Andrinople 378
par Philippe RICHARDOT, dr

page 1 - page 2 - page 3 - page 4 - page 5 - page 6 - page 7 - page 8

 

La campagne de 378


En 378, après deux années d'échecs romains dans les Balkans, l'empereur d'Orient Valens décide d'intervenir en personne. Il quitte Antioche pour Constantinople où il arrive au début du mois de juillet. A sa demande, le général Sébastien, un officier de grande valeur, quitte l'Italie pour prendre le commandement de l'infanterie à la place de Trajan. Une reconnaissance situe les Goths aux environs du Mont Rhodope. Sébastien sélectionne 2.000 fantassins parmi les légions disponibles et gagne Andrinople à 200 kilomètres au Nord-Ouest de Constantinople, soit sept jours de marche. Les habitants de la ville refusent d'abord de lui ouvrir, croyant à un piège des Goths. Aux environs de Béroéa près de la rivière Hebrus (Maritza), Sébastien dissimule ses hommes derrière une colline toute une journée et surprend un groupe de Goths dans leur sommeil. Fritigern retraite alors vers le Nord-Est près de Cabyle sur l'actuelle rivière Tundscha, dans une région de plaines fertiles où aucune surprise n'est possible. Le relief joue un rôle déterminant dans la stratégie gothique.

Au même moment (fin juillet-début août), venu au secours de l'Orient, Gratien parvient le long du Danube avec un corps léger en Mésie, au niveau de l'actuelle Bulgarie. Là, il est frappé de fièvre et harcelé par les Alains qui lui infligent des pertes. Il est retardé sur place. Auparavant, Gratien avait dû avorté une première tentative d'intervention pour affronter une invasion des Alamans sur le Rhin en février 378, et mener une campagne de représailles au printemps. La situation l'obligeait à maintenir le gros de l'armée occidentale en Gaule.

Scutatus des années 380. Il lance un dard plombé. Le bouclier reste sa seule arme défensive.


Peu après, Valens apprend le succès de Sébastien et la nouvelle des succès de son neveu Gratien contre les Alamans. La jalousie le pousse à l'action. Il quitte la villa de Mélanthias à une vingtaine de kilomètres au Nord de Constantinople, où il avait établi son camp. Marchant vers Andrinople pour rejoindre Sébastien, il garantit ses lignes de ravitaillement par une turme (escadron) de cavalerie et des archers à pied. Le 6 août, une reconnaissance repère les Goths à une vingtaine de kilomètres et marchant en direction du relai de Niké au Sud-Est d'Andrinople. Le but des Goths est de tourner l'armée romaine qui monte vers Andrinople. Leur progression est lente car, désormais sur un terrain vallonné, ils craignent une attaque-surprise au détour d'un accident de terrain. Valens parvient à Andrinople et construit dans un faubourg de la ville un camp avec fossé, rempart de terre et palissade. Arrive alors Richomer, détaché en avant par Gratien, porteur d'une lettre priant Valens d'attendre l'arrivée des renforts occidentaux avant d'engager le combat. La veille de la bataille, les avis des généraux sont partagés: Sébastien, fort de son récent succès, propose d'attaquer sur le champ; le maître de la cavalerie Victor, officier d'origine sarmate, recommande d'attendre Gratien. Valens, impatient, décide d'agir sans attendre. Il forme sa décision d'après la victoire facile remportée par Sébastien et la précédente reconnaissance du 6 août qui évalue les Goths à 10.000 hommes.

Les Goths, tout aussi efficacement informés, ont localisé les Romains et compris qu'ils étaient repérés. Le 8 août, un prêtre chrétien est ennvoyé auprès de l'empereur par Fritigern: il propose la paix et une alliance en échange d'une terre sur le territoire romain. Par une lettre privée, Fritigern avoue à Valens qu'il souhaite être son allié et lui conseille de ranger son armée en bataille pour tempérer les ardeurs belliqueuses de son peuple qu'il ne contrôle pas. Ces propositions sont rejetées. Dans le calcul de Valens l'armée d'Orient devait être plus nombreuse ou équivalente à celle des Goths. Sûr de sa force, l'empereur voit une occasion facile d'écraser l'ennemi. Mais le décompte des Goths est incomplet, car ils sont momentanément privés de leur cavalerie partie fourrager au loin. Commandée par Saphrax et Alathée, elle est composée de Greuthungues, d'Alains et de Huns.

 

page 1 - page 2 - page 3 - page 4 - page 5 - page 6 - page 7 - page 8

© 1997-2008
Conflits & Stratégie
Tous droits réservés