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Cet
article est tiré du colloque "8 mai 1945, le Jour V" organisé par
le DEA "Histoire Militaire, Défense, Sécurité"
de l'Institut d'Etudes Politiques d'Aix-en-Provence, le 12 mai 1995.
Introduction
Présenter
les pertes françaises de la Seconde Guerre mondiale lors d'une
brève intervention contraint à faire des choix. J'ai donc volontairement
orienté le contenu de cet exposé sur une étude critique des sources
et des chiffres habituellement cités; en effet, il apparaît rapidement à l'historien
qu'il existe des écarts importants quant à l'importance des pertes
subies, qu'il s'agit le plus souvent d'estimations et que les
documents d'archive sont parfois contradictoires.
Cette
situation n'est pas nouvelle. L'outil de comptage des pertes
de l'armée française lors de la grande guerre ne devient que
tardivement opérationnel (1). "L'organisation
officielle de la statistique des pertes date du 14 juin 1916", à la
suite d'une demande du ministère de la guerre en date du 19 janvier
précédent. Malgré ces efforts, "le sous-secrétariat d'état
du service de santé a émis lui-même l'avis qu'on ne pouvait tirer
aucune statistique certaine des chiffres fournis [...] en 1915".
Un
demi-siècle plus tard, rien n'a vraiment changé et en 1978, c'est
le secrétariat d'état aux anciens combattants qui fait transmettre
par son ambassade à Bonn la réponse suivante : "mon département
ministériel ne possède pas de statistiques officielles des pertes
de vies humaines pour toutes les guerres" (2).
Lorsque
des données publiées existent, elles doivent être examinées avec
soin : selon Corey, des erreurs statistiques de 8 à 27% existent
dans les travaux sur la Seconde Guerre mondiale (3). Ainsi, le nombre de blessés est sous-estimé car ne
sont le plus souvent comptabilisés que les évacués dans les formations
sanitaires. Il en est de même pour les malades et les accidentés.
Afin
de montrer la complexité de tout travail d'estimation des pertes,
ma présentation débutera avec l'analyse d'une situation apparemment
simple (les pertes de Bir Hacheim, mai-juin 1942, avec des conditions
d'espace et de temps trés réduites) et progressera ensuite vers
l'estimation globale des pertes civiles et militaires de l'ensemble
de la guerre.
(1) Pour
le problème posé par la création d'un outil statistique durant
la grande guerre, voir les documents manuscrits (brouillons de
notes) et dactylographiés contenus avec les rapports Roure et
Marin. S.H.A.T., Vincennes, carton 7N552.
(2) Cité in
PEUSCHEL (Harald). Weltverlust Liste / Dokumente und Quelle
Material. M.G.F.A. Bibliothek, 1980.
(3) COREY
(M.E.). "An analysis of US Army combat mortality and morbidity
date". J Trauma, janvier, 1988, S183-S189.
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