçonnées), arme de prestige par excellence du Bas-Empire. A Andrinople, la force de rupture appartient à la cavalerie gothique, non aux Romains.

Cataphractaire ou clibanaire, masqué et cuirassé. Le cheval est carapaçonné
(source : graffito et caparaçon du IIIe siècle trouvés à Doura Europos, et stèle du Musée gallo-romain de Lyon).


Deux éléments prouvent que les Romains ont l'avantage du nombre: sur une simple évaluation des Goths à 10.000 personnes tant civils que guerriers, Valens engage la bataille; sur place, la faiblesse numérique des Goths incite les soldats romains à les attaquer spontanément. L'armée romaine d'Andrinople peut être évaluée à 3000 cavaliers et moins de 7000 fantassins.

 

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