L'organisation des divisions japonaises 1941-1945
par Vincent BERNARD, professeur d'histoire-géographie

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La division d'infanterie "standard" (Hohei Shidan)

Organisée sur le même modèle triangulaire que dans la plupart des armées européennes, sa spécificité principale provient de l'existence d'un état-major d'infanterie autonome coiffant les trois régiments d'infanterie de la division. La présence de cet état-major spécial, d'ailleurs non systématique et de moins en moins fréquent avec le temps, permet en quelque sorte de dédoubler la division en fonction des circonstances. Ainsi, en décembre 1941, tandis que la 55e DI procède à l'occupation de la Thaïlande, son état-major d'infanterie et un de ses régiment participent à l'invasion des îles de Guam et de Wake.

En dehors de ces régiments de 3.800 hommes et trois bataillons, la division d'infanterie dispose d'un régiment de cavalerie (Kihei Rentai) de 950 hommes auquel est dans certains cas substitué un régiment de reconnaissance semi-mécanisé à 5 compagnies (1 montée, 2 motorisées, 1 de voitures blindées, 1 de transport - Sosaku Rentai). Elle comprend également un régiment du génie (Kohei Rentai) dont les trois compagnies sont chacune affectées à un régiment. Héritier des affrontements chinois, le régiment d'artillerie, de type "campagne" ou "de montagne", reste minimaliste avec trois groupes de 75 (parfois un de 105), soit 36 pièces divisionnaires (en plus des batteries régimentaires de 4 pièces). Enfin, un régiment de transport autonome (Shicho Rentai) comprenant un parc de 50 à 100 camions et de 250 attelages divers dépend organiquement de la division.

Les adjonctions de sous-unités sont la règle en fonction des circonstances, particulièrement en ce qui concerne le génie. Le régiment divisionnaire a en la matière vocation généraliste. Suivant les besoins, des compagnies spécialisées de différentes catégories peuvent être attachées aux divisions :

-   Ko : Génie de combat
-   Otsu : Guerre de position
-    Hei : Construction de ponts permanents
-    Bo : Opérations amphibies
-    Tei : Génie de franchissement
-     Ki : Destruction d'ouvrages

La division d'infanterie "triangulaire" standard, qui forme ainsi l'épine dorsale de l'armée japonaise dispose ainsi en moyenne d'un effectif de 20000 hommes et d'une dotation matérielle de 48 pièces d'artillerie, 24 pièces antichars (20 et 37 mm), 36 mortiers et obusiers d'infanterie et 80 mitrailleuses lourdes.

Des unités indépendantes plus ou moins importantes comme la 65e brigade ou les régiments Miura et Kimura, souvent détachées de divisions existantes participent aux opérations permettant d'occuper rapidement les centaines d'îles relevant des Philippines ou des Indes néerlandaises. La 1e brigade parachutiste s'empare ainsi du complexe pétrolier de Palembang sur l'île de Sumatra, incomplètement détruit par les troupes hollandaises. Mais à mesure du développement de la guerre, la nécessité d'organiser des modèles divisionnaires plus adaptés aux spécificités des différents théâtres d'opérations provoque des évolutions profondes dans les structures générales.

Les transformations nécessaires : Le plan de mobilisation de 1944

Lorsqu'il fut clair qu'une fois occupées toutes les positions occidentales de l'aire de co-prospérité la vision stratégique des responsables japonais avait atteint sa limite, le haut commandement fut confronté à un retournement progressif de la situation transformant les forces japonaises d'assiégeantes en assiégées.

Dès 1943, le haut commandement japonais se rend à l'évidence de l'inadaptation de ses divisions d'infanterie trop centralisées au type de guerre insulaire mené en particulier dans les îles Salomon. En effet, la répartition d'unités classiques sur plusieurs îles se révèle être particulièrement handicapante pour l'attribution des moyens logistiques et de soutien ainsi que le maintien de lignes de communications viables. Dans le courant de l'année, alors que les alliés menacent de "briser la barrière des Bismarck" est prévue la transformation de trois divisions en un modèle nouveau adapté à ce théâtre d'opération aux positions dispersées. Malgré l'impossibilité opérationnelle de procéder à ces modifications sur des unités existantes, le commandement japonais décide d'intégrer cette exigence au plan de mobilisation massive de 1944 et crée de toutes pièces plusieurs divisions sur un modèle nouveau et plus adapté.

Les modifications opérées sur ces unités sont de plusieurs ordres et sont basées sur une décentralisation des moyens et de la puissance de feu. D'une part, disparaît l'état-major d'infanterie dont les attributions passent en grande partie aux régiments. De même, si un état-major de division est conservé, les moyens lourds de la division, dont l'artillerie, sont répartis entre les trois régiments. Deux de ces régiments conservent une organisation assez classique et comprennent un effectif d'un peu plus de 3.000 hommes.  Le troisième est réorganisé sur un modèle "renforcé" à 4.000 hommes et reçoit en particulier une forte dotation de 54 mortiers de 81 répartis aux niveaux du bataillon et de la compagnie ainsi qu'une batterie de 6 canons de 20mm à tir rapide à vocation antichar et antiaérienne. Une compagnie de chars légers à 17 engins est organiquement rattachée à la division ainsi qu'une unité de transport naval assurant les communications entre les îles et prévue pour des positions distantes au maximum d'une cinquantaine de kilomètres.

Après presque trois années de guerre, une relative crise d'effectifs pousse également le haut commandement japonais à réorganiser une partie de ses unités pour en multiplier les numéros. En effet, en dehors du théâtre d'opération actif de Birmanie dépendant de l'armée du Sud, le principal problème des japonais pour assurer une défense cohérente des positions conquises reste en 1944 l'immense espace à couvrir. Un nouveau modèle de division « standard » est ainsi prévu par le plan de mobilisation de 1944. Conservant leur organisation triangulaire, ces divisions perdent pour l'essentiel leur état-major d'infanterie, une compagnie de fusiliers par bataillon et le plus souvent une batterie d'artillerie par groupe ainsi qu'une partie de leurs moyens de transport et de reconnaissance. En juillet 1945, cette "cure d'amaigrissement", prévue semble-t-il pour l'ensemble de l'armée japonaise, à l'exception des divisions de la garde et de celles des armées du Sud, a été pratiquée sur une vingtaine de divisions existantes.

Enfin, un dernier type de division apparaît avec la grande réorganisation de 1944, issu cette fois des exigences particulières du front chinois. Afin ici encore d'économiser hommes et matériels tout en assurant la couverture d'un front très étendu, certaines divisions sont réorganisées sur un modèle particulier à base de brigades mixtes. Deux brigades de 5.000 hommes comprenant chacune quatre bataillons autonomes les composent. Ici encore, les moyens sont décentralisés afin de permettre une plus grande souplesse d'emploi de ces bataillons qui reçoivent les moyens nécessaires pour remplir seuls leurs missions. Enfin, prenant en compte la puissance de feu plus limitée de l'adversaire chinois et le caractère essentiellement défensif de ce théâtre, les moyens lourds sont réduits au minimum nécessaire. Ils comprennent pour toute artillerie 8 pièces de 37 ou de 47 antichars et 16 pièces de 75 réparties entre les bataillons. Vers la fin de 1944 et le début de 1945, deux "variantes" de ce nouveau modèle destinées à d'autres secteurs font leur apparition. Quelques divisions encore plus « allégées » sont formées aux Philippines ne comprenant qu'un effectif total de 11000 hommes. Enfin, un modèle adapté doté d'un effectif de 17.000 hommes et de moyens mieux répartis au niveau des brigades est organisé et affecté à la défense des îles Bonin et des Kouriles. Dans ce dernier type "renforcé", les brigades sont portées à six bataillons et la dotation d'artillerie largement étoffée.

Fig. 2 L'activation des divisions japonaises 1942 - 1945 [7]

1941

51

Ordre de bataille au 7 décembre (cf. figure 1)

1942

+ 11

Janvier (2) : 58e et 59e DI
Mars (5) : 60e, 68e, 69e, 70e et 71e DI
Juin (1) : 124e DI
Juillet (2) : 1e et 2e divisions blindées
Septembre (1) : 3e division blindée

1943

+ 13

Janvier (2) : 31e et 61e DI
Avril (10) : 1e division de la Garde, 30e, 42e, 43e, 46e, 47e, 62e, 63e, 64e et 65e DI
Novembre (1) : 49e DI

1944

+ 37

Janvier (6) : 44e, 72e, 77e, 81e, 86e et 91e DI
Février (1) : 50e DI
Mars (2) : 3e division de la Garde ; 4e division blindée
Avril (16) : 66e, 73e, 84e, 93e, 100e, 102e, 103e, 105e, 107e, 108e, 109e, 111e, 112e, 115e, 117e et 118e DI
Juin (1) : 114e DI
Juillet (2) : 94e et 119e DI
Août (2) : 120e et 125e DI
Novembre (3) : 88e, 89e, 96e DI
Décembre (4) : 79e, 121e, 122e et 123e DI

1945

+ 1

? (1) : 133e DI

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