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Les
essais de divisions blindées (Sensha shidan)
Si, comme
on l'a dit, le rôle joué par les blindés dans la guerre du Pacifique
est infiniment moindre qu 'en Europe et en Afrique, les
Japonais ne délaissent pas entièrement cette question. Même si
l'essentiel de leurs moyens mécanisés est utilisé de façon morcelée
et affecté au soutien ponctuel des unités d'infanterie, quelques
essais de divisions blindées sont effectués durant la guerre.
Jusqu 'en 1944, quatre divisions de ce type sont organisées
sur un modèle à deux brigades de deux régiments blindés. Mais
ces unités ne sont utilisées que par bataillon ou régiment, au
mieux par brigade sur plusieurs fronts. La grande réorganisation
de 1944 illustre un certain changement de vue en la matière et
ouvre une brèche dans les conceptions tactiques japonaises exclusivement
basées sur l'infanterie. Les Japonais testent au printemps 1944
sur le front chinois leur première division blindée utilisée
comme grande unité homogène et autonome. La faiblesse des moyens
antichars et l'absence de blindés chinois permettent d'obtenir
des résultats suffisamment satisfaisants pour pousser le haut
commandement japonais à transformer quelques-unes unes de ces
divisions. La 2e division blindée organisée sur ce
modèle est ainsi affectée à la défense des Philippines et stationnée
dans la région de Manille à la fin de l'année.
Ces
divisions d'un type nouveau sont organisées sur un modèle triangulaire à trois
régiments blindés auxquels sont adjoints les attributs d'une
grande unité mécanique moderne dont un régiment d'infanterie
mécanisée à trois bataillons, un bataillon autonome antichars
et un bataillon antiaérien ainsi qu'un bataillon de reconnaissance
blindée. La division blindée modèle 1944 est une unité cohérente
comprenant environ 11000 hommes, 309 chars dont 137 légers et
172 de modèle moyen ainsi qu'une cinquantaine de pièces antichars,
pour l'essentiel des 37 et 47mm.
Néanmoins,
la situation se dégradant pour le Japon et le théâtre Pacifique, à l'exception
de la Chine, révélant fort peu de possibilités d'emploi pour
de grandes unités de ce type, le rôle joué par ces quelques divisions
reste jusqu'à la capitulation relativement marginal.
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Fig.
3 Organisation des divisions japonaises 1941 - 1945
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Catégorie
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Division
d'infanterie "type B"
1941
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Division
d'infanterie modèle
1944
|
Division
d'infanterie modèle "insulaire"
1943 - 44
|
Division
d'infanterie modèle "brigades"
1944
|
Division
blindée
"triangulaire"
1944
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Effectifs
|
20.000
hommes
|
15.000
hommes
|
13.500
hommes
|
13.000
hommes
|
11.250
hommes
309
chars
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Reconnaissance
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1
régiment mixte réduit
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-
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-
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1
bataillon à 31 chars légers et 10 chars moyens
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Blindés
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-
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-
|
1
unité légère organique (17 chars)
|
-
|
1
brigade à 3 régiments (250 chars)
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Infanterie
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1 groupe
d'infanterie à 3 régiments de 3 bataillons
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3
régiments à 3 bataillons
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2
régiments et 1 régiment renforcé à 3 bataillons
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2
brigades à 4 bataillons autonomes
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1
régiment mécanisé avec 9 chars légers
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Artillerie
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1
régiment à 3 groupes (75, 105mm)
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1
régiment à 3 groupes (75, 105, 150 mm)
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1
bataillon de 12 pièces par régiment (75, 105mm)
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1
batterie de 75 par bataillon
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1
unité de 28 pièces (75, 105mm)
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Génie
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1
régiment à 3 compagnies
|
1
régiment à 3 compagnies
|
1
compagnie par régiment
|
1
compagnie
|
1
régiment
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Soutien
|
1
régiment de transport de 50 camions et 250 attelages
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1
bataillon de transport
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1
unité navale de transport et de liaison
|
1
bataillon de transport
|
1
bataillon AA (8 pièces de 75, 24 mitrailleuses
1
bataillon AT (18 pièces de 47)
|
La fin
de l'armée impériale
Fruit
des conditions spécifiques de cet immense théâtre, l'organisation
de cette armée japonaise conçue pour dominer l'Asie et le Pacifique
reste finalement inadéquate pour endiguer efficacement la progression
occidentale à partir de l'été 1942. Trop confiante dans la supériorité intrinsèque
de ses soldats, à l'instar de l'armée confédérée de la guerre
de Sécession américaine, l'armée japonaise éparpillée et de moins
en moins bien approvisionnée est méthodiquement écrasée par des
occidentaux dotés d'un matériel pléthorique et disposant, à partir
de la fin de 1943, d'une écrasante et toujours croissante supériorité aéronavale [8] .
Malgré un esprit de sacrifice mal soupçonné jusque là et des
pertes épouvantables, facturées au prix fort aux alliés par les
enfers infligés à Guadalcanal, à Tarawa, à Iwo Jima, à Okinawa,
ces batailles de retardement inutiles mènent le Japon de 1945,
coupé de l'essentiel de ses conquêtes, à attendre une invasion
prophétisée comme le Seppuku [9] de tout
un peuple.
Les
circonstances en décident autrement :
- Le 6 août vers 9h30, dans le
cadre de l'opération "Centerboard", le B-29 Enola
Gay du colonel Tibbets parti de Tinian dans les îles Mariannes
lâche la première bombe atomique sur Hiroshima : 130.000
victimes dont 80.000 morts.
- Le 9 août, le Great Artist du
major Sweeney répète le même scénario au dessus de Nagasaki :
70.000 victimes dont 20.000 morts.
Mais
pour l'armée japonaise un épisode sanglant et encore souvent
méconnu reste à jouer. Le 9 août, 1.200.000 soldats soviétiques
appuyés par 5.000 chars, 26.000 canons et 4.000 avions envahissent
la Mandchourie, puis la Corée, les Kouriles et Sakhaline. En
quelques jours l'armée du Kwantung comptant encore un million
d'hommes est disloquée. C'est le véritable acte de décès sacrificiel,
quelque peu oublié, d'une armée impériale encore triomphante
trois ans plus tôt. Au 20 août, anéantie mais refusant la reddition
collective alors que la capitulation du Japon est déjà acquise
depuis des jours, elle a enregistré à elle seule des pertes se
montant à 700.000 tués, blessés et disparus.
Sources
et bibliographie indicatives :
(retrouvez ces ouvrages dans la rubrique "Guerre
du Pacifique" de la librairie Store4war)
· Handbook
of the Japanese order of battle school,
Order of Battle Center - US Army, 1945. (Un exemplaire
est conservé à la bibliothèque du SHAT).
· Lesouef
(Pierre), La campagne de Birmanie (1942 - 1945), dans
la remarquable collection « Campagnes et Stratégies » dirigée
par Philippe Ricalens et Guy Pedroncini aux éditions Economica.
· Les
trois ouvrages de Bernard Millot, La guerre du Pacifique en
deux tomes et L'épopée Kamikaze chez Robert Laffont
forment une passionnante synthèse de ce conflit si particulier.
· Costello
(John), La guerre du Pacifique, 2 tomes, Pygmalion, 1992.
Un regard large et renouvelé sur cette guerre.
· Willmott
(HP), La guerre du Pacifique, Autrement, 2001.
· Enfin,
de nombreux volumes des collections Campaign Series et Men
at arms existent chez Osprey sur divers aspects de la guerre
du Pacifique.
Notes :
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