Falaise : l'opportunité gâchée
Paru dans les "Faits de guerre" de Champs de Bataille n° 1

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Nommé commandant en chef le 17, le maréchal Model décide dès son arrivé d’abandonner la poche. Les hommes de la 1re division blindée polonaise sont pris en tenaille entre des éléments du 2e SS panzer corps déjà sortis de la poche et des éléments encore dans la poche. Entre le 19 et le 21, la moitié des troupes encerclées échappent au piège.
Les pertes allemandes lors de la bataille de Normandie sont donc beaucoup moins importantes que ce qu’il est couramment indiqué car les observateurs se fient surtout aux effectifs des Kampfgruppen encore sur le front. Les Allemands ont en effet l’habitude de laisser en première ligne des groupes de combat organisés très souplement qui concentrent l’essentiel de la puissance de feu disponible. Les unités non-combattantes et les unités combattantes sans matériel opérationnel sont regroupées à l’arrière, ce qui permet une évacuation rapide.


Un soldat canadien contrôle la circulation des véhicules dans Falaise en ruines et en feu.
Un camion tractant un canon se dirige vers la poche de Chambois, dans l’Orne. Une jeep roule vers Caen.
(Copyright Conseil Régional de Basse-Normandie / Archives Nationales du Canada)

Les réticences d’Hitler ont néanmoins des répercussions très lourdes. Les troupes encerclées perdent l’essentiel de leur matériel lourd alors qu’une retraite mieux ordonnée aurait permit de récupérer les matériels en panne d’essence ou endommagés. C’est notamment le cas pour les blindés, avec moins de la moitié des pertes de la campagne de Normandie liées à des destructions définitives au combat. Evacués rapidement, les équipages de chars devront attendre d’être rééquipés avant d’être de nouveau opérationnels. Par ailleurs, les unités de choc perdent surtout de l’infanterie expérimentée.
Mais sur un effectif nominal de 371.000 hommes, les 29 divisions engagées en Normandie réussissent cependant à en sauver 165.300. 55.000 ont été évacués avant la fermeture de la poche et 44.800 lors de la percée. 65.500 autres ont échappé à l’encerclement.

Unités Pourcentage de l’effectif sauvé
Divisions blindées 53%
divisions d’infanterie non encerclées 67 %
divisions d’infanterie encerclées 16%


Des prisonniers allemands transportent leurs camarades morts au cimetière de Bréhal
sous la surveillance de soldats américains.
Ce sont les divisions d'infanterie encerclées dans la poche que vont constituer
le gros des prisonniers allemands de la campagne.
(Copyright Conseil Régional de Basse-Normandie / National Archives USA)

De nombreuses unités conservent donc un potentiel humain important. C’est le cas par exemple des cinq Panzer-Division de la Waffen-SS qui comptent encore toutes plus de 10.000 hommes et même 15.000 pour la 9e qui jouera un rôle essentiel dans l’échec de l’opération aéroportée alliée Market-Garden à la fin de l’année, en empêchant les parachutistes britannique de s’emparer du pont d’Arhnem, sur le Rhin. Mais même la Panzer Lehr, particulièrement éprouvée, dispose encore de 8.000 hommes. Les forces encore disponibles permettent ainsi une retraite en bon ordre vers les frontières du Reich.
A la fin de l’année, les forces allemandes sont de nouveau capables de lancer une offensive majeure dans les Ardennes grâce à une industrie d’armement qui atteint ses sommets de production à l’automne 1944. La perte des hommes encerclés dans la poche de Falaise aurait donc eu des conséquences catastrophiques sur le front de l’Ouest. Les tiraillements entre Bradley et Montgomery et l’éloignement d’Eisenhower, qui répugne à s’impliquer directement dans la conduite opérationnelle des opérations, ont éloigné tout espoir de victoire avant la fin de l’année

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